Notre podcast Helvetix Café
L'Europe dévore ses concitoyens (et ça doit changer)

Antonio Rodriguez a grandi dans le Jura. Depuis la Suisse, pays non membre de l'Union européenne, il a observé ses compatriotes galiciens sur les routes de leur exil. Et il en a tiré un livre implacable: l'Europe doit cesser de dévorer ses concitoyens.
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A Bruxelles, les manifestations pour une Europe plus sociale prennent parfois un tour costumé.
Photo: IMAGO/Anadolu Agency
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Richard WerlyJournaliste Blick
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Ce voyage est celui de la colère. Antonio Rodriguez Castinera a grandi à Delémont, dans le Jura, avec ses parents immigrés en Suisse. Journaliste, longtemps spécialisé dans les questions économiques, il a ensuite parcouru le monde et les capitales internationales, de conférence en conférence. Et qu’a-t-il ramené de ces plongées dans la finance mondiale? Un livre étonnant, dont nous avons voulu parler pour cet épisode d’Helvetix Café, le podcast de Blick qui raconte autrement la France, mais aussi la Suisse et l’Europe.

Ce livre porte un titre: «Les chemins de la colère», directement lié à ce qu’il raconte. En journaliste de terrain, avec en tête sa culture suisse et espagnole, Antonio a pris le taxi depuis la Galice, la région d’origine de sa famille, jusque dans le Jura suisse. Pas n’importe quel taxi: ce taxi-là fait partie, depuis des décennies, de ces convoyeurs de personnes et de marchandises qui font le lien entre la terre d’origine des émigrés galiciens (les «gallegos») et leur terre d’accueil. Des taxis qui ont des rites, des haltes, des habitudes. Mais des taxis qui ont surtout des chauffeurs attentifs.

C’est avec eux que l’auteur a parlé longuement. C’est leur réalité qu’il raconte dans notre podcast. Avec une cible: l’Europe. Celle-ci s’est intégrée. Même la Suisse, restée en dehors de l’Union européenne, a scellé son partenariat avec ce grand marché unique de 450 millions de personnes. Mais quid des Européens? Que sont-ils devenus? En ont-ils profité?

La crise financière

Le sujet des «Chemins de la colère» est teinté d’une période historique bien précise: celle de la crise financière des années 2008-2015 qu’Antonio Rodriguez a suivie de très près, de New York à Bruxelles, en passant par le Forum économique mondial de Davos.

Le tsunami dévastateur des «subprimes», venu des Etats-Unis, déferle alors sur le continent européen. Les dettes publiques explosent. Le naufrage de la Grèce a lieu en direct. Les économies du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Irlande suffoquent. L’Islande est en faillite.

Et partout, le constat est le même: les classes populaires et moyennes sont dévastées. Une certaine Europe a broyé ces enfants, y compris ceux qui ont tant investi dans l’espoir européen, comme les Espagnols.

Un regard suisse

Le regard suisse et jurassien d’Antonio Rodriguez fait mouche. Il raconte. Il garde en lui une forme de doute, de méfiance envers l’Union européenne et ce qu’elle n’arrive plus à produire: une économie capable d’intégrer et de rassembler.

De facto, l’Europe devient, pour certaines classes sociales, mais aussi pour les centres-villes et pour une économie de proximité «à l’ancienne», une intégration dévastatrice. Et la colère, comme le désarroi, alors, s’installent dans les taxis partis de Galice…

Une odyssée sociale à écouter!

A lire: Les chemins de la colère, d’Antonio Rodriguez Castinera (éd. Bayard).

Antonio Rodriguez sera l’invité, à Paris, des Conversations éclairées du «Laboratoire République». Rendez-vous ce mardi 30 juin à la Maison de l’Amérique latine à 19 heures. 

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