Les Etats-Unis préparent une guerre
Trump va-t-il attaquer l'Iran? Les prochaines heures seront décisives

Chasseurs redéployés, porte-avions en mouvement, réunions de crise à répétition: Washington se prépare à une éventuelle frappe contre l’Iran, peut-être dès ce week-end. Donald Trump hésite encore. Bluff pour arracher un accord ou nouvelle escalade au Moyen-Orient?
Donald Trump est confronté à l'une de ses décisions les plus délicates en matière de politique étrangère.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Chiara Schlenz

Les avions américains se déplacent, les porte-avions mettent le cap sur l'Iran, à la Maison Blanche, la «Situation Room» fonctionne quasiment en continu. Selon les médias américains, l'armée serait prête dès ce week-end pour une frappe contre l'Iran. Donald Trump n'a pas encore pris sa décision. Mais la pression monte.

Le décor militaire est planté

Les faits sont clairs – et lourds de conséquences. Deux groupes de porte-avions, dont le plus moderne de la marine américaine, sont prêts à intervenir. Des dizaines de F-35 et de F-16 supplémentaires ont été déplacés en direction du Proche-Orient. Des systèmes de défense Patriot et THAAD protègent les bases américaines. 30'000 à 40'000 soldats américains sont stationnés dans la zone d'intervention élargie. Un tel déploiement sert soit à dissuader, soit à préparer une frappe.

Officiellement, la Maison Blanche souligne que la diplomatie est «toujours la première option». En parallèle, des responsables américains estiment que l’Iran ferait «preuve de sagesse» en concluant un accord avec Trump. Mardi, à Genève, on négociait encore indirectement sur le programme nucléaire iranien. Téhéran s'est dit prêt à limiter ses activités et exige en contrepartie un assouplissement des sanctions.

L'exigence principale des Etats-Unis, à savoir aucun enrichissement sur le sol iranien, est pratiquement inacceptable pour Téhéran. Les Iraniens ont toutefois proposé de revenir avec des propositions détaillées dans les deux semaines.

Dans le même temps, des images satellites analysées par des médias américains montrent que des installations nucléaires sont renforcées avec du béton et de la terre. La méfiance règne des deux côtés.

Ramadan, Jeux olympiques, état de l'Union

Pourquoi maintenant? Le moment semble calculé. Le ramadan a commencé – une attaque durant cette période pourrait être perçue comme une provocation dans le monde islamique. Les Jeux d'hiver se terminent dimanche – un moment symbolique pour l'attention mondiale. Et la semaine prochaine, Trump prononcera son grand discours sur l'état de l'Union. Une frappe militaire avant cela donnerait le ton. Un retour en arrière également.

Le délai de 48 heures souvent cité n'est pas un ultimatum officiel. Il résulte de briefings internes sur la situation: le Pentagone aurait signalé à la Maison Blanche que les forces armées seraient prêtes à intervenir «dès ce week-end». Concrètement, cela signifie que les porte-avions, les avions de combat et les avions ravitailleurs sont positionnés de telle sorte qu'une attaque pourrait être autorisée à court terme. Les paquets d'objectifs et les plans d'intervention sont apparemment prêts. Depuis ce moment, c'est moins une horloge militaire qu'une horloge politique qui fait tic-tac.

Timing avec calcul politique

Sur le plan de la politique intérieure, le président américain évolue sur une corde raide. Il a gagné les élections en promettant de ne plus mener de «guerres sans fin». Une attaque contre l'Iran, après les coups déjà portés l'année dernière, serait une nette escalade. En même temps, une fermeté maximale correspond à son image. Trump opère avec des pressions, des menaces et des ultimatums. Sa stratégie est souvent la suivante: d'abord l'escalade, ensuite l'accord.

Mais l'Iran n'est pas le Venezuela, où cette stratégie a récemment porté ses fruits. Car Téhéran dispose d'un réseau dense d'alliés régionaux: des milices en Irak, le Hezbollah au Liban, des alliés en Syrie et au Yémen. Toutefois, les alliés de l'Iran n'ont jamais été aussi faibles depuis des décennies. Des tirs de missiles contre Israël, des attaques contre des bases américaines ou des perturbations du trafic maritime dans le Golfe restent des scénarios plausibles. Le prix du pétrole réagirait immédiatement. La région pourrait basculer dans une nouvelle phase d’instabilité.

Le risque d'une réaction en chaîne

Une tentative américaine d'affaiblir durablement le régime serait encore plus risquée sur le plan politique. Un vide de pouvoir à Téhéran ne conduirait pas automatiquement à l'établissement d'une démocratie. Une montée en puissance de forces encore plus radicales au sein des Gardiens de la révolution serait plus probable.

Trump se trouve ainsi face à la décision de politique étrangère la plus délicate qu'il ait prise jusqu'à présent au cours de son deuxième mandat. Plus il se renforce militairement, plus sa marge de manœuvre se réduit. Un retour en arrière pourrait être interprété comme une faiblesse, ce que Trump veut éviter.

La décision des Etats-Unis de frapper dépend moins de la volonté militaire que du calcul politique de Trump. Trois facteurs comptent: l'état des négociations, le risque en matière de politique intérieure et sa propre image de faiseur d'accords durs. Si l'Iran fait de larges concessions, Trump peut le faire passer pour un succès. Si Téhéran s'entête, la pression pour mettre en œuvre la menace augmente. En même temps, l'engagement ne doit pas devenir une «guerre sans fin», cela contredirait son propre récit.

Sur le plan militaire, Washington est prêt. Une seule personne décide désormais s'il ne reste que 48 heures ou quelques jours avant la guerre: Donald Trump.

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