Le statut de héros de Zelensky s'effrite
Un ministre limogé demande de nouvelles élections

La pression sur le président ukrainien s'intensifie. Après le limogeage de nouveaux hauts responsables, l'ancien ministre de la Défense, Mikhaïlo Fedorov, réclame la tenue d'élections. Le gouvernement de Kiev va-t-il tomber?
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est soumis à des pressions de la part de ses propres collaborateurs.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS

En bref

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  • Volodymyr Zelensky fait face à une double crise: la guerre contre la Russie qui dure depuis plus de quatre ans et une opposition politique croissante dans son pays, notamment de la part d'anciens alliés comme Mikhaïlo Fedorov
  • Un sondage de l'institut Sozis mené début août 2026 place Zelensky en 6e position des personnalités politiques les plus populaires en Ukraine, tandis que l'ancien chef de l'armée Valeri Salouchni occupe la 1re place
  • Avec 6 millions de réfugiés à l'étranger et 4 millions de déplacés internes, organiser des élections en Ukraine sous loi martiale est jugé improbable, malgré les appels de Fedorov et les critiques sur la gouvernance de Zelensky
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Guido Felder

Grâce à une grande motivation et à l'aide occidentale, l'armée ukrainienne résiste depuis plus de quatre ans à la supériorité militaire de la Russie. Mais derrière ce front défendu héroïquement, la situation est extrêmement tendue. Une opposition politique croissante pèse sur Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien – figure de proue de la résistance – lutte non seulement contre Moscou, mais aussi contre une opposition interne.

Si certains sondages le soutiennent encore, ses cotes de popularité personnelles sont en berne. Dans un sondage réalisé début août par l’institut de recherche sociale Sozis de Kiev auprès de 2000 Ukrainiens, Zelensky n’occupe plus que la 6e place. L'ancien chef de l'armée Valeri Salouchni arrive en tête du classement de popularité. Il est suivi de près, à la 2e place, par l'ancien ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, qui passe désormais à l'attaque contre Zelensky.

Zelensky est connu pour remplacer parfois des ministres et des hauts responsables de l’armée sans justification détaillée. Ce fut également le cas pour Salouchni et Fedorov. Zelensky les a probablement limogés, entre autres, parce qu’ils étaient devenus des rivaux dangereux pour lui.

Fedorov va-t-il faire appel aux Etats-Unis?

Mais pour le président, le problème des changements de personnel n’est pas résolu pour autant. En effet, Fedorov passe désormais à l’attaque depuis l’extérieur. Il remet en cause la légitimité de Zelensky, dont le mandat régulier de cinq ans a pris fin le 20 mai 2024. En tant que première voix importante en Ukraine, Fedorov réclame donc de nouvelles élections – et ce, en pleine guerre! Son argument: «La démocratie ne doit pas être prise en otage par la Russie.»

Comme pour donner plus de poids à sa revendication, Fedorov prévoit, selon kyivindependent.com, de s’envoler pour les Etats-Unis dans les prochains jours. La destination de ce voyage n’est pas claire, mais il n’est pas exclu qu’il soit reçu à la Maison Blanche. Le président américain Donald Trump entretient des relations tendues avec Zelensky, qu’il a d’ailleurs déjà qualifié de «dictateur».

Selon Ulrich Schmid, expert de l’Europe de l’Est à l’Université de Saint-Gall, Fedorov cherche avant tout à transformer sa popularité en capital politique. «Il veut, par ses déclarations, exercer une pression sur la scène politique nationale afin de rester dans la course.» Ses possibilités sont toutefois limitées: il ne peut pas critiquer trop vivement Zelensky, car il a été sans interruption ministre du gouvernement depuis l’entrée en fonction de ce dernier en 2019. De plus, il ne dispose ni d’une base politique solide ni d’un programme clair.

Des élections pratiquement impossibles

La population ukrainienne est confrontée à un dilemme. Schmid: «D’un côté, Zelensky est tenu pour responsable des scandales de corruption et des rivalités au sein du gouvernement et de l’armée. De l’autre, les Ukrainiens savent pertinemment que la destitution de Zelensky ferait le jeu du Kremlin.»

En d’autres termes: la trêve politique à Kiev s’est certes fragilisée, mais elle tient toujours. «Bien que sa position de pouvoir soit contestée, Zelensky parvient à s’imposer face à d’éventuels challengers», explique Ulrich Schmid.

A cela s’ajoute le fait que des élections ne peuvent tout simplement pas avoir lieu tant que la loi martiale est en vigueur en Ukraine. D’un point de vue logistique également, ce serait une tâche pratiquement impossible: comment atteindre les quelque 6 millions de réfugiés à l’étranger et les 4 millions de déplacés à l’intérieur du pays? «Des élections sont improbables tant qu’un cessez-le-feu n’aura pas été conclu», déclare Ulrich Schmid.

Glissement vers la droite en Europe

Tout cela ne rassure pas Zelensky. Car les Russes continuent de bombarder sans relâche et aucune négociation n’est en vue. Si, en avril 2027, la nationaliste de droite Marine Le Pen était élue présidente de la France – ses chances sont bonnes – et si, dans d’autres pays également, les partis d’extrême droite gagnaient du terrain, le soutien de l’Europe pourrait s’effriter progressivement.

On ne peut pas envier Zelensky: entre la guerre contre la Russie, la lutte contre une opposition qui gagne en puissance et la course à l’aide internationale, il est confronté à une guerre personnelle sur trois fronts.

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