Cette course-poursuite en haute mer a sans doute énervé au plus haut point Vladimir Poutine, même s'il s'est bien gardé d'en commenter la capture. Jeudi 8 janvier, le ministère russe a juste rappelé le droit de la mer, et fait savoir qu'il ne tolérerait plus de nouvelles interceptions de navires, après l'arraisonnement la veille du Marineira par les marines américaine et britannique. Pourquoi une telle colère du Kremlin, alors que ce pétrolier est en train d'être remorqué vers un port britannique? Ces cinq secrets peuvent l'expliquer.
On parle souvent de la flotte fantôme qui permet à la Russie de poursuivre ses exportations d'hydrocarbures malgré l'embargo mis en place par l'Union européenne depuis son agression contre l'Ukraine. Plus de mille navires, souvent sous pavillon de complaisance, sillonnent les mers après s'être approvisionnés en pétrole dans les ports russes de la Baltique ou de la mer Noire.
Le Marineira, alias le Bella 1, semblait avoir un rôle dual. Il transportait du pétrole en provenance du Venezuela et avait, par le passé, refusé plusieurs tentatives de la marine américaine de monter à bord pour l'inspecter. Autre comportement suspect: son transpondeur, qui permet de localiser tout navire, était débranché. Encore plus accablant: l’US Navy aurait repéré un sous-marin russe à proximité pour suivre le pétrolier.
C'est une autre hypothèse évoquée pour justifier la course-poursuite de plusieurs semaines entre ce navire et des vaisseaux américains et britanniques dans l'Atlantique. Il pourrait avoir servi de garage et de piste d'envol à des drones iraniens fabriqués au Venezuela.
Dans ce pays, plusieurs usines produisent en effet, sous le nom d’Arpia, des drones Mohajer-2 iraniens, dont les chaînes de production vénézuéliennes sont sous la surveillance des Gardiens de la révolution. Les arguments du secrétaire à la Défense britannique, John Healey, selon lesquels l'interception du Marineira est une action «pleinement conforme au droit international», laissent entendre que ce tanker intercepté entre l'Islande et l'Ecosse menait bel et bien des activités hostiles en mer du Nord.
Le navire intercepté est accusé de faire partie d’une flotte fantôme transportant du pétrole pour le Venezuela, la Russie et l’Iran, en violation des sanctions américaines. C'est en vertu de ces sanctions que les garde-côtes américains disposaient d’un mandat pour saisir le navire et avaient tenté de monter à bord du pétrolier le mois dernier dans les Caraïbes.
Londres a affirmé que le navire avait un long passé «d’activités néfastes» liées à la Russie et à l’Iran, et que l’Iran constituait une «menace persistante» pour le Royaume-Uni. Le Marineira était sanctionné par les Etats-Unis depuis 2024. 540 navires sont sous sanctions de l'Union européenne.
Le fait d'accoster sur ce navire et d'en prendre le contrôle va permettre aux autorités américaines de le dépecer et de le passer au détecteur de systèmes électroniques. Une hypothèse est en effet que ce «tanker» n'en est pas vraiment un et qu'il est utilisé à des fins d'espionnage. Radars cachés? Arsenal de brouille électronique? Nous n'apprendrons sans doute jamais ce qui se cache sous sa coque rouillée.
Ce pétrolier et chimiquier, construit en 2002, naviguait à l’origine sous pavillon panaméen. Au fil des années, il a changé plusieurs fois de nom et de pavillon, notamment Yannis (2022), Xiao Zhu Shan (2021), Seaways Mulan (2020), Overseas Mulan (2017) et Mtov (2012). Beaucoup d'identités différentes pour des missions seulement commerciales…
En s'emparant de ce navire, les Etats-Unis lancent un avertissement à Vladimir Poutine: plus question de laisser passer les navires de la flotte fantôme sans être sûrs de leur contenu. Cela pourrait ouvrir la voie à des actions similaires des marines européennes, qui ont dans leur viseur les pétroliers sous sanctions de l'UE.
Question: que se passera-t-il si les Russes décident de faire de même avec des navires marchands européens ou américains? Une guerre secrète en haute mer est-elle en train de démarrer?