Des risques massifs
Le plan de Trump pour le pétrole vénézuélien déjà en péril

Après l’arrestation de Maduro, Trump promet des milliards en faveur de l’industrie pétrolière vénézuélienne. Les entreprises américaines sont appelées à moderniser des infrastructures défaillantes, un véritable défi.
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Un manifestant à Washington brandit une banderole avec une caricature de Donald Trump buvant du pétrole vénézuélien.
Photo: IMAGO/SOPA Images
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Nathalie Benn

Pour le président américain Donald Trump, la nouvelle année a commencé par un projet qui a secoué le monde entier: dans la nuit de vendredi à samedi, les forces spéciales américaines ont arrêté le président vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas. Entre-temps, celui-ci a été emmené à New York, où il sera jugé pour divers délits liés à la drogue.

On a rapidement compris ce que l’homme de la Maison Blanche visait dans cette opération d’envergure: les gisements de pétrole du Venezuela. L’Etat en crise d’Amérique latine en possède en effet une quantité massive – plus que tout autre pays dans le monde. Plus de 300 milliards de barils, soit environ 17% des réserves mondiales de pétrole, dorment sous terre au Venezuela. Mais aujourd’hui, le pays en exploite très peu.

Des risques massifs

Donald Trump veut désormais changer cela. Avec l’aide des groupes énergétiques américains, qui devraient investir massivement pour relancer l’industrie pétrolière locale. «Nos groupes pétroliers – les plus grands du monde – vont investir des milliards de dollars, rénover l’infrastructure pétrolière défaillante et générer ainsi des revenus pour le pays», a déclaré Trump samedi devant la presse.

Mais, selon les experts, de gros obstacles se dressent sur la route de l'ambitieux projet du président américain. Des entreprises comme Exxon Mobil, Chevron ou ConocoPhillips devraient investir 10 milliards de dollars par an au cours des dix prochaines années pour que le projet aboutisse. Mais, selon les experts, rien n’encourage réellement les entreprises à investir, et plusieurs facteurs expliquent cette situation. 

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Une infrastructure en mauvais état

Le Venezuela dispose certes des plus grandes réserves de pétrole au monde. Et pourtant, le pétrole vénézuélien représente actuellement moins d’1% de la production mondiale. La mauvaise gestion, la corruption, le manque d’investissements et, enfin, les sanctions des Etats-Unis contre le secteur et le groupe pétrolier public PDVSA ont fait chuter la production.

Conséquence: pendant des décennies, pipelines, installations d’extraction et raffineries ont été négligés. De nombreuses infrastructures sont inefficaces ou hors service. Un analyste a expliqué à l’agence Bloomberg que des années peuvent s’écouler avant que l’infrastructure ne soit entièrement rétablie.

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Des coûts élevés et un faible rendement

La situation est aggravée par le fait que l’extraction du pétrole vénézuélien est extrêmement coûteuse. La production est techniquement complexe, le transport et le raffinage sont plus chers qu’ailleurs, et un équipement ainsi qu’un savoir-faire spécifiques sont nécessaires.

Les prix bas actuels du pétrole brut – auxquels Trump continue de s’accrocher – rendent les investissements dans le pays peu rentables. Selon les experts, les entreprises américaines ont tout intérêt à investir dans des régions où le pétrole peut être extrait plus rapidement et à moindre coût.

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Une instabilité politique

Même dans un pays stable, les coûts élevés peuvent décourager les groupes pétroliers d’investir massivement. Au Venezuela, l’absence de gouvernement stable rend les investissements encore plus risqués.

Les entreprises américaines concernées se montrent donc prudentes: interrogé par Bloomberg, ConocoPhillips a déclaré qu’il était encore trop tôt pour spéculer sur les activités commerciales ou les investissements futurs. Exxon Mobil, de son côté, n’a pas souhaité commenter les développements actuels.

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Chevron, le dernier géant américain sur place

Pendant des décennies, les trois géants américains – Exxon Mobil, Chevron et ConocoPhillips – ont été présents au Venezuela. Aujourd’hui, Chevron est la seule grande entreprise américaine encore active dans le pays. Le groupe basé à Houston couvre environ 25% de la production nationale et bénéficie d’une autorisation spéciale qui lui permet de rester malgré les sanctions américaines. 

Exxon Mobil et ConocoPhillips s’étaient retirés du Venezuela au milieu des années 2000. Les analystes estiment donc que le pouvoir de marché actuel de Chevron compliquerait le retour des entreprises concurrentes. On ignore encore comment Donald Trump compte les inciter à revenir. 

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