Des drones russes en Roumanie
«Une campagne de menaces russes de plus en plus intense est en cours»

Depuis le début de l'année, des dizaines de drones russes ont été repérés en Roumanie. Des avions de chasse de l'OTAN en ont abattu plusieurs. Les experts pensent que Moscou teste les failles de la défense aérienne européenne et cherche à provoquer des réactions.
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Fin mai, un drone russe s'est écrasé sur un immeuble à Galati, en Roumanie. Deux personnes ont été blessées.
Photo: AFP
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Marian Nadler

La Russie teste depuis le début de l'année la défense anti-drones de la Roumanie. Fin mai déjà, on comptait 15 intrusions de drones cette année selon un décompte du quotidien «Le Monde». Un drone russe venait de percuter un immeuble de grande hauteur dans la ville de Galați. Deux personnes ont été blessées.

Ce qui n’était au départ qu’un problème lié à des drones errants s’est progressivement transformé en un véritable défi pour la défense aérienne du pays membre de l'OTAN. Le 16 août, un F-18 espagnol au service de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a abattu un drone présumé russe dans l’espace aérien roumain. Quatre jours plus tard, des avions de chasse roumains ont dû abattre un drone maritime. Celui-ci avait été repéré dans les eaux à l’est de la ville de Constanta. Le président roumain Nicusor Dan a condamné «l’intensification de tels incidents irresponsables de la part de la Fédération de Russie». En juillet déjà, des avions de chasse F-16 roumains avaient intercepté, en l'espace de quelques jours, trois drones vraisemblablement d'origine russe.

Plus qu’une simple erreur?

La Roumanie partage une frontière avec l’Ukraine. Si un drone s’égare de quelques centaines de mètres, cela constitue immédiatement une violation de l’espace aérien de l’OTAN. On pourrait donc faire valoir, pour défendre le Kremlin, que tout drone russe survolant la Roumanie ne signifie pas nécessairement une attaque russe contre ce pays.

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Il n’est pas prouvé que ces violations isolées de la frontière soient délibérées. Après des dizaines d’incidents, le commandement militaire russe devrait toutefois être conscient du risque. Malgré cela, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, continue de faire attaquer par des drones les ports ukrainiens de Reni et d’Izmail, situés sur le Danube, à proximité immédiate de la frontière de l’OTAN.

Que ces violations de frontière soient intentionnelles ou non, la Russie peut tirer des informations précieuses des réactions. En combien de temps un drone est-il détecté? Quand les chasseurs d'interception décollent-ils? Dans quelles circonstances tire-t-on? Selon l’Associated Press, une étude de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) sur les incidents impliquant des drones en Europe conclut que la Russie pourrait notamment utiliser ces moyens pour repérer les failles de la défense européenne et tester les réactions. Il n’est pour l’instant pas prouvé que ce soit également l’intention derrière les incidents survenus en Roumanie.

Les interventions d’avions de chasse coûtent extrêmement cher

A l’inverse, la Roumanie devient de plus en plus un laboratoire d’entraînement de l’OTAN en matière de défense contre les drones. Dès le mois d’avril, environ 500 représentants des forces armées et de l’industrie issus de 21 pays membres de l’OTAN s’y sont entraînés conjointement. Ces incidents surviennent alors que l’OTAN renforce massivement ses capacités de défense contre les drones.

Les avions de combat peuvent abattre efficacement les drones – mais leurs missions peuvent rapidement coûter des centaines de milliers. L’OTAN l’a d’ailleurs indirectement reconnu. Après le tir de mi-août, l’Alliance a déclaré, selon le «Wall Street Journal», que la Roumanie et d’autres alliés se dotaient de systèmes d’interception au sol supplémentaires afin d’améliorer leur défense contre les drones.

Von der Leyen prend la parole

La présence d’un drone maritime en mer Noire laisse présager une nouvelle escalade. Il a été repéré près de la plateforme gazière Neptun Deep. Ce projet gazier revêt une importance stratégique pour l’approvisionnement énergétique roumain et européen.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a replacé cet incident dans le contexte d’une campagne plus large de menaces croissantes. «Une campagne de menaces qui ne cesse de s’intensifier est en cours; elle sème l’inquiétude parmi nos citoyens et tente de diviser notre Union», a-t-elle écrit dans un message publié sur la plateforme X, sans mentionner explicitement la Russie.

L’OTAN doit se préparer à d’autres incidents

Qu'il s'agisse d'une erreur, d'un risque calculé ou d'un test ciblé de l'OTAN: chaque nouvel intrus accentue la pression sur la Roumanie. Moscou sait désormais quelles conséquences peuvent avoir ses attaques de drones près de la frontière – et les poursuit malgré tout.

Pour l’OTAN, une question devient donc de plus en plus pressante: combien de temps peut-elle se permettre de répondre à des drones relativement bon marché par des avions de chasse? Les incidents au-dessus de la Roumanie montrent que la guerre des drones menée par Poutine ne s’arrête plus depuis longtemps à la frontière ukrainienne.

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