Albert Rösti se livre pour Blick
«Au sein de l'UDC, personne ne nie le changement climatique»

Après son opération du dos, le conseiller fédéral Albert Rösti évoque la sérénité qu’il a acquise et la manière de gérer le stress lié à la chaleur. Et il explique pourquoi il ne souhaite pas interdire les réseaux sociaux aux jeunes.
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Mercredi, des militants pour le climat ont perturbé une réunion d'Albert Rösti à Lucerne.
Photo: Keystone
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Raphael Rauch

Après l'échec des initiatives contre la SSR et l'immigration, le conseiller fédéral de l'UDC Albert Rösti est sous pression. Deux mois après son opération du dos, le ministre de l'Environnement et des Transports s'est livré dans une interview exclusive à Blick. Il aborde la question nucléaire et revient sur la gestion du réchauffement climatique.

Albert Rösti, comment allez-vous après votre opération du dos?
Plutôt bien. Il faudra encore un peu de temps avant que tout soit complètement guéri. J’ai encore des douleurs, surtout la nuit. Mais ça va s’arranger. Je suis très reconnaissant envers les médecins et le personnel soignant de Balgrist à Zurich pour leur travail.

Vous adorez être au milieu de la foule. Comment avez-vous vécu le fait de devoir travailler à domicile?
C'était difficile (rires)! Les échanges directs avec mon équipe, mes collègues du Conseil fédéral et le public m'ont manqué.

Qu’avez-vous appris sur vous-même pendant votre convalescence?
Je devrais prendre les choses un peu plus calmement. Au début, je ne voulais pas me mettre en arrêt maladie. Mais ensuite, je n’arrivais plus à rien faire. Quand on se rend compte que ses ressources sont limitées et que la santé ne suit plus, les priorités changent. Les affaires ont quand même continué à tourner. Cela enseigne la sérénité.

Etes-vous tout aussi serein lorsque vous pensez au «stress climatique»?
Ce terme ne me dit pas grand-chose, car on ne peut pas influencer le climat à court terme. Je parlerais plutôt de stress thermique ou de stress hydrique – c’est d’ailleurs le vocabulaire utilisé en biologie. C’est le stress thermique qui préoccupe les gens. Nous constatons que le climat change.

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L'aménagement urbain doit être adapté, on ne peut pas tout bétonner
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Quelles mesures avez-vous ordonnées en raison de la vague de chaleur?
Les mesures à court terme relèvent de la compétence des cantons et des communes. Nous les conseillons et les soutenons par l’intermédiaire de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Mais l'aménagement urbain doit être adapté, on ne peut pas tout bétonner. Les grands espaces ne doivent pas être uniquement recouverts d'asphalte. Les places ont besoin d’arbres pour que les gens puissent profiter de l’ombre.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus?
L’analyse des risques de l’OFEV montre que le risque de subir des dommages dus à la chaleur est plus élevé que, par exemple, celui lié aux chutes de pierres. En ce qui concerne les catastrophes naturelles liées au dégel du pergélisol, pensons à Blatten ou à la vallée de la Maggia. Dans ces cas-là, les dégâts sont immédiatement visibles. Mais pour les personnes vulnérables, le risque de mourir de la chaleur est plus grand. Nous devons prendre cela au sérieux – je pense notamment aux personnes souffrant de problèmes circulatoires et aux personnes âgées.

En Europe, deux fois plus de personnes meurent de la chaleur que dans des accidents de la route. Pourquoi n’avez-vous pas mis en garde contre la vague de chaleur, comme l’ont fait vos homologues européens?
Il n’est pas nécessaire qu’un conseiller fédéral cherche à se mettre en avant pour cela. La Confédération met en garde contre la chaleur. MétéoSuisse s’en charge de manière professionnelle. La population est alertée et des recommandations de comportement sont diffusées.

