Un discours révélateur
Poutine reconnaît pour la première fois ses erreurs

Devant le parti «Russie unie», Vladimir Poutine ne se montre soudain plus aussi sûr de sa victoire. Il lance un appel à ses soldats au front et cherche des moyens de consolider son pouvoir. Analyse de ce discours qui en dit long sur les problèmes du Kremlin.
Le président russe Vladimir Poutine admet pour la première fois que tout ne se passe pas comme prévu.
Photo: Imago

En bref

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  • Lors du congrès du parti «Russie unie» samedi, Vladimir Poutine a admis pour la première fois des erreurs dans l’«opération militaire spéciale» contre l’Ukraine.
  • Il a réitéré son engagement pour la guerre et a appelé à une mobilisation totale pour remporter la victoire.
  • Poutine prévoit de remplacer des députés passifs par des vétérans militaires, consolidant ainsi un Parlement loyal. Il a aussi exclu le parti d’opposition Iabloko des prochaines élections, renforçant le contrôle autoritaire du Kremlin.
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Guido Felder

Le discours de Vladimir Poutine prononcé devant le parti «Russie unie» donne un aperçu approfondi de la stratégie actuelle du Kremlin. Dans ses propos, le président russe présente une image idyllique, mais un examen plus attentif révèle que bien des choses vont de travers.

Les propos de Poutine sont truffés de doutes et d’illusions. La fin de la guerre n’est pas en vue. Pour la première fois, il admet que des erreurs ont été commises dans le cadre de l’«opération militaire spéciale» contre l’Ukraine. Plusieurs citations de Poutine révèlent des fissures surprenantes dans la façade propagandiste soigneusement lissée du Kremlin.

Lors du congrès du parti samedi, Poutine a rallié son parti à la poursuite de la guerre d’agression contre l’Ukraine. Face aux «attaques brutales et barbares du régime de Kiev», la Russie doit tout mettre en œuvre pour remporter la victoire. Mais ce que Poutine dit – et ce qu’il passe sous silence – révèle les difficultés auxquelles le Kremlin est confronté.

1

Reconnaissance des erreurs

«Il faut bien admettre que, dans le cadre de projets de grande envergure et complexes, tout ne réussit pas toujours du premier coup.»

Ici, le dirigeant du Kremlin admet ouvertement que tout ne se passe pas comme prévu sur le front. Cet aveu est une fissure dans le dogme du Kremlin, habituellement intouchable! Il tente ainsi de minimiser les échecs. Dans le même temps, il prépare la population russe à une réalité amère: le triomphe rapide espéré a échoué – ce qui s’ensuit, c’est une guerre d’usure épuisante qui durera des années et exigera de la société un maximum de discipline et d’esprit de sacrifice.

2

Les vétérans au pouvoir

«Nos héros se sont battus avec honneur pour la Russie et, j’en suis certain, travailleront également avec honneur au Parlement.»

Poutine ne semble pas satisfait du travail de la Douma. Il n’y a certes pas d’opposants au Parlement, car ceux-ci ne sont pas tolérés et ne sont pas autorisés à se présenter aux élections. Mais certains députés ne soutiennent pas la politique de Poutine avec suffisamment de loyauté. De plus, la corruption et l’inefficacité règnent. C’est pourquoi le chef du Kremlin a tout intérêt à remplacer progressivement les cadres du parti, jugés trop passifs, par des vétérans de l’armée. Avec ces militaires intransigeants, il se forge un rempart parlementaire qui lui est inconditionnellement loyal.

3

L’illusion de la démocratie

«Même dans les conditions les plus difficiles, nous resterons fidèles aux principes de la démocratie…»

Poutine ne cesse de répéter comme une litanie que le pouvoir émane du peuple et que les élections sont indispensables. Comme il a raison. Seulement voilà: en Russie, on ne peut pas parler d’élections libres. Il a exclu le parti d’opposition Iabloko, critique envers la guerre, des élections législatives du 18 au 20 septembre, soi-disant pour des violations de la législation électorale. Par cette déclaration, il cherche à donner l’impression d’une situation normale. En réalité, sous Poutine, la Russie est devenue une dictature militaire avec la guerre contre un pays souverain et la mise en place d’une économie de guerre.

4

La peur de la défaite

«Je suis convaincu que nos soldats ne nous laisseront pas tomber.»

Un commandant sûr de la victoire dirait: «Nous allons gagner.» Par cette déclaration, Poutine rejette la responsabilité de l’issue de la guerre sur les soldats qu’il a envoyés au front. Si la Russie perd, la faute n’incombe pas au Kremlin, mais à la prétendue défaillance des troupes. En même temps, cette déclaration est aussi un signe de perte de confiance et un avertissement contre la désertion et l’effondrement des troupes.

5

Le grand silence

Ce que Poutine a passé sous silence lors du congrès du parti, c'est que son armée a de plus en plus de mal à recruter de nouveaux soldats. Dans tout le pays, la crainte grandit qu’une grande mobilisation ait lieu à l’automne, une fois les élections passées. Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l’enrôlement de 300’000 à 500’000 soldats ainsi que l’envoi de 30’000 combattants nord-coréens supplémentaires sont prévus.

Conclusion: l’intervention de Poutine au congrès du parti révèle un régime en état de crise permanente. La force affichée n’est qu’une façade. La transformation du Parlement en un bastion d’anciens combattants montre à quel point le dirigeant du Kremlin doit modifier son propre système pour ne pas perdre le contrôle.

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