Le ministre de l'Energie Albert Rösti souhaite construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Pour y parvenir, l'interdiction de construire de nouveaux réacteurs, pourtant votée par le peuple, doit être levée. Face à ce projet, les Vert-e-s, les Vert'libéraux le PS et une partie du Centre veulent faire barrage en lançant un référendum. Ils considèrent l'atome comme dangereux et trop coûteux. A ce jour, la ministre des Finances Karin Keller-Sutter n’a pas encore présenté de plan sur la manière dont ces nouveaux réacteurs seraient financés.
Dans ce contexte brûlant, la Fondation suisse de l'énergie, fermement opposée au nucléaire, a commandé une étude à Jürg Rohrer. Ce professeur dirige le groupe de recherche sur les énergies renouvelables à la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Et ses conclusions sont alarmantes pour l'emploi en Suisse: le simple fait de lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales pourrait menacer des milliers de postes dans le secteur du solaire et de la construction. Selon les auteurs, le danger est bien réel, même si aucun nouveau réacteur ne sort de terre.
10'000 à 16'000 emplois menacés
L'argument central de l'étude est le suivant: si Albert Rösti obtient gain de cause, un climat hostile aux investissements va s'installer au détriment des énergies renouvelables. Les secteurs de l’énergie solaire et de la construction recevraient moins de commandes, ce qui entraînerait des pertes d’emplois: «La simple possibilité de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire suffit à retarder ou à empêcher les décisions d’investissement dans les énergies renouvelables – avec des conséquences immédiates sur l’emploi en Suisse», met en garde l’étude.
L’étude conclut que cette variante d’ouverture technologique pourrait menacer entre 5800 et 9500 emplois au cours des cinq prochaines années, et jusqu’à 10'600 sur une période de dix ans. Si une centrale nucléaire supplémentaire est prévue ou construite, ce sont même 10'000 à 16'000 emplois qui seraient menacés d’ici dix ans.
Valeur ajoutée provenant de l’étranger
Les auteurs en sont convaincus: «Les emplois qui seraient créés par un projet de centrale nucléaire ne compenseraient ni quantitativement ni qualitativement ceux qui ne seraient pas créés dans le secteur photovoltaïque et qui seraient supprimés dans le secteur du bâtiment.»
Dans le cas des centrales nucléaires, la technologie et le savoir-faire seraient en grande partie importés de l’étranger, ce qui limiterait d’autant la valeur ajoutée nationale. Le secteur solaire, en revanche, répartit ses emplois au niveau régional, s’appuie fortement sur les PME et crée des emplois durables plutôt que de simples emplois temporaires sur les chantiers.
Emplois pas garantis en Suisse
De plus, l’étude prévoit des conséquences négatives pour le programme de rénovation des bâtiments. Les auteurs partent du principe que le débat sur les centrales nucléaires accroît la pression politique sur les subventions destinées aux rénovations et aux mesures d’efficacité énergétique.
Selon le scénario, d’autres emplois pourraient disparaître dans le secteur de la construction, car moins de rénovations énergétiques seraient réalisées. L’étude s’attaque ainsi de front à un argument central des partisans du nucléaire: celui selon lequel la construction de nouveaux réacteurs garantirait des emplois en Suisse.