Une année ratée pour l’Allemagne? Ou une année ratée pour la République fédérale parce que son chancelier n’est pas à la hauteur? Une chose est sûre: à Berlin, les critiques pleuvent sur Friedrich Merz, entré en fonction le 6 mai 2025 à la tête d’un gouvernement de coalition entre son parti, la CDU chrétienne-démocrate, et le SPD social-démocrate.
Plus grave: les partenaires européens de l’Allemagne commencent à s’inquiéter. Et s’il y avait au moins 5 raisons de redouter ce chancelier fragilisé, toujours menacé par la poussée électorale de l’extrême droite?
Merz n’est pas un leader
Vainqueur des élections législatives du 23 février 2025, avec 28,5% des voix pour la CDU contre 20,8% pour le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) dirigé par Alice Weidel, Friedrich Merz est arrivé au pouvoir en promettant de remettre l’Allemagne sur pied politiquement. Il a, de suite, cherché à rompre avec son prédécesseur social-démocrate Olaf Scholz (2021-2025), handicapé sur la scène internationale par son manque de charisme et sa relative incapacité à décider. Problème: le leadership de Friedrich Merz est aujourd’hui remis en question.
Ses récentes remarques sur l’humiliation infligée par l’Iran aux Etats-Unis ont antagonisé Donald Trump. Son caractère colérique, et sa façon de se comporter davantage en patron qu’en homme politique (il a longtemps dirigé le fonds américain BlackRock) font que beaucoup de ses partisans ont perdu confiance dans sa capacité à diriger sa coalition instable jusqu’aux élections prévues en 2029. Interrogé, Merz lui-même a récemment répondu: «Personne ne peut rien garantir.» Alors que le mécontentement public augmente, le parti d’extrême droite AfD dépasse la CDU dans les récents sondages.
Merz n’a pas de stratégie économique
Quelle est la stratégie économique de l’Allemagne, alors que son secteur automobile emblématique vient de subir un nouveau coup, avec la menace de 25% de taxes supplémentaires sur le marché américain brandie par Donald Trump? La République fédérale est entrée en 2026 dans sa septième année consécutive de stagnation économique, sans aucune perspective de sortie. Les réformes promises durant la campagne électorale ne se sont pas concrétisées. «Friedrich Merz ne peut pas continuer comme ça. Son gouvernement, âgé d’un an, semble épuisé, et les électeurs se lassent rapidement», titrait cette semaine «The Economist».
Les réductions budgétaires, les réformes du système fiscal, de l’assurance maladie et des retraites prévues par le gouvernement de coalition se font toujours attendre. Résultat: l’investissement et la croissance ne sont pas au rendez-vous. «Il n’existe aucun plan global de réformes concrètes susceptible de stimuler la croissance et la compétitivité. Ce retard menace de représenter un danger existentiel pour la position du pays en tant que puissance industrielle», a récemment jugé le patronat allemand.
Merz inquiète ses partenaires
Il y a deux façons de juger Friedrich Merz «l’Européen». Sur le plan des déclarations, le chancelier a sans doute été plus loin que tous ses prédécesseurs dans l’affrontement vis-à-vis des Etats-Unis. Mais quid, concrètement, des projets industriels communs dont dépend, par exemple, l’industrie future de la défense européenne?
«Lorsqu’il s’agit des priorités stratégiques et des politiques d’approvisionnement, une grande partie du tableau reste trop fragmentée selon les lignes nationales. Friedrich Merz a, dans les faits, poursuivi l’orientation initiée par son prédécesseur Olaf Scholz, qui avait annoncé une forte augmentation des dépenses de défense après l’invasion de l’Ukraine par la Russie», note le quotidien britannique The Guardian.
Mais deux points restent opaques: dans quelle mesure Berlin est prêt à acheter européen? Et à quoi ressemblera la puissance militaire allemande de demain: coopérative ou impériale?
Merz est faible face à l’AFD
C’est la grande critique des partis de gauche et du centre: au niveau européen, la CDU allemande pratique au Parlement de Strasbourg une politique de coalition ponctuelle avec les partis d’extrême droite. «L’union des droites est au programme en Allemagne. On le voit au quotidien», déplore l’eurodéputée française Manon Aubry, de la gauche radicale.
Vrai? L’universitaire suisse Gilbert Casasus complète: «Je m’interroge depuis plusieurs semaines sur la survie de la grande coalition allemande entre conservateurs et sociaux-démocrates. La question est existentielle pour le SPD: en faire partie et périr, ou la quitter et risquer une coalition entre la CDU/CSU et l’AfD?»
L’AfD est, pour mémoire, le second parti politique du pays. Or des élections régionales auront lieu en septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt. Une éventuelle victoire de l’AfD pourrait ouvrir la voie à la formation de gouvernements régionaux dirigés par le parti d’extrême droite, lui conférant ainsi le contrôle de domaines clés tels que l’éducation, la police ou les services de renseignement régionaux. Officiellement, la CDU (Union chrétienne-démocrate) s’est toujours refusée à coopérer aussi bien avec la gauche radicale Die Linke (GUE/NGL) qu’avec l’AfD. Jusqu’à quand?
Merz est fragile face à Trump
«Qui viendra après Merz?», «Merz est-il au bord du gouffre?»: tels étaient certains titres récents de la presse allemande, tandis que seulement 15 % des personnes interrogées dans un récent sondage Forsa se déclaraient satisfaites de son travail. Or Donald Trump, qui n’a jamais aimé l’Allemagne (d’où vient pourtant sa famille paternelle), l’a dans le collimateur. Le président des Etats-Unis estime désormais que le chancelier «ne sait pas de quoi il parle».
Et d’ajouter: «Pas étonnant que l’Allemagne s’en sorte si mal, à la fois sur le plan économique et autre!» On se souvient que l’Allemagne est dans le collimateur du mouvement MAGA (Make America Great Again). En février 2025, en pleine campagne électorale, le vice-président JD Vance avait refusé de saluer le candidat conservateur, préférant s’afficher avec son adversaire de l’AfD, Alice Weidel.