L’Europe doit agir! Les puissances européennes veulent réparer les dégâts causés par le président américain Donald Trump. La France, la Grande-Bretagne et d’autres alliés entendent garantir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz. Cette route commerciale stratégique était jusqu’ici bloquée, conséquence de la réaction de l’Iran dans la guerre qu’il mène.
Le fait que l’Europe agisse de sa propre initiative constitue un signal fort. Les relations entre les Etats-Unis et l’OTAN sont tendues. Le président américain a multiplié les critiques contre l’alliance, allant jusqu’à menacer de la quitter. Il reproche à l’Europe de ne pas le soutenir dans le conflit avec l’Iran. «L’OTAN n’était pas là quand nous en avions besoin – et elle ne sera pas là quand nous en aurons à nouveau besoin», a-t-il écrit la semaine dernière sur sa plateforme Truth Social.
Préserver la crédibilité nucléaire
Trump connaît le rôle central des Etats-Unis au sein de l’alliance militaire. Le pays reste une puissance nucléaire majeure. Que se passerait-il s’il venait à se retirer? C’est précisément la question que se posent les Européens. Ils travaillent à un plan d’urgence.
L’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Pologne et les pays nordiques élaborent en coulisses une «OTAN européenne», selon le «Wall Street Journal». Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius l’affirmait déjà en novembre: «L’OTAN doit devenir plus européenne pour rester transatlantique.»
L’objectif n’est pas de remplacer l’alliance entre les Etats-Unis et l’Europe, mais de préserver la dissuasion et la crédibilité nucléaire si Washington décidait de se retirer. Face à la guerre en Ukraine et à la menace russe, l’Europe doit démontrer sa capacité d’action. Reste à savoir si Trump ira réellement jusqu’à quitter l’OTAN. Il n’y a jamais eu d’OTAN sans les Etats-Unis. Mais des tensions ont déjà traversé l’alliance, en voici un aperçu.
France
Sous la présidence de Charles de Gaulle (1890-1970), la France s’est retirée de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Il ne s’agissait pas d’un retrait total. Charles De Gaulle voulait préserver la souveraineté des forces armées françaises et de son arsenal nucléaire, sans dépendre du commandement américain.
Le quartier général de l’OTAN a alors été transféré de Paris à Bruxelles. La France est toutefois restée membre politique et liée par le traité de l’Atlantique Nord, qui prévoit une assistance mutuelle. Ce n’est qu’en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qu’elle a pleinement réintégré les structures militaires.
Grèce
Pour protester contre le conflit chypriote, la Grèce s’est retirée de l’intégration militaire de l’OTAN en 1974. Athènes et Ankara s’opposaient sur l’île de Chypre. Après un putsch soutenu par la Grèce, la Turquie, elle aussi membre de l’OTAN, est intervenue militairement. L’île reste divisée à ce jour.
L’inaction de l’OTAN face à cette intervention a poussé la Grèce à se retirer partiellement de l’alliance. Là encore, il ne s’agissait pas d’une rupture totale. En 1980, la Grèce a réintégré le volet militaire, notamment pour ne pas laisser la Turquie seule en position de force au sein de l’Alliance.