La surpopulation carcérale et la situation des détenus se retrouve au coeur de l'actualité vaudoise depuis ce jeudi 5 février, et avec elle le Conseiller d'Etat Vassilis Venizelos (Les Vert-e-s). D'un côté, le Conseil d'Etat a bon espoir de valider un crédit de presque 40 millions pour construire d'ici à 2028 une Zone d'attente carcérale (ZAC) de 60 places. Objectif: désengorger les zones carcérales en situation illicites.
De l'autre, le rapport 2024-2025 de la commission des visiteurs du Grand Conseil dénonce une situation toujours «très préoccupante», notamment dans l'accès aux soins psychiatrique et à des conditions décentes pour les détenus. Un rapport accompagné d'un record observé: une personne a passé 62 jours en détention provisoire dans la critiquée aile carcérale de l'Hôtel de police de Lausanne. Soit 60 jours de plus que la limite légale de 48 heures.
Une situation inacceptable et la nécessité de mesures urgentes dont sont conscients Vassilis Venizelos et son Département de la jeunesse, de l'environnement et de la sécurité (DJES), responsables du Service pénitentiaire (SPEN). Interview du ministre écologiste, responsable de ce qui se passe derrière et devant les barreaux.
Le même jour, le Canton publie sa demande d’octroi de 39,9 millions de francs pour la Zone d’attente carcérale d’Orbe et sa réponse aux critiques émises dans le rapport de la Commission des visiteurs. C’est enfin une bonne journée pour la problématique des prisons vaudoises?
Oui, c’est une bonne journée pour la lutte contre la surpopulation carcérale, une des priorités du Conseil d’État. Même si beaucoup d’améliorations restent à faire pour garantir des conditions de détention dignes. Sans oublier des conditions de travail à la hauteur des enjeux pour les agents de détention. Avec ce crédit de 40 millions, nous franchissons une étape très importante. Mais nous devons évidemment redoubler d’efforts pour déployer d’autres mesures, en coordination avec la chaîne pénale. Car le service pénitentiaire est en bout de chaîne.
Vous parlez d’interroger le fonctionnement de la justice sur le plan carcéral?
On ne pourra pas construire des prisons à l'infini. A un moment ou à un autre, il faudra qu’on ait un vrai débat de société au niveau national sur notre politique pénale. Aujourd’hui, tous les cantons sont confrontés à une surpopulation carcérale. On doit débattre de qui on enferme, pour quel type d’infraction et sur quelle durée. Ce débat anime régulièrement les chambres fédérales, qui ont tendance à durcir les peines. Finalement, la politique pénitentiaire ne fait qu’hériter de décisions de justice, prises à l’aune du Code pénal.
Un détenu a passé 62 jours en détention provisoire dans les cellules vétustes de l’Hôtel de police de Lausanne, au lieu des 48 heures légales. Est-ce que c’est acceptable?
Non, ce n’est évidemment pas acceptable et nous travaillons à améliorer tout ce qui peut l’être dans l’attente des 60 places supplémentaires. Mais ce n’est pas le service pénitentiaire qui décide de qui on met en prison.
Si ce n’est pas acceptable, comment expliquer que ce soit quand même arrivé en 2024, à l’Hôtel de police de Lausanne?
Cette zone carcérale est gérée par la Ville de Lausanne. C’est important de le rappeler. Le cas que vous citez était vraiment exceptionnel et extrême. Je comprends qu’il puisse choquer. Mais encore une fois, nous avons pris différentes mesures, notamment avec la Ville de Lausanne, pour faire en sorte que les conditions de détention dans ces zones de police et ces zones carcérales soient améliorées. Nous faisons aussi en sorte que les personnes très vulnérables soient transférées en priorité dans un établissement pénitentiaire avec des conditions de détention plus adaptées.
Justement, est-ce qu’on ne devient pas vulnérable en passant plus de 48 heures dans une cellule inadaptée?
Encore une fois, tout est mis en œuvre pour que le maintien des détenus dans cette zone carcérale soit réduit au strict minimum, malgré la surpopulation généralisée. Nous avons renforcé aussi la présence de personnel médical, pour s’assurer de la santé physique et psychique des personnes détenues. Il y a parfois des situations extrêmes. 62 jours, c’est beaucoup trop, je le reconnais.
Lors d’une première version présentée à l’été dernier, le coût total de la ZAC était estimé à 28,5 millions de francs. Aujourd’hui, vous demandez un crédit d’octroi de 39,9 millions. D’où vient cette augmentation d’une dizaine de millions?
Dans ce genre d’estimations, il y a toujours une marge d’erreur affichée dans le crédit d’étude. Une fois que nous avons affiné le projet, en étudiant les propositions du marché, nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait exploiter cette marge d’erreur. Nous devons nous assurer que ces 60 places nous permettent d’accueillir des détenus dans des conditions dignes. Mais il s'agit aussi d'assurer aux agents de détention des conditions de travail plus confortables et adaptées à leurs missions, dont le déploiement de la stratégie de réinsertion notamment.
La ZAC est prévue pour 2028, mais la commission des visiteurs demande des mesures «de toute urgence» pour la détention dans les zones carcérales. Comment faire dans l’intervalle?
Nous ne restons pas, les bras croisés, à attendre la mise à disposition de ces 60 places à l’horizon 2028 et des 410 places aux Grands Marais pour 2032. Pour nous donner un peu d’air, nous avons déjà obtenu 40 places supplémentaires dans le canton de Fribourg. Nous sommes en discussion aussi avec d’autres cantons qui font partie du concordat latin. En parallèle, nous analysons la possibilité d’utiliser certains bâtiments existants, appartenant à l’Etat et inoccupés, pour les transformer en places de détention. Bref, toutes les pistes sont explorées au quotidien. Nous sommes aussi dépendants des différents investissements décidés au niveau politique.
Politiquement, est-ce que vous êtes confiant sur l’octroi de ces 39,9 millions de francs par le Grand Conseil?
Je suis intimement convaincu que le constat de la problématique carcérale est partagé par tous les groupes politiques. Avec ce crédit d’investissement, nous répondons aussi à des demandes répétées du Grand conseil, dont deux interventions parlementaires plébiscitées. L’une déposée par un député PLR, l’autre par un député Vert. Donc oui, je suis extrêmement confiant. C’est une solution très concrète qui nous permettra très rapidement de disposer de plus de places.