«Sparadrap sur une hémorragie»
Au Grand Conseil vaudois, un 1er «oui» pour la «Zone d'attente carcérale» à Orbe

Malgré des critiques sur son coût et sa légalité, le projet de «Zone d’attente carcérale» vaudoise avance. Le Grand Conseil de Vaud a voté un crédit de 39,9 millions de francs pour 60 places dès 2028.
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Vassilis Venizelos a défendu le projet de Zone d'attente carcérale à Orbe (VD) devant le Grand Conseil.
Photo: keystone-sda.ch
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Léo MichoudJournaliste Blick

La surpopulation carcérale vaudoise s’éternise et les «détentions illicites» sont une réalité dans le canton. Si bien que ce mardi 5 mai, le Grand Conseil a donné un premier feu vert à un crédit de presque 40 millions pour une «Zone d’attente carcérale» (ZAC) à Orbe (VD). L'entrée en matière sur l'objet a récolté 123 «oui» et 9 abstentions.

La construction de ce bâtiment pérenne, espéré pour 2028 près des établissements pénitentiaires existants, promet 60 places supplémentaires de détention. Le Conseil d’Etat et son ministre Vassilis Venizelos (Les Vert-e-s), à la tête du service pénitentiaire, comptent beaucoup sur ce projet.

Un mal nécessaire?

Ce premier débat a permis à bon nombre de députés de rappeler et de dénoncer les détentions «illicites» dépassant le seuil légal de 48h dans les zones carcérales de police. Le record récent? Un séjour de 62 jours dans une des cellules inadaptées de l’Hôtel de police de Lausanne, selon le rapport 2024-2025 de la commission des visiteurs du Grand Conseil.

A droite, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’améliorer aussi les conditions de travail des employés du service pénitentiaire, ou encore de lutter directement contre la criminalité. D’autres ont jugé le crédit «exorbitant», le ramenant au prix par cellule de 66’000 francs. Mais les critiques sont surtout venues de la gauche.

Rapporteuse de la minorité de la commission sur ce dossier, Mathilde Marendaz (Ensemble à Gauche) a dénoncé des conditions «illicites et proches de la torture». Plusieurs députés estiment que ce projet ne répond pas vraiment au problème de surpopulation carcérale, au sens où il ne ferait qu’augmenter les places sans s’attaquer aux causes.

Un «sparadrap» sur une hémorragie

Pour la socialiste Thanh-My Tran-Nhu, avocate de profession, le projet proposé ajoute du «flou juridique» sans «corriger l’illégalité» actuelle. Pour elle, l’ouverture de cette ZAC est comme un «sparadrap pour arrêter une hémorragie»: une «solution de fortune» qui ne garantirait pas «la sécurité juridique, le respect des droits fondamentaux et une vision à long terme de l’action publique».

La députée PS s’inquiète d’être «en train de créer un objet hybride, une sorte de zone grise entre deux régimes juridiques clairement établis». Face aux critiques sur l’appellation de «zone d’attente», Vassilis Venizelos a précisé qu’il s’agissait bien d’une mesure de «détention avant jugement». L’acceptation définitive de ce crédit de presque 40 millions, et donc de ce projet de ZAC devra passer par un second débat.

Comme il l’expliquait à Blick en février, le Conseiller d'Etat entend déployer d’autres mesures pour lutter contre la surpopulation carcérale. Des assises de la chaîne pénale, prévues «d’ici à la fin de l’année». «On ne pourra pas construire des prisons à l’infini, avait déclaré l'écologiste. A un moment ou à un autre, il faudra qu’on ait un vrai débat de société au niveau national sur notre politique pénale.»

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