Le pire, en géopolitique, est de croire que tous les pays et toutes les situations se ressemblent. Et la faute qui menace tout dirigeant mondial surpuissant est de penser que la force résoudra tout, parce qu’elle permet d’éliminer les uns, de faire taire les autres et de faire triompher ses intérêts.
Ce dilemme, Donald Trump a décidé de l’ignorer en lançant, mardi 13 janvier, un appel au soulèvement en Iran sur son réseau Truth Social. Car il s’agit bien de cela, venant du président des Etats-Unis. En écrivant en lettres majuscules «CONTINUEZ À MANIFESTER – PRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS!!! L’AIDE EST EN ROUTE», le locataire de la Maison Blanche a donné un feu vert à la révolution.
Avec, à la clé, la promesse d’un soutien dont tout porte à croire qu’il prendra la forme d’une intervention aérienne ciblée, comme l’ancien promoteur immobilier les affectionne: à savoir une pluie de missiles pour désorganiser les infrastructures militaires et sécuritaires de la République islamique, assortie, sans doute, de tirs très ciblés pour tuer tel ou tel dirigeant ou cadre impliqué dans la répression.
Coup de boutoir
L’avenir dira si ce coup de boutoir contre un régime qui tient l’Iran d’une main de fer depuis 1979 et a maté dans le sang plusieurs soulèvements sera suffisant. Et quel sera le prix à payer pour des millions d’Iraniens désarmés face aux Gardiens de la révolution et face à tous ceux qui, aujourd’hui, peuvent tirer sur la foule. Mais le plus inquiétant est, à ce stade, le changement de registre soudain de Trump.
Jusqu’à ces dernières heures, le président des Etats-Unis affirmait vouloir négocier. Puis il a basculé dans l’interventionnisme, persuadé probablement de la fragilité du pouvoir des ayatollahs, miné par l’appauvrissement économique du pays, la colère sociale, la révolte si courageuse des femmes et l’affaiblissement militaire résultant de la guerre des douze jours contre Israël, en juin 2025.
Frappes ciblées
Or croire que, sur le terrain, en Iran, tout peut se décider à coups de frappes ciblées, verrouillées sur place par les agents infiltrés des services de renseignement israéliens, revient à oublier des faits redoutables. Téhéran, rappelons-le, n’est pas Caracas, la capitale du Venezuela, où Nicolás Maduro a été enlevé en pleine nuit par les commandos de la force Delta. Cette capitale est, depuis plus d’un demi-siècle, le siège d’une théocratie chiite certes discréditée, mais enracinée. La population acquise au régime des ayatollahs y est bien plus nombreuse, et elle a bien plus à perdre qu’au Venezuela.
Mieux: l’hostilité envers les Etats-Unis, qui remonte au coup d’Etat de 1953 contre le Premier ministre Mossadegh et sa volonté de nationaliser le pétrole, y est ancrée dans l’histoire. Sans parler de la possibilité, pour les tenants du régime islamique, de paralyser les détroits pétroliers les plus fréquentés du monde, à portée de tir de l’artillerie iranienne ou d’attentats contre des navires chargés de gaz et d’or noir.
Donald Trump ne peut pas, comme il l’a fait avec Maduro, mener en Iran une opération de police en toute impunité. Attaquer le régime iranien, aussi isolé soit-il aujourd’hui, revient à prendre le risque d’un engrenage dont l’Amérique sera forcément comptable, et à activer potentiellement une machine infernale de terreur et de règlements de comptes dans laquelle l’Europe se retrouvera happée.
Libérer le peuple iranien est une très noble cause. A condition d’être prêt à en assumer les conséquences et à ne pas croire que les ayatollahs, dans ce Moyen-Orient explosif, riment avec Venezuela.