Qu’ils soient dyslexiques, allophones, avec un trouble du spectre de l’autisme, un déficit de l’attention ou un comportement violent: l’école vaudoise d’aujourd’hui est inclusive, au sens où elle accueille des élèves aux profils très variés. Mais selon le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF), les profs font face à de trop nombreux comportements problématiques d’élèves, qui perturbent l’enseignement.
Ce lundi 1er juin, la direction de l’enseignement obligatoire et le conseiller d’Etat Frédéric Borloz (PLR) ont présenté leur plan d’action pour lutter contre les débordements. «L’école inclusive laisse place à l’école d’aujourd’hui», a lancé le ministre à la presse, illustrant un changement de focus.
Principale mesure: la promesse que pour 2028, chaque établissement ait à disposition un «espace ressource» dans lesquel les élèves perturbateurs ou à besoins spécifiques puissent se rendre, sous la surveillance d’un professionnel spécialisé. Une formation continue à destination des enseignants est également prévue, pour leur permettre de répondre aux besoins des enfants.
Bien que l’ouverture au dialogue soit saluée, les mesures ne convainquent pas totalement le corps enseignant et ses syndicats. Selon la RTS, ils attendent «de voir quels seront les effets concrets de l’application des mesures et espèrent surtout qu’ils se déploient rapidement». Pour répondre à ces inquiétudes, le directeur général de l’enseignement obligatoire et de la pédagogie spécialisée (DGEO), Cédric Blanc, a répondu aux questions de Blick.
Cédric Blanc, pourquoi axer ce plan d’action sur le comportement des élèves perturbateurs? Avez-vous relevé une explosion des cas problématiques?
Un nombre assez important d’élèves ont de la peine à s’adapter aux règles de l’école. Comme l’a dit M. Borloz, l’école reste un rempart où il y a des codes à respecter pour le vivre-ensemble. Chacun fait ce qu’il veut dans sa famille, mais pas dans le cadre scolaire. Ce cadre est parfois difficile à respecter pour certains élèves. Le but, c’est de trouver des réponses pour donner du sens à leur scolarité et limiter l’impact de leur comportement sur l’enseignement et le climat de la classe. Les enseignantes et enseignants nous le disent: ils veulent donner cours mais ont trop de discipline à faire.
En somme, ce plan d’action est une manière de répondre aux violences verbales et physiques que subissent certains profs?
Effectivement, on initie un plan d’action qui a pour objectif de répondre aussi à ce besoin. Il s’agit de trouver des solutions au sein des établissements, en développant des espaces ressources pour accueillir ces enfants qui ont des difficultés de comportement, d’attitude ou d’adaptation aux règles de l’école. Nous devrons clarifier les protocoles et donner aux enseignants de véritables pistes d’action et des outils pour répondre à ces difficultés.
Ces «espaces ressources», pour lequels chaque école devra réserver un espace et prévoir une personne en charge, est-ce qu’ils vont coûter cher à mettre en place?
Environ deux tiers des établissements bénéficient déjà d’espaces ressources, qui permettent de soulager l’ambiance de classe sans perdre les élèves perturbateurs. Tout dépend du personnel et des infrastructures… et des besoins déclarés. Evidemment, c’est plus facile à mettre en place dans une école monosite que si elle est éparpillée en plusieurs bâtiments, dans différents villages. On veut rendre cette mesure flexible. Mais c’est sûr qu’on soutiendra les établissements pour mettre en place ces espaces.
Dans la situation budgétaire tendue actuelle, est-ce qu’il y a suffisamment de profs, de psychologues scolaires et de logopédistes pour mettre en place ces nouvelles mesures?
Il n’y a pas eu de coupe dans le budget de l’école. Encore moins lorsqu’il s’agit d’apporter du soutien aux élèves avec besoins particuliers. Au contraire, on a augmenté les ressources. Pour permettre aux élèves de progresser, l’idée est de chercher d’autres pistes de ressources en favorisant la collaboration entre les différents intervenants.
Très bien, mais que dites-vous aux enseignants et aux parents qui déplorent les temps d’attente pour prendre rendez-vous chez un logopédiste?
Pour ce qui est de la logopédie scolaire, c’est un phénomène mondial. La pénurie de logopédistes formés touche aussi la Suisse et le canton de Vaud. C’est ce qui fait que les listes d’attente peuvent atteindre plusieurs mois. Pour faire progresser ce dispositif, on travaille avec les milieux de la formation pour qu’on ait plus de professionnels sur le marché. Qu’ils soient internes à l’Etat de Vaud ou indépendants, on a un nombre impressionnant de logopédistes dans le canton. Mais cela ne suffit pas, on en a conscience.
Frédéric Borloz assure que l’objectif n’est pas d’augmenter la charge administrative des enseignants. Comment imaginer que ce plan d’action ne va pas aller dans le sens inverse?
Je pense que les choses peuvent se passer plus simplement. Le troisième axe de notre plan d’action, c’est la clarification des protocoles. Nous voulons faire en sorte que les établissements soient armés pour gérer ces situations et que les enseignants identifient bien les solutions à leur disposition.
Comment?
Aujourd’hui, ce qui induit une charge administrative pour les enseignants, c’est le fait qu’ils ne savent pas comment s’y prendre ou ne savent plus à qui se référer en cas de problème. Dans un établissement, plusieurs professionnels peuvent s’emparer d’une situation. Il faut leur fournir les informations les plus complètes possibles, afin qu’ils puissent identifier leurs ressources et les démarches à entreprendre. Tout ceci pour soutenir au mieux les élèves en difficulté et la classe dans son ensemble.
Pour Frédéric Borloz, «l’école inclusive laisse place à l’école d’aujourd’hui». Est-ce que cela signifie que l’Etat de Vaud n’oriente plus sa politique scolaire sur l’inclusion de tous au sein des mêmes classes?
Non, surtout pas. La visée inclusive doit être pensée à l’échelle de la société. Et l’école a son rôle à jouer aussi dans ce mouvement-là. Mais elle doit être pensée comme un système. Ecole, classes régionales de pédagogie spécialisée (CRPS) ou établissements spécialisés: tous ces environnements d’apprentissage sont complémentaires. Ils permettent de répondre aux besoins de l’ensemble des élèves vaudois. Notre objectif, c’est de ne laisser personne au bord de la route. C’est cela, être inclusif…
Il y a un «mais»…
Mais cela ne veut pas dire que tous les enfants doivent aller dans l’école de leur village ou leur quartier. Parfois, ce n’est pas l’environnement propice pour leur permettre de progresser. Donc on a toujours cette visée inclusive à l’échelle du système. Quand M. Borloz parle de l’école d’aujourd’hui, c’est l’école plurielle qui peut se décliner en fonction de ses différents environnements d’apprentissage. Elle doit permettre à tous les élèves de s’épanouir.