Dès le mois de juin, la Suisse a connu plusieurs semaines de fortes chaleurs, avec des températures dépassant régulièrement les 30 degrés. Thomas*, domicilié à Lommis, dans le canton de Thurgovie, en a lui aussi souffert. C’est alors qu’il tombe, sur l’application Blick alémanique, sur une offre particulièrement alléchante. Pour 150 francs, un climatiseur promet de rafraîchir plusieurs pièces à la fois, sans installation coûteuse ni travaux fastidieux.
«Au début, je me suis dit que c’était trop beau pour être vrai», raconte Thomas. Mais le site est bien conçu. «Les explications techniques semblaient plausibles.»
«J'ai compris que je m'étais fait arnaquer»
Thomas attend sa commande avec impatience. «Nous essayons de rafraîchir notre appartement de manière traditionnelle, en aérant brièvement et en utilisant plusieurs ventilateurs», explique-t-il. Mais à un certain moment, cela ne suffit plus.
L’annonce diffusée via Google Ads lui promet enfin une solution efficace pour seulement 150 francs. Thomas passe donc commande. Les semaines passent, mais le climatiseur n’arrive pas. Pendant ce temps, le thermomètre continue de grimper et il devient presque impossible de garder l’appartement au frais. «J’ai donc contacté l’entreprise», raconte le Thurgovien.
Plusieurs jours s’écoulent sans réponse. Thomas commence à se méfier et relance le vendeur. Il finit par recevoir un premier message. «Ils m’ont écrit qu’ils avaient perdu mon numéro de commande et qu’ils avaient de nouveau besoin de mes coordonnées», explique-t-il. «Lorsqu’ils m’ont demandé mon adresse e-mail, alors que je leur écrivais précisément depuis cette adresse, j’ai compris que je m’étais probablement fait arnaquer.»
Des escrocs de Hong Kong
Thomas décide alors de mener sa propre enquête. Dans les mentions légales du site, il découvre une adresse aux Etats-Unis et un numéro de téléphone inhabituel. «C’est là que j’ai compris.» L’adresse située dans l’Etat de New York n’existe pas et le numéro de téléphone renvoie à Hong Kong. «J’ai alors su que j’étais tombé dans le piège d’escrocs.»
Grâce à l’intelligence artificielle, des vendeurs peu scrupuleux peuvent aujourd’hui créer en quelques minutes des sites entiers, inventer de faux experts et vanter des produits qui ne seront jamais livrés. Souvent, les sociétés qui se cachent derrière ces pratiques font patienter leurs clients jusqu’à ce qu’ils abandonnent leurs démarches. Les montants en jeu restent aussi suffisamment faibles pour décourager toute action en justice. C’est précisément le cas de Thomas.
«Financièrement, cela n’aurait jamais valu la peine d’engager une procédure contre eux.» Selon lui, c’est justement sur ce découragement que misent les escrocs. Thomas prend tout de même ses précautions. Il fait immédiatement bloquer sa carte bancaire et contacte Blick. «Je suis un lecteur de longue date et j’ai confiance dans la marque Blick.» Jusqu’ici, il avait déjà commandé à plusieurs reprises des produits présentés dans l’application. Il n’avait jamais été déçu, bien au contraire. Mais cette fois, l’expérience tourne mal.
Une arnaque bien connue
La colère de Thomas ne vise pas uniquement les escrocs. Il critique également Google et s’interroge sur les contrôles effectués avant la diffusion des publicités. «Ils engrangent des milliards de bénéfices sans se soucier des conséquences possibles.»
Le groupe de presse Ringier, auquel appartient Blick, lutte depuis longtemps contre les publicités frauduleuses, notamment par la voie juridique. En juin, l’entreprise a déposé une plainte pénale. La procédure est en cours. Les annonces suspectes diffusées par Google sont par ailleurs immédiatement signalées.
Mais quelle est la responsabilité des géants de la tech? Interrogé par Blick, Google affirme prendre des mesures lorsque ses règles ne sont pas respectées. «Lorsqu’il est établi qu’un annonceur enfreint les règles de Google Ads relatives aux déclarations trompeuses, son compte est généralement suspendu immédiatement», répond l’entreprise.
Google affirme également avoir bloqué ou supprimé plus de 8,3 milliards d’annonces et suspendu 24,9 millions de comptes en 2025. Malgré les signalements, des publicités pour ce climatiseur sont pourtant toujours visibles. Une situation qui exaspère Thomas. «Il est inacceptable de gagner des milliards sans agir et de laisser les gens se jeter dans la gueule du loup.»
* Nom connu de la rédaction