«Vouée à être jetée aux oubliettes!»
Martin Pfister est parvenu à unir tous les partis... contre lui

La nouvelle stratégie de sécurité du Conseil fédéral suscite de vives critiques. Les partis la jugent trop vague, sans objectifs clairs face aux menaces. A leurs yeux, les mesures proposées restent totalement insuffisantes.
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Afin de réagir à la situation géopolitique actuelle, le Conseil fédéral a adopté en décembre une stratégie de sécurité.
Photo: keystone-sda.ch
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Daniel Ballmer

La situation est grave. Alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, la Suisse se dote d'une nouvelle stratégie visant à renforcer la sécurité du pays – présentée au mois de décembre par le ministre de la Défense Martin Pfister.

Cependant, les partis politiques ne cachent pas leur insatisfaction quant à celle-ci: pour le Parti libéral-radical (PLR) elle présente de graves lacunes, et pour l'Union démocratique du centre (UDC), elle est carrément à jeter. Même le parti du Centre – dont est issu Martin Pfister – reconnaît que des améliorations sont nécessaires.

Un «manque d'engagement»

Cette nouvelle stratégie comprend trois axes:

  • Réduire les vulnérabilités et les dépendances pour diminuer les risques d'attaque contre la Suisse.
  • Renforcer la protection de la population.
  • Augmenter la capacité de défense. La Suisse doit pouvoir se défendre de manière aussi autonome que possible contre les attaques extérieures.

Tout cela est bien beau. Mais pour les principaux partis de Suisse, cette stratégie est beaucoup trop floue. Pour le PLR, cette stratégie «manque d'engagement», le document ne précisant ni calendrier, ni responsabilités, ni ressources nécessaires. Ce qui est jugé totalement insuffisant.

Vouée à être jeté aux oubliettes

L'UDC va plus loin: bien sûr, le parti reconnaît l'importance d'une stratégie de sécurité, mais il rejette le document actuel en raison de ses «lacunes majeures». Selon lui, il doit être entièrement revu pour devenir une vraie feuille de route, avec des objectifs concrets et mesurables, jusqu'à présent absents.

«Dans le cas contraire, cette stratégie ne sera perçue que comme un rapport de plus, voué à être jeté aux oubliettes, déclare le parti de droite conservatrice. Cette réticence à fixer des objectifs clairs est profondément ancrée au sein du ministère fédéral de la Défense depuis des décennies et il est urgent d'y remédier!» Il ajoute que la répartition des tâches et des rôles est inexistante. «Ce rapport n'apporte rien et ne peut être accepté.»

La gauche aussi est insatisfaite

Le Parti socialiste (PS) parvient aux mêmes conclusions. Au yeux du parti de gauche, le document reste trop vague sur l'identification des menaces et les moyens qui seraient mis en place pour s'en défendre. Le PS juge, en outre, peu probable une attaque militaire, mais s'inquiète davantage d'un sous-financement des menaces comme les cyberattaques, la désinformation et les dangers liés au dérèglement climatique.

De leur côté, les Vert-e-s relèvent un fort décalage entre la stratégie du Conseil fédéral et sa mise en œuvre. Ils estiment qu'il faut renoncer à un renforcement militaire rapide, mal coordonné et coûteux, et mieux hiérarchiser les menaces selon leur probabilité. Tout comme le PS, la priorité doit aller, selon eux, à la crise climatique, aux cyberattaques et à la désinformation.

Plus d'aide humanitaire et de promotion de la paix

Les Vert'libéraux souhaitent un accord de sécurité global avec l'UE, qui renforcerait aussi la position de la Suisse dans les achats d'armement européens. Le parti juge également la stratégie incomplète et estime qu'elle devrait inclure davantage de mesures, comme le renforcement de la protection civile, la promotion de la paix, l'aide humanitaire et la coopération au développement.

Le Centre reconnaît la nécessité de combler ces lacunes. Il souligne aussi que les démocraties sont actuellement les cibles privilégiées de la désinformation. Pourtant, jusqu'à présent, le Conseil fédéral n'a proposé aucune mesure concrète dans la nouvelle loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche.

Le parti centriste demande également un durcissement de la lutte contre l'espionnage. Il propose notamment des contrôles de sécurité pour les étudiants issus de pays à risque et souhaite que les espions étrangers soient systématiquement expulsés, contrairement à la pratique actuelle. En bref, les critiques de la stratégie de sécurité de la Suisse sont si profondes que Martin Pfister n'aura pas d'autre choix que de revoir sa copie.

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