L'Iran et les Etats-Unis se sont entendus à Genève sur des «principes directeurs» pour résoudre les divergences sur le nucléaire. Mardi, en pleines tensions dans le Golfe, Téhéran a proposé un moratoire de trois ans sur l'enrichissement d'uranium, mais pas le renoncement souhaité par Washington, selon des sources officielles.
Les discussions indirectes, les secondes après celles de Mascate le 6 février, ont à nouveau été facilitées par Oman. Pendant environ trois heures, ces pourparlers indirects par l'entremise du ministre omanais des Affaires étrangères Badr al-Busaidi ont eu lieu à la résidence de l’ambassadeur du sultanat auprès de l’ONU à Cologny (GE). Ils ont abouti à des «principes directeurs», a affirmé le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat. Il a précisé que cette série de discussions avait été «plus constructive» que la précédente.
Selon des diplomates iraniennes, parmi des concessions, l'Iran propose également d'exporter une partie de son stock d'uranium enrichi dans des pays comme la Russie. Et d'oeuvrer à des accords économiques avec les Etats-Unis. Washington n'avait pas réagi dans l'immédiat, sa délégation entamant ensuite des pourparlers avec l'Ukraine et la Russie. Lundi soir, le président américain Donald Trump avait remis un coup de pression sur Téhéran. Il a mis en garde les autorités iraniennes en cas d'absence d'accord et avait promis de participer indirectement aux discussions. Ses émissaires Jared Kushner et Steve Witkoff devaient tenter d'obtenir des engagements de l'Iran sur son stock d'uranium enrichi. Israël souhaite de son côté non seulement le déplacement de ces substances dans un autre pays, mais le démantèlement de toute infrastructure qui pourra les fabriquer.
Nouveaux pourparlers pas décidés
Au terme des négociations, Abbas Araghchi a encore annoncé qu'aucune date n'avait été fixée pour une troisième série de pourparlers. Chaque partie va préparer des textes, selon lui. «Une nouvelle fenêtre d'opportunité s'est ouverte», a estimé le ministre devant la Conférence du désarmement (CD), avant une rencontre avec le conseiller fédéral Ignazio Cassis. Il souhaite un arrangement rapide en échange d'une levée des sanctions américaines.
«Nous espérons que les négociations aboutiront à une solution durable et négociée», a-t-il ajouté. Mais il s'en est à nouveau pris à l'attitude des Etats-Unis qui remettent en cause, selon lui, le droit de l'Iran à un usage pacifique de l'énergie nucléaire. Ces discussions ont été menées alors que l'Iran a tiré plusieurs missiles lors d'un exercice dans le détroit d'Ormouz et que Washington continue son déploiement dans la région. L'ayatollah Ali Khamanei a estimé que les Etats-Unis ne détruiront pas la République islamique.
Téhéran estime toutefois que les positions américaines actuelles semblent plus «réalistes». Un haut responsable du ministère iranien des Affaires étrangères a mentionné le «sérieux» des pourparlers de mardi. Téhéran, qui veut un accord rapide, se dit prêt à un compromis sur son stock d'uranium hautement enrichi. A condition que Washington lève les sanctions contre l'économie iranienne. Donald Trump souhaitait que de nombreuses questions soient abordées à Genève, notamment la situation politique interne de l'Iran après la récente répression qui a fait au moins des milliers de victimes. Il avait menacé la République islamique de frappes en cas d'exécution de détenus, quelques mois après celles qui avaient fragilisé le dispositif nucléaire iranien.
Manifestants à Genève
Autre sujet de discorde, Washington souhaite un engagement de Téhéran sur les groupes armés qu'il soutient dans la région, notamment le Hezbollah au Liban. Et que l'Iran limite ses missiles balistiques. Mais les Iraniens ont obtenu de ne discuter que de nucléaire à Genève. Israël exige que le stock d'uranium enrichi quitte l'Iran. Plusieurs pays, dont la Russie, ont proposé d'accueillir celui-ci. Il faut «démanteler les équipements et les infrastructures qui permettent d'enrichir l'uranium», selon le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin dernier, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%. Bien plus que la limite autorisée par l'accord nucléaire conclu il y a une dizaine d'années avec les grandes puissances, dénoncé ensuite par Donald Trump. Hasard du calendrier, une dissidente américano-iranienne était présente mardi à Genève pour une rencontre organisée par les ONG. Plusieurs dizaines d'opposants ont également manifesté à Genève et à Cologny.