Les frappes font craindre le pire
Une nouvelle guerre vient-elle déjà d'éclater entre les Etats-Unis et l'Iran?

En pleine période de deuil après la mort de l’Ayatollah Khamenei, les tensions explosent au Moyen-Orient. Les Etats-Unis et l’Iran s’échangent des frappes, ravivant le spectre d’un conflit majeur.
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«Attaques massives» contre l'Iran: les Américains ont bombardé 80 cibles en Iran cette nuit.
Photo: AFP
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Guido Felder

La guerre au Moyen-Orient reprend de plus belle. Et de quelle manière! Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis ont mené des «attaques massives» contre l’Iran et bombardé 80 cibles, tandis que le président américain Donald Trump participait au sommet de l’OTAN à Ankara. Ces frappes américaines constituaient une «riposte» aux attaques iraniennes contre des navires marchands.

Ces nouvelles interventions surviennent en plein milieu des cérémonies funéraires organisées en l'honneur du Guide suprême Ayatollah Ali Khamenei, récemment décédé. Une chose est sûre: les mollahs ne laisseront pas passer cela. Que va-t-il se passer maintenant?

Pourquoi la guerre reprend-elle?

Les bombardements américains étaient une réaction aux attaques contre trois navires marchands dans le détroit d’Ormuz. Dernièrement, un navire avait été touché par un «projectile inconnu», provoquant un incendie. Personne n’a été blessé. Selon le site Axios, ce sont les Gardiens de la Révolution iraniens qui ont tiré au moins deux missiles sur des cargos.

En riposte, les Américains ont attaqué 80 cibles en Iran dans la nuit de mardi à mercredi. Selon le commandement régional américain Centcom, des systèmes de défense aérienne, des missiles anti-navires et plus de 60 bateaux des Gardiens de la Révolution ont ainsi été touchés. Dans le même temps, les Etats-Unis ont rétabli leurs sanctions et retiré à l’Iran l’autorisation de vendre du pétrole.

En représailles à ces bombardements américains, l’Iran a à son tour riposté en attaquant des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Pourquoi le risque d’escalade est-il plus élevé que jamais?

Le moment choisi pour ces attaques est délicat. Jeudi, à Mashhad, aura lieu l’enterrement du Guide suprême Ali Khamenei, décédé le 28 février dernier. A partir de ce week-end, des cérémonies funéraires ont lieu dans tout l’Iran ainsi qu’en Irak, au cours desquelles le cercueil de Khamenei est transporté à travers le pays.

Ces attaques, survenant en pleine période de deuil, portent atteinte à la dignité des Iraniens conservateurs, ce qui accentue la pression sur les mollahs pour qu’ils réagissent. La grande question est de savoir de quoi sont encore capables ces forces armées.

Pour l’instant, elles semblent toutefois disposer d’un important arsenal de missiles et de drones. Mais il leur reste aussi la guerre asymétrique: des attentats terroristes à l’échelle mondiale ou la fermeture totale du détroit d’Ormuz, ce qui plongerait le monde dans une nouvelle crise.

La conférence du Bürgenstock a-t-elle été vaine?

Même sans cette nouvelle escalade, le protocole d’accord mis sur pied au Bürgenstock (NW) n’avait guère de chances d’aboutir. Le texte était formulé en termes très vagues. Les négociations se seraient confrontées à un mur au plus tard lors des discussions détaillées sur le programme nucléaire iranien ou sur le Liban. 

Compte tenu des récentes agressions, l’effort diplomatique mené en Suisse centrale risque de tomber à l’eau avant même d’avoir abouti. Le ministère iranien des Affaires étrangères accuse les Etats-Unis de «rupture de contrat». Les attaques américaines auraient «rendues caduques des parties importantes et fondamentales de l’accord visant à mettre fin à la guerre».

Trump s’est exprimé mercredi matin. « Ils sont fous. Ils ne sont pas normaux», s’est-il emporté. Au lieu de s’occuper des funérailles, ils auraient tiré des missiles. «Je pense que le cessez-le-feu est terminé. Je ne veux plus avoir affaire à eux», a-t-il martelé. 

Trump va-t-il entraîner l’OTAN dans la guerre?

La participation active de l’OTAN à la guerre au Moyen-Orient n’est qu’un vœu pieux de Trump. Jusqu’à présent, tous les pays de l’OTAN sollicités ont refusé, ce qui a eu le don d'irriter le président américain. Ce dernier a ainsi ordonné mercredi matin un gel total des échanges commerciaux avec l’Espagne, laquelle avait refusé de mettre ses bases militaires à la disposition des Etats-Unis pour sa guerre au Moyen-Orient. L’OTAN ou certains de ses membres devraient continuer à rester en dehors de cette guerre. On n’en viendrait à un cas d’alliance que si l’Iran attaquait un pays membre de l’OTAN. Mais les mollahs le savent bien: cela serait dévastateur pour eux. 

Même si l’OTAN n’intervient pas dans la guerre, la fermeté de la réaction du secrétaire général, Mark Rutte, surprend. Il a qualifié les récentes attaques américaines contre l’Iran d’«absolument nécessaires».

L’Iran ayant «fondamentalement violé» le cessez-le-feu en vigueur, il serait «absolument crucial que les Etats-Unis réagissent avec détermination». Mark Rutte préside mardi et mercredi le sommet de l’OTAN à Ankara. Par cette déclaration sans ambiguïté, il cherche sans doute à s’attirer les faveurs de Trump.

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