Mais nous avons un problème de canicule!
La Confédération et les cantons y sont préparés. Outre les informations fournies par MétéoSuisse, il existe une plateforme dédiée à la sécheresse qui rassemble toutes les informations nécessaires pour que les cantons et les communes puissent prendre les mesures qui s’imposent. Par exemple, lorsque les vaches des alpages n’ont plus d’eau. Nous pouvons à tout moment activer la cellule de crise «sécheresse» dirigée par mon secrétaire général. La situation actuelle ne l’exige toutefois pas encore.

Pourquoi n’invitez-vous pas la présidente des Vert-e-s, Lisa Mazzone, et le président de l’Union suisse des paysans, Markus Ritter, à un entretien afin de discuter de mesures concrètes? La question du climat préoccupe tant la droite que la gauche.
Bien sûr, je discute avec eux deux lorsqu’il s’agit d’adapter le cadre légal en vue de la décarbonisation ou de prendre d’autres mesures d’adaptation. Les mesures réalisables à court terme sont prêtes et leur mise en œuvre relève de la responsabilité des cantons et des communes.

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Pour moi, c’est clair: le changement climatique existe – tout le monde le ressent en Suisse!
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Il y a au sein de votre parti des personnes qui nient le changement climatique. Que leur répondez-vous?
Je ne pense pas qu'il y ait qui que ce soit au sein de l’UDC qui nie le changement climatique. La question porte plutôt sur l’ampleur de l’influence de l’homme sur ce phénomène. Pour moi, c’est clair: le changement climatique existe – tout le monde le ressent en Suisse! Le Conseil fédéral travaille d’arrache-pied à la réduction des émissions de CO₂ et à la sortie des énergies fossiles. C’est pourquoi nous soutenons également la levée de l’interdiction d’autoriser de nouvelles centrales nucléaires, afin de disposer à long terme d’une quantité suffisante d’électricité décarbonnée. Une mesure que l’UDC a d’ailleurs soutenue à l’unanimité au Parlement.

La France a dû arrêter une partie de ses réacteurs en raison de la canicule.
Nous avons surtout besoin de l’énergie nucléaire en hiver, car c’est à cette période que nous sommes confrontés à un problème d’approvisionnement en électricité. Et en hiver, le refroidissement ne pose aucun problème. C’est d’ailleurs ce que révèle la dernière étude de l’EPFZ et de l’Institut Paul Scherrer: la combinaison de l’énergie solaire et de l’énergie nucléaire est tout à fait compatible et renforce notre sécurité énergétique.

Le peuple a rejeté d’importantes propositions de l’UDC concernant l’immigration ou la SSR. Pensez-vous vraiment pouvoir faire accepter un sujet aussi clivant que la construction de nouvelles centrales nucléaires?
Le vote sera bien sûr difficile. Mais si nous voulons un approvisionnement en électricité sûr à long terme et que nous misons sur la souveraineté et l’indépendance, alors l’énergie nucléaire offre des opportunités. En tant que ministre de l’Energie, il est de mon devoir de dire: « Gardons toutes les options ouvertes!» Non pas parce que je suis un partisan des centrales nucléaires, mais parce que je crains que nous ne puissions pas produire suffisamment d’électricité renouvelable à long terme. Et dans le monde actuel, marqué par des bouleversements géopolitiques, dépendre des importations serait, à mon sens, irresponsable.

Votre brochure de vote sur l’extension du réseau autoroutier était erronée: vous vous êtes trompé de plus d’un milliard. Dans le cas des centrales nucléaires, il s’agit également de sommes considérables. Pourquoi devrions-nous faire confiance à vos chiffres?
Concernant l’extension du réseau autoroutier, les chiffres n’étaient pas erronés. Ils correspondaient au niveau des prix de 2020, c’est-à-dire exactement à la base sur laquelle le Parlement a pris sa décision. Cela a été clairement indiqué dans le message.

Vous avez annoncé que vous achèteriez une voiture électrique suédoise en 2024.
En effet, je vais recevoir une voiture électrique dans dix jours: une Volvo EX90. J’ai une borne de recharge chez moi – c’est pourquoi les voitures électriques me conviennent à merveille.

