Un rapport explosif révélé
L'armée débourse 1100 francs pour chaque conscrit tous les ans

Chaque année, l'armée suisse dépense 37,5 millions de francs pour le recrutement, soit environ 1100 francs par conscrit. Face à cette somme, un audit interne exige un meilleur contrôle des coûts et met en garde contre le recours onéreux aux médecins externes.
1/4
Ces dernières années, environ 35'000 conscrits ont été évalués pour un coût total d'environ 37,5 millions de francs suisses.
Photo: keystone-sda.ch
Blickgruppe_Portrait_287.JPG
Daniel Ballmer

L'Armée suisse devrait revoir d'urgence ses comptes, estime un audit interne du Département de la défense (DDPS). Dans l'un des six centres de recrutement, les conscrits passent de rigoureux tests médicaux, physiques et psychologiques pour déterminer leur affectation. Ces tests les classent ensuite parmi les grenadiers de montagne ou à la protection civile, sauf bien sûr s'ils sont déclarés inaptes. Jusqu'à présent, ce système fonctionnait plutôt bien.

Seulement voilà: les coûts de recrutement font tiquer le centre d'examen du DDPS. Ces dernières années, environ 35'000 conscrits ont été évalués pour un coût total d'environ 37,5 millions de francs, soit environ 1100 francs par personne, selon le rapport du service d'audit interne. 

Les coûts n'étaient manifestement pas une priorité. Les différentes personnes concernées avaient seulement connaissance des dépenses dans leur domaine de responsabilité. «Les ressources nécessaires sont majoritairement assumées par les responsables», indique l'organisme d'audit. Si les coûts sont dépassés, l'état-major doit s'efforcer de les compenser.

Compte tenu des efforts de réduction des coûts de la Confédération et des investissements prévus dans l'armée, il est «indispensable de savoir où et comment les fonds fédéraux peuvent être utilisés de la manière la plus efficace et la plus efficiente». L'audit interne recommande donc une gestion financière complète du recrutement. «Un risque majeur réside dans la forte dépendance vis-à-vis de médecins contractuels coûteux en raison des difficultés de recrutement de personnel médical spécialisé fixe», pointe l'audit interne. Ce risque impacte négativement la stabilité des coûts et la fiabilité opérationnelle.

Processus de recrutement retardé

Pour ne rien arranger, l'audit a révélé que les médecins militaires ne pouvaiet pas réaliser ces fameux examens médicaux de manière fiable. «Aujourd'hui encore, des pénuries ponctuelles de personnel médical entraînent des délais d'attente et des retards dans le processus de recrutement», ajoute l'audit, notamment dans les régions périphériques.

Pour assurer les effectifs nécessaires, l'armée fait appel à des médecins contractuels. Mais même si cette solution est efficace à court terme, la commission la juge trop onéreuse et susceptible d'accroître une forme de dépendance. L'été dernier déjà, la Commission de gestion du Conseil national avait émis des réserves, pointant le fait que les directives du Conseil fédéral n'étaient pas respectées. Ces directives eixgeaient que les évaluations d'aptitude soient toujours effectuées par au moins deux médecins militaires ou des employés de l'armée.

Espoir d'un projet pilote

La situation est donc partiellement critique, d'après l'audit interne, qui craint que les départs ne puissent être compensés dans les délais impartis. «Ce retard pourrait affecter l'ensemble du processus de recrutement, car son aboutissement dépend obligatoirement de l'évaluation de l'aptitude au service par le personnel médical spécialisé.»

L'armée est consciente du problème, mais les mesures prises jusqu'à présent pour augmenter l'attractivité des postes fixes se sont avérées infructueuses. Depuis cette année, l'armée se tourne surtout vers les femmes qui reprennent le travail, les travailleurs à temps partiel et les médecins militaires afin d'augmenter le nombre de postes permanents et d'avoir mois recours aux médecins contractuels. Si ce modèle s'avère concluant, il sera maintenu et progressivement étendu à tous les sites. Les coûts de recrutement devraient alors diminuer à nouveau.

Articles les plus lus