Ultimatum de dix jours
Qu'est ce qui manque (encore) à Trump pour frapper l'Iran?

Donald Trump a annoncé qu'il prendrait sa décision de frapper l'Iran d'ici dix jours. Que lui manque-t-il encore pour passer à l'action, alors que les négociations n'ont pas abouti à la capitulation du régime de Téhéran sur le nucléaire et les missiles?
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Sur le pont de l'USS Gerald Ford, le second porte-avions américain déployé dans la région, les exercices sont nombreux.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

La République islamique d'Iran est finie. Cette affirmation prévaut à Tel-Aviv, où tous les experts israéliens de la région s'accordent pour dire que le régime des ayatollahs iraniens, au pouvoir depuis 1979, n'a jamais été aussi faible. Vrai? Faux? Pourquoi Donald Trump, dans ces conditions, ne donne-t-il pas l'ordre de frapper, à partir de la formidable armada aéronavale américaine déployée dans le golfe Persique?

Le président des Etats-Unis est-il sincère lorsqu'il annonce une décision «d'ici à dix jours»? Un calendrier qu'il avait aussi évoqué début juin 2025, avant d'envoyer dans la foulée des bombardiers furtifs B-2 pour détruire les capacités nucléaires iraniennes, lesquelles semblent avoir en partie survécu à la «guerre des Douze Jours» menée conjointement par les Etats-Unis et Israël du 13 au 24 juin.

Trois facteurs expliquent encore l'attentisme de Trump, alors que la répression continue de s'abattre sur la population iranienne. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, près de 40'000 personnes auraient été tuées depuis le début des protestations anti-régime, le 28 décembre.

Décapiter le régime iranien

Le premier facteur est politique. Donald Trump a besoin, s'il frappe le régime islamique iranien dans le but de le décapiter, d'une alternative au pouvoir des ayatollahs et des Gardiens de la révolution. Deux scénarios sont possibles. Le scénario 1 est la prise de contrôle du pays par une faction du régime avec laquelle les Etats-Unis pourraient conclure un accord, sur le modèle de ce qui s'est passé au Venezuela, où la capture de Nicolas Maduro a masqué la prise de pouvoir de sa vice-présidente.

Le scénario 2 est un changement de régime qui supposerait, par exemple, l'arrivée à Téhéran de Reza Pahlavi, le fils du Shah déchu, qui a été ovationné, en marge de la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich, les 14 et 15 février, par plus de 200'000 Iraniens de la diaspora. Problème: une telle installation est catégoriquement exclue par d'autres groupes de l'opposition iranienne, comme les Kurdes. Et arriver à Téhéran supposerait, pour Reza Pahlavi, un déploiement de troupes américaines au sol pour le protéger. Le plus probable est donc la recherche d'alliés locaux, au sein du régime actuel, pour éviter le chaos.

Infiltrations israéliennes

Le second facteur est militaire. Donald Trump doit, en coordination avec son allié israélien, dont les services de renseignement sont infiltrés à tous les niveaux du régime iranien, disposer de garanties sur l'efficacité des frappes aériennes. Or il faut pour cela s'entendre sur l'objectif. Des frappes destinées à annihiler les capacités nucléaires et balistiques de l'Iran buteront sur le même obstacle que la guerre des Douze Jours: la capacité du régime iranien, dans ce grand pays montagneux, à dissimuler ses stocks et à faire planer le doute. Des frappes destinées, en revanche, à en finir avec la République islamique devront être beaucoup plus nombreuses et durables, au risque de faire un grand nombre de victimes.

La bonne équation serait pour Trump que ces frappes déclenchent un soulèvement populaire, que des groupes armés amis (comme les Kurdes) passent à l'offensive et que cette combinaison fasse tomber les ayatollahs. Mais l'on revient alors à la première question: qui, pour succéder à la République islamique si personne ne déploie des troupes au sol? Or Trump ne veut ni chaos ni «boots on the ground» (pas de troupes au sol).

Menace «existentiellee»

Le troisième facteur est Israël. C'est pour faire disparaître la menace «existentielle» que le régime des ayatollahs fait peser sur l'Etat hébreu, avec sa quête de l'arme nucléaire et ses milliers de missiles, que Trump est prêt à frapper. Problème: Israël, après la guerre à Gaza, est devenu infréquentable pour beaucoup de pays de la région, comme la Turquie ou l'Arabie saoudite, beaucoup plus satisfaits à court terme d'un Iran affaibli, de moins en moins capable d'approvisionner en armes ses alliés régionaux (Houthis au Yémen, Hezbollah au Liban...).

C'est pour cela que les Israéliens poussent Trump à en finir maintenant. Et c'est aussi pour cela que les Iraniens ont le soutien de pays comme Oman, leur voisin, pour négocier afin d'éviter l'engrenage de la guerre. Donald Trump doit convaincre en urgence ses autres alliés régionaux, des Turcs aux Saoudiens en passant par le Qatar, qu'il maîtrise la situation. Alors que ce n'est pas le cas. Et que dix jours n'y changeront rien. Sauf si, d'ici là, la République islamique capitule et entame, après un accord surprise, le démantèlement de son stock d'uranium enrichi et de ses stocks de missiles.

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