Une guerre. Une chasse à l’homme. Une traque anti-immigrés qui peut, à chaque instant, se terminer en fusillade dans les rues des plus grandes villes américaines. Depuis la mort, mercredi 7 janvier, d’une femme de 37 ans de nationalité américaine, abattue au volant de sa voiture par un agent fédéral de l’immigration, la révolte contre les pratiques brutales assumées de l’administration Trump a monté d’un cran. Toute la nuit, dans la métropole du Minnesota, les manifestations se sont succédé pour dénoncer les «meurtres en série» de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), l’administration fédérale dont les agents ont dégainé et tiré en plein jour contre cette conductrice, lors d’un raid pour débusquer, interpeller et incarcérer des immigrés présumés clandestins.
Cette chasse à l’homme n’a rien de nouveau. Elle est revendiquée par Donald Trump et sa secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, responsable de l’ICE. Tous deux ont estimé que les agents concernés — et en particulier celui accusé du meurtre, dont la photo a aussitôt été diffusée sur les réseaux sociaux pour le dénoncer — « intervenaient auprès d’un véhicule bloqué par la neige lorsqu’ils ont été harcelés par une ''foule d’agitateurs''».
Refus d’obtempérer
La conductrice, tuée pour avoir refusé de descendre de son véhicule, aurait, selon Kristi Noem, suivi les agents de l’ICE toute la journée, bloqué leur véhicule et refusé d’obéir aux ordres de se déplacer, avant de tenter de les écraser. Ce que réfutent les images disponibles. Le FBI, la police fédérale dirigée par un partisan de Trump, Kash Patel, s’est saisi de l’enquête. Mais le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, ancien candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis aux côtés de Kamala Harris en novembre 2024, a annoncé des investigations parallèles.
Le lieu de ce drame est symbolique. C’est à Minneapolis qu’un Afro-Américain de 46 ans, George Floyd, est mort lors d’un contrôle policier le 25 mai 2020. Son décès, par asphyxie provoquée par un policier blanc, Derek Chauvin, avait engendré des manifestations monstres durant le premier mandat de Donald Trump. Ce dernier a ensuite été reconnu coupable et condamné à vingt ans de prison. Tout est donc en place, à Minneapolis, pour une répétition de ces protestations de grande ampleur, alors que les agents de l’ICE mènent depuis le début de l’année des rafles massives dans la ville.
Trump veut des résultats
Normal: Donald Trump a exigé davantage de résultats de cette agence, qui a déjà multiplié par huit, en un an, le nombre de personnes placées en détention pour des infractions uniquement liées à l’immigration. Il est passé d’environ 860 en janvier 2024 à 7800 en décembre. Soixante-huit mille personnes sont actuellement en détention pour séjour clandestin aux États-Unis, et l’objectif affiché de l’ICE est aujourd’hui de 3000 arrestations par jour. Un chiffre qui ouvre la voie aux pires comportements policiers: «Lorsqu’un agenda impose des quotas de 3000 arrestations par jour, il n’y a tout simplement pas assez de personnes représentant une menace pour la sécurité publique pour atteindre ce chiffre», estime Nayna Gupta, directrice des politiques de l’American Immigration Council.
Mourir sous les balles de l’un des 20 000 agents de l’ICE lors d’un contrôle d’identité musclé est-il une possibilité? Oui, affirment tous les activistes engagés dans la résistance à l’administration Trump. La preuve? Des statistiques internes de l’ICE examinées par l’agence Reuters montrent que les personnes ayant une condamnation pénale — y compris pour des infractions mineures — ne représentaient qu’environ un tiers des 177 000 personnes arrêtées et placées en détention entre octobre 2024 et l’été 2025. «Si l’ICE est sur place et arrête un individu dangereux, et que d’autres étrangers s’y trouvent, nous allons aussi les arrêter», a plusieurs fois revendiqué le « tsar » des frontières de l’administration Trump, Tom Homan.
Rafles à répétition
Le chef de la police du Minnesota a indiqué que la victime de Minneapolis, mariée, n’était pas une cible des opérations migratoires. Elle se serait simplement trouvée sur la route de «la plus grande opération jamais réalisée par le Département de la Sécurité intérieure» dans cet État, avec 2 000 agents déployés pour arrêter des «fraudeurs, meurtriers, violeurs et membres de gangs». Cette opération fait suite à des accusations de fraude massive aux aides sociales impliquant des immigrés somaliens, que Trump a qualifiés de «déchets». Mille cinq cents personnes ont été arrêtées depuis les fêtes de fin d’année.
De leur propre aveu, de plus en plus d’activistes engagés dans la défense des droits des migrants redoutent d’être victimes de tirs meurtriers de la part des agents de l’ICE. À Phoenix, en Arizona, mais aussi à New York, des manifestants ont brandi de nouvelles accusations contre les agents fédéraux. L’administration Trump est faite de «terreur et de peur», pouvait-on lire à Phoenix sur des banderoles. Beth Strano, directrice de Borderlands Initiative, y a déclaré que la seule façon de vaincre l’injustice est que la communauté avance unie face aux agents de l’ICE, qualifiés de «voyous».
Menaces des gangs
À l’inverse, les responsables de l’ICE brandissent les menaces de gangs dont ils feraient l’objet après les incarcérations massives et les expulsions de migrants clandestins vers des pays tiers. «Oui, c’est une guerre», a répété Tom Homan, lui-même ancien shérif. Dans un message sur les réseaux sociaux, Donald Trump a pour sa part affirmé que la vidéo montrait la victime de Minneapolis «renversant violemment, volontairement et de manière vicieuse l’agent de l’ICE, qui semble avoir tiré en état de légitime défense». Ce que, pour l’heure, les premières investigations démentent, tout comme les images de la scène de crime.