Des éléments intrigants
Une étude de la ZHAW accusée d'être instrumentalisée par le camp antinucléaire

La Haute Ecole spécialisée de Zurich a-t-elle été instrumentalisée à des fins politiques? Trois députés cantonaux réclament une enquête. La question centrale est de savoir dans quelle mesure une étude controversée sur les centrales nucléaires était indépendante.
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La question nucléaire risque d'enflammer les débats publics ces prochains temps.
Photo: Keystone
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Reza Rafi

La construction éventuelle de nouvelles centrales nucléaires suisses est l'un des sujets politiques brûlants de l'avenir proche. Les deux camps s'empressent de mobiliser leurs partisans dans le débat. Désormais, la Haute Ecole spécialisée de Zurich (ZHAW) est accusée d'être instrumentalisée par les opposants au nucléaire.

Les graves accusations sont centrées sur le professeur Jürg Rohrer, le directeur du groupe de recherche sur les énergies renouvelables. En mai, il a corédigé, à la demande de la Fondation suisse pour l’énergie (SES), opposée au nucléaire, une étude sur les conséquences d’une éventuelle construction de nouvelles centrales nucléaires, telle que la préconise Albert Rösti.

Selon cette étude, la construction de nouvelles centrales nucléaires mettrait en péril jusqu’à 16'000 emplois. Blick a publié un article sur cette analyse en juillet. Des nouvelles centrales tueuses d'emploi: un argument de rêve pour le camp antinucléaire.

Membre des Vert-e-s et de Greenpeace

Mais un élément a attiré l'attention du camp adverse: Jürg Rohrer, célèbre pionnier de l'énergie solaire, est proche de la SES. Sur son site internet, il indique même être membre des Vert-e-s et de Greenpeace. Et ce n'est pas tout: pour calculer les effets sur l'emploi, Jürg Rohrer et ses co-auteurs se sont appuyés sur des scénarios élaborés en 2025 pour la SES.

En d’autres termes, la SES a commandé un rapport d'expertise à la ZHAW, dont les calculs reposent essentiellement sur un travail antérieur réalisé pour la SES. C'est là que commencent les critiques des politiciens bourgeois.

Trois députés cantonaux zurichois – Claudio Zihlmann (PLR), Marc Bourgeois (PLR) et Rochus Burtscher (UDC) – exigent une enquête indépendante. Dans leur motion, dont Blick a pu prendre connaissance, les trois hommes critiquent sévèrement la troisième plus grande haute école du canton de Zurich. Ils y voient un éventuel conflit d’intérêts et estiment que l’indépendance scientifique de l’étude par rapport à la base de calcul «nécessite tout particulièrement d'être clarifiée».

Absence d’évaluation par les pairs

De plus, les parlementaires déplorent que les scénarios utilisés par Jürg Rohrer n’aient fait l’objet d’aucune évaluation par les pairs, c’est-à-dire d’aucun contrôle de qualité indépendant. «Les résultats ont néanmoins été présentés dans le rapport comme des conclusions scientifiques de la ZHAW», critiquent les trois députés zurichois. Cela serait contraire au règlement interne de la ZHAW en matière d’intégrité scientifique.

Dans leurs questions adressées au Conseil d’Etat, les députés cantonaux exigent que l’affaire soit examinée sous l’angle des «conflits d’intérêts éventuels, des citations injustifiées ou sélectives, de l’assurance qualité et de l’influence exercée par le donneur d’ordre sur la méthodologie et la rédaction du rapport».

La Haute école se défend

La ZHAW rejette ces accusations. Elle affirme être «attachée à l’indépendance scientifique et à une recherche sans a priori». La recherche sous contrat «pour des organisations externes – y compris celles qui défendent des positions en matière de politique sociale ou énergétique» est courante dans les hautes écoles. L’essentiel est «que l’évaluation scientifique, la méthodologie et l’analyse soient menées en toute indépendance. Cela a également été le cas pour la présente étude.»

Mais pourquoi le professeur de la ZHAW a-t-il alors recouru à des scénarios clés élaborés par le commanditaire lui-même? La Haute école explique qu’au moment de l’étude, «aucun autre travail préparatoire correspondant dont nous ayons eu connaissance» n’était disponible. Les scénarios développés par la SES auraient donc été «utilisés comme point de départ de l’étude».

Une étrange mention a disparu

Et qu’en est-il de l’absence d’évaluation par les pairs? «Une évaluation externe par les pairs n’est pas une condition préalable pour qu’une étude puisse être utilisée comme source ou point de départ d’une recherche scientifique», précise la ZHAW. L’essentiel, selon elle, est que les hypothèses et les fondements méthodologiques soient examinés de manière critique et que leur origine soit indiquée de manière transparente. «C’est ce qu’a fait la ZHAW.»

Enfin, la prise de position de la ZHAW révèle un fait curieux: Jürg Rohrer avait déclaré sur son site web être membre de la SES. Selon la ZHAW, il s’est entre-temps avéré que le professeur n’est pas du tout membre de la SES. Après une demande de renseignements de Blick, cette mention a été supprimée. La SES étant une fondation, il est impossible d'y adhérer comme simple membre.

Cela dissipe au moins une ambiguïté. Mais la question principale subsiste: dans quelle mesure le document sur les centrales nucléaires est-il réellement indépendant?

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