A sept semaines des votations fédérales, les Suisses rejettent l'initiative sur la neutralité. En revanche, les intentions de vote sur l'initiative sur l'alimentation ne sont pas encore claires, indique vendredi le premier sondage SSR.
Si les votations avaient eu lieu dès le 9 août, 54% des sondés auraient rejeté l'initiative sur la neutralité. 42% auraient voté pour et 4% étaient encore indécis. Le camp du non dispose ainsi d'une avance de 12 points. La formation de l'opinion est déjà bien avancée, 73% ayant une intention de vote ferme.
La part comparativement faible d'indécis et la forte part de votes résolus laissent présager un non. L'électorat de l'Union démocratique du centre (UDC) soutient massivement le texte à 86%. A l'inverse, tous les autres partis le rejettent massivement: 86% au Parti socialiste (PS), 78% chez les Vert-e-s, 81% chez les Vert'libéraux (PVL), 74% au Centre et 64% au Parti libéral-radical (PLR). Chez les électeurs sans affiliation partisane, une courte majorité de 52% se prononce en faveur de l'initiative.
Röstigraben?
Des différences se manifestent sur le plan régional. En Suisse italophone, il ressort une majorité de 55% pour le oui. En Suisse alémanique, le non prévaut avec 57% et en Suisse romande il atteint 49%.
Les opposants disposent d'une base argumentative plus large. Trois arguments recueillent une majorité: 70% des sondés estiment qu'un manque d'échanges menace la sécurité de la Suisse. 68% veulent préserver la marge de manœuvre de la politique de neutralité flexible. 65% pensent que la Suisse doit pouvoir appliquer des sanctions contre des Etats belligérants.
Chez les partisans, l'ancrage de la neutralité perpétuelle dans la Constitution est essentiel. 52% pensent que cela empêche qu'une interprétation diffère selon la situation politique du moment. 50% estiment qu'une neutralité crédible, armée et complète maintient la Suisse en dehors de conflits extérieurs.
Incertitudes pour l'alimentation
Quant à l'initiative sur l'alimentation, les intentions de vote sont actuellement au coude à coude. 49% des personnes interrogées disent vouloir voter contre, tandis que 47% sont pour. Il y a 4% d'indécis.
Malgré une légère avance pour le camp du non, le sort de cette initiative est loin d'être scellé. La formation de l'opinion n'en est qu'à un stade peu à moyennement avancé, ce qui laisse une marge de manœuvre importante pour la suite de la campagne. Actuellement, 60% des personnes interrogées ont une intention de vote définitive.
L'approbation est particulièrement marquée chez les sympathisants des Vert-e-s: 84 % veulent accepter le projet. Au PS également, 64% sont pour, tandis que le oui l'emporte encore au PVL (55%). A noter que le PS et le PVL ont recommandé le rejet du texte. Le refus prédomine chez les sympathisants des partis bourgeois.
Les femmes et les jeunes pour
Les femmes (55%) sont nettement plus nombreuses à vouloir accepter l'initiative que les hommes (39%). Le soutien diminue par ailleurs avec l'âge: il atteint 54% chez les 18-39 ans, contre seulement 42% chez les plus de 65 ans.
C'est en Suisse romande que l'initiative rencontre le plus de sympathies (57%). En Suisse italophone également (53%). En revanche, la Suisse alémanique est nettement plus critique (44% de soutien).
Chez les partisans, l'argument le plus convaincant est celui selon lequel le changement climatique et la pollution menacent les ressources en eau et qu’il faut mieux protéger l’eau potable. Chez les opposants, l'Etat n'a pas à réglementer ce que la population mange. Le scepticisme quant à la faisabilité d'atteindre un taux d'auto-approvisionnement de 70% en dix ans et la crainte de coûts élevés sont aussi largement partagés.
Le sondage SSR sur les votations du 27 septembre a été réalisé par l'institut gfs.bern entre le 3 et le 16 août auprès de 7212 citoyens. La marge d’erreur statistique est de +/- 2,8 points de pourcentage. Deux autres sondages publiés cette semaine par Leewas pour Tamedia et YouGov concluent à un double non.