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A quoi sert la peur? Je n’ai pas non plus peur d’une chute de pierres, qui pourrait se produire à tout moment quelque part en montagne
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L’hôtel de luxe Palace à Gstaad a déposé une demande d’autorisation pour installer des climatiseurs. Même dans l’Oberland bernois, il fait trop chaud!
J’entends souvent dire que les gens veulent désormais acheter des climatiseurs. Je ne m’empresserais pas de prendre une décision à ce sujet pour l’instant. Nous avons connu une bonne semaine de chaleur, mais il y aura à nouveau des étés plus frais. Il faut bien s’organiser sur le long terme; une bonne isolation thermique y contribue. Cela aide en été comme en hiver et permet de consommer moins d’énergie.

Ces records de température ne vous font-ils pas peur?
A quoi sert la peur? Je n’ai pas non plus peur d’une chute de pierres, qui pourrait se produire à tout moment quelque part en montagne. Mais je prends les vagues de chaleur au sérieux, et nous devons prendre les mesures qui s’imposent. Nous devons avant tout bien protéger les personnes âgées, les hôpitaux et les maisons de retraite.

Avez-vous la climatisation chez vous?
Non, mais notre maison est très bien isolée. Dans le cadre du Programme Bâtiments, la Confédération et les cantons soutiennent des mesures visant à bien isoler les habitations. En fermant les portes et les volets pendant la journée, on peut empêcher la chaleur de s’accumuler.

En Allemagne, les Vert-e-s réclament que les écoles, les cliniques et les maisons de retraite soient équipées de climatiseurs. Qu’en pensez-vous?
Pour moi, la priorité va à une bonne enveloppe du bâtiment, mais en fin de compte, ces mesures relèvent de la responsabilité des cantons et des communes.

Parlons des Etats-Unis. Pourquoi avez-vous annulé vos vacances aux Etats-Unis?
Notre fils et notre belle-fille vivent aux Etats-Unis. Nous voulions leur rendre visite cet été. Mais un vol transatlantique aurait été trop éprouvant pour mon dos.

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Il est inacceptable que des adolescents tombent sur des deepfakes les représentant nus sur Internet ou qu’ils soient victimes de harcèlement
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Le Conseil fédéral a déclaré vouloir assouplir les conditions d’immatriculation des voitures américaines. Verra-t-on à l’avenir des «monster trucks» sur les routes suisses?
Non, l’accord concerne les véhicules pesant jusqu’à 2,7 tonnes. De plus, la sécurité routière reste la priorité absolue du Conseil fédéral. A l’avenir également, seuls les véhicules répondant aux exigences de sécurité en vigueur seront homologués.

Les plateformes numériques pourraient encore être source de tensions avec Washington. La conseillère fédérale Baume-Schneider souhaite renforcer la protection des mineurs, tandis que le conseiller fédéral Jans met en garde contre l’usurpation d’identité. Jusqu’à présent, ils se sont montrés très modérés. Qui finira par s’imposer?
Nous sommes en pleine analyse des résultats de la consultation. Nous avons présenté une loi relativement allégée – elle est donc controversée entre ceux qui ne veulent rien durcir et ceux qui souhaitent tout réglementer. Il est important que les plateformes disposent d’un interlocuteur vers lequel on puisse se tourner. Il n’est pas acceptable qu’un compte soit bloqué sans que l’on sache comment se défendre contre cette mesure. Et nous accorderons davantage d’importance à la protection des mineurs.

Etes-vous favorable à une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants et les adolescents?
Je trouve les interdictions problématiques: les jeunes trouvent toujours le moyen de les contourner. De plus, ils doivent apprendre à adopter une attitude critique vis-à-vis des réseaux sociaux. Mais il est inacceptable que des adolescents tombent soudainement sur des deepfakes les représentant nus sur Internet ou qu’ils soient victimes de harcèlement. Nous réfléchissons aux outils les plus adaptés.

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