Urs Loher est directeur de l'Office fédéral de l'armement (armasuisse) depuis août 2023. Ingénieur diplômé de l'EPFZ, il a travaillé auparavant pour l'entreprise allemande Rheinmetall Air Defence et comme chef suisse du groupe d'armement français Thales. Disposant d'un excellent réseau, il est responsable d'acquisitions de plusieurs milliards pour l'armée. Seulement voilà: d'après nos recherches, Urs Loher est actuellement soupçonné d'avoir menti au Parlement et d'avoir été au courant du prix des F-35 depuis le début, ce qu'il dément. Alors que les différentes versions des faits émergent, Blick fait le point.
Tout d'abord, il est évident que Urs Loher n'a pas été impliqué dans l'acquisition des F-35, car il travaillait encore chez Thales lorsque l'ancienne conseillère fédérale Viola Amherd a remporté la votation sur les avions de combat à l'automne 2020. Ce n'est qu'en 2023 qu'il est devenu chef d'Armasuisse, suite à quoi il aurait rapidement été informé de la situation derrière l'achat des F-35.
Un expert suisse en sécurité, qui a suivi ce dossier de près, nous explique: «Le chef de projet F-35 de l'époque a reçu les premières informations des Etats-Unis à l'automne 2023. Le message était clair: les Etats-Unis n'avaient pas la même conception du prix fixe que la Suisse. Le chef de projet en a immédiatement informé Urs Loher et le secrétariat général du DDPS.»
Urs Loher a-t-il menti?
Viola Amherd avait assuré à maintes reprises avoir négocié un prix fixe pour les avions de combat. Pour 6 milliards de francs, la Suisse allait recevoir 36 avions, avait-t-elle martelé dans tout le pays. Exigeant des preuves, le conseiller national UDC Mauro Tuena avait interrogé l'ambassade américaine à Berne à ce sujet, qui lui avait assuré par écrit que la Suisse recevrait bien un prix fixe sur les F-35. Aujourd'hui, il est clair qu'il s'agissait de paroles en l'air.
La demande mondiale est élevée et les prix ne cessent d'augmenter. La Suisse est donc dans l'obligation de choisir entre payer d'avantage ou recevoir moins d'avions. Le Conseil fédéral a finalement décidé de n'acheter que 30 avions de combat au lieu de 36.
La Commission de gestion enquête depuis longtemps pour savoir si le Conseil fédéral a volontairement induit le Parlement en erreur avec cette idée de prix fixe et si Urs Loher a menti. Comme plusieurs informateurs l'ont assuré à Blick, le chef d'Armasuisse aurait donné de fausses informations à la Commission de la politique de sécurité du Conseil national en présence du conseiller fédéral Martin Pfister et du chef de l'armée de l'époque, Thomas Süssli.
Un mail met le feu aux poudres
Pour ne rien arranger, le conseiller national UDC Mauro Tuena aurait demandé à Urs Loher si certains signes laissaient présager que le soi-disant prix fixe des F-35 n'était pas définitif. Ce à quoi le chef d'armasuisse lui aurait répondu que non. Pourtant, il existe des preuves écrites montrant que le chef de projet aurait signalé ce problème plusieurs fois. Il aurait même envoyé un mail à Martin Pfister pour l'informer qu'un prix fixe n'était plus envisagée – ce qu'Urs Loher lui a reproché par la suite.
«La politique d'Armasuisse est que ses employés s'expriment principalement dans le respect de la position officielle», fait savoir le porte-parole d'Urs Loher. Armasuisse réfute également le reproche selon lequel le dossier des F-35 serait de facto géré par le cabinet Homburger.
L'importance que la commission de gestion accordera au faux témoignage présumé d'Urs Loher sera déterminante. S'il s'avère qu'il a menti, ses jours à la tête de l'Office fédéral de l'armement seront comptés. Il est donc fort probable qu'Urs Loher et son armada de communiquants tentent de faire passer tout cela pour un malentendu. Armasuisse réfute catégoriquement ces allégations: «Ces affirmations sont dénuées de tout fondement et complètement fausses.» En août 2024, Washington a indiqué à l'office fédéral que des coûts supplémentaires pourraient survenir, sans toutefois en préciser le montant exact.
«Fin février 2025, la Defense Security Cooperation Agency a informé la Suisse par écrit que, de son point de vue, il s'agissait d'un malentendu concernant le prix fixe, sans pour autant chiffrer les coûts supplémentaires. La conseillère fédérale Viola Amherd, alors cheffe du DDPS, a informé le Conseil fédéral de cette lettre début mars 2025. Mi-juin 2025, les Etats-Unis ont confirmé ce point de vue à des représentants du DDPS et chiffré le montant pour la première fois.»
Mais Urs Loher est ciblé par bien d'autres controverses. Malgré de nombreux avertissements, lui et Viola Amherd ont imposé le projet Rigi, aliénant ainsi le chef de l'armée Thomas Süssli. Ce projet prévoit l'achèvement de quatre avions de combat par Ruag en Suisse, engendrant des surcoûts considérables. Un traitement de faveur coûtant des centaines de millions de francs à la Suisse et dont on ignore encore qui, en plus de Ruag, est censé en bénéficier.
Des choix désastreux
Il serait plus avantageux d'acheter des avions déjà construits que d'injecter de l'argent supplémentaire dans Ruag. D'un point de vue économique, de telles affaires ne génèrent que peu de bénéfices. «Dans l'hypothèse d'un plein emploi de l'économie suisse, les affaires offset, tout comme les commandes de l'armée à des entreprises suisses, ne génèrent aucun avantage économique», peut-on lire dans un document interne du DDPS, dont Blick a eu connaissance.
De plus, comme l'a révélé Watson, Urs Loher s'est engagé en faveur d'un pistolet controversé. Lors des tests pratiques de l'armée, le SIG Sauer P320 a été clairement évalué comme le plus mauvais modèle et classé «inadapté à l'usage à grande échelle» en raison de défauts importants, alors que le Glock 45 a obtenu des résultats nettement meilleurs.
Malgré ces défauts, la décision d'achat a été portée vers le Sauer P320, pour la simple raison qu'il est fabriqué en Suisse. Officiellement, la Confédération rejette toute politique industrielle active, mais dans les faits, Armasuisse l'encourage.
Le siège sur lequel est assis Urs Loher est bancal. L'acquisition d'armement est en proie à de nombreux scandales. Le chef d'Armasuisse n'est pas directement responsable de la plupart de ces difficultés, puisqu'elles existaient déjà avant sa prise de fonction. Mais le chef du DDPS Martin Pfister se demande sûrement si Urs Loher est la bonne personne pour sortir de cette impasse.