Les raisons du «non» à Genève
Nathalie Fontanet s'explique sur le rejet de l'initiative «Sauvegarder la neutralité suisse»

La Suisse peut-elle être crédible dans le domaine des bons offices tout en reprenant des sanctions européennes contre un pays en conflit? Le Conseil d'Etat, par la voix de Nathalie Fontanet, assure que oui et explique pourquoi il rejette l'initiative du 27 septembre.
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Myret ZakiJournaliste Blick

Genève doit défendre une «neutralité forte mais pragmatique», a estimé le Conseil d'Etat lors de son point de presse du 19 août, appelