Répression, chaos régional
En Iran, voici les scénarios du pire que Trump doit éviter

S'il décide de frapper l'Iran pour faire tomber le régime de la République islamique, Donald Trump prendra tous les risques. Pourquoi? Parce que plusieurs scénarios du pire risquent de se réaliser..
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Les chiffres les plus terribles circulent déjà sur l'ampleur de la répression en iran: de 750 morts à plus de dix mille...
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

La République islamique d’Iran est tout, sauf un régime facile à renverser par des frappes aériennes. Au pouvoir depuis avril 1979, portés au sommet de l’Etat par une révolte populaire contre la monarchie autoritaire du Shah soutenue par les Etats-Unis, les ayatollahs qui contrôlent ce pays de 90 millions d’habitants ne tiennent pas seulement par l’étau policier qui emprisonne la population. En un demi-siècle, l’actuel pouvoir iranien a considérablement enrichi sa classe dirigeante, autour des quelque 200’000 Gardiens de la révolution, qui contrôlent le commerce du pétrole et du gaz, dont l’Iran détient les 3e réserves mondiales. Autant dire que le soulèvement en cours est loin d’avoir pris le dessus. La preuve? La répression féroce dénoncée par Donald Trump, qui a promis, en retour, l’arrivée prochaine d’une aide aux protestataires, sans spécifier laquelle.

La vérité est qu’une intervention militaire des États-Unis et de leur allié israélien, sous forme de frappes ou d’opérations commandos, aura beaucoup de mal à décapiter cette théocratie, qui conserve le soutien d’une partie de la population. Impossible, notamment, d’écarter le scénario d’un embrasement du Moyen-Orient si l’Iran met ses menaces de riposte contre les intérêts américains à exécution. Donald Trump a donc devant lui plusieurs scénarios du pire. En voici cinq à éviter à tout prix.

Scénario 1: l’échec militaire

La plupart des observateurs le jugent «impensable». Depuis la guerre des «12 jours» de juin 2025, menée par Israël et les Etats-Unis contre les sites nucléaires iraniens, et depuis l’enlèvement réussi par les commandos de la Delta Force du président vénézuélien Maduro, le deux janvier, la puissance de Donald Trump semble impossible à arrêter. Sauf que le déroulement de l’opération, à Caracas, a frôlé le fiasco. Et que tout aurait été différent si des soldats américains s’étaient retrouvés cloués au sol sous le feu vénézuélien! On peut dès lors penser que Trump frappera l’Iran à coups de missiles et de bombes. Les cibles sont identifiées. Mais le pouvoir risque de rester, au sol, au bout des fusils des milices du régime.

Scénario 2: le bain de sang

Donald Trump justifie toujours ses interventions par sa volonté de faire cesser les massacres et les tueries sur les champs de bataille. Il le répète à chaque fois à propos de la guerre en Ukraine. Or la situation en Iran présente, sous cet angle, un risque maximal de bain de sang si la population part à l’assaut des institutions du régime, comme le président des Etats-Unis leur a demandé de le faire. Les images qui ont réussi à sortir d’Iran, malgré la coupure d’Internet et des télécommunications, montrent la répression féroce engagée par les autorités, justifiée au plus haut niveau par les attaques contre les émeutiers, que le Guide suprême Ali Khamenei et le président Massoud Pezeshkian ont successivement présentés comme des agents des Etats-Unis et d’Israël. Les frappes aériennes peuvent-elles empêcher les tueries de masse? A voir…

Scénario 3: la guerre civile

L’Iran n’est pas l’Irak de Saddam Hussein, renversé par les Etats-Unis en avril 2003, à l’issue de la 2e guerre du Golfe et de l’intervention massive, au sol, de troupes américaines et britanniques. Ce pays est une mosaïque de groupes ethniques (Kurdes, Baloutches, Azéris…) et sa géographie montagneuse offre de nombreux sanctuaires possibles pour d’éventuels reliquats d’un régime déliquescent. Pour simplifier: l’Iran de 2026 ressemble davantage à l’Afghanistan de 2002 sur le plan du défi militaire, avec une énorme différence: les milices de la République islamique y sont bien mieux armées que les talibans afghans. Installer un nouveau pouvoir à Téhéran s’annonce donc très compliqué. Le risque de bourbier est réel, avec d’importantes caches d’armes répandues sur le territoire, comme cela était le cas en Libye lors de l’intervention franco-britannique de 2011.

Scénario 4: les détroits pétroliers bloqués

Le régime iranien a les moyens de couler des navires et de mener des opérations militaires pour bloquer tout trafic maritime dans les deux détroits pétroliers les plus stratégiques au monde: le détroit d’Ormuz et celui de Bab el-Mandeb. L’impact sur le marché mondial du pétrole serait énorme, même si les Etats-Unis seraient peu affectés, compte tenu de leurs réserves propres et de leur prise de contrôle en cours des gisements du Venezuela. Les deux puissances économiques les plus touchées seraient la Chine, qui achète plus de 80% du pétrole iranien, et l’Union européenne, tributaire des importations énergétiques en provenance du golfe Persique. Une crise mondiale, alors que Trump promet le redressement économique de l’Amérique?

Scénario 5: le séisme régional

L’Iran n’a plus ses moyens militaires d’antan. La République islamique a perdu ses «proxies», ces mouvements armés dont elle dirigeait les opérations ou finançait le fonctionnement, comme le Hezbollah chiite libanais, le Hamas sunnite palestinien ou les Houthis chiites du Yémen. La Russie de Poutine, son meilleur allié, n’est pas non plus en mesure de lui porter secours. Restent deux armes de destruction massive au niveau régional: l’existence de réseaux terroristes capables de mener des actions contre les bases américaines, et les milices chiites en Irak. La meilleure façon, pour Donald Trump, d’éviter ce scénario régional du pire serait qu’une partie du régime iranien conserve le contrôle de l’appareil sécuritaire, après avoir conclu un accord avec Washington. Bref, qu’un coup d’Etat ait lieu au sommet du pouvoir, à Téhéran.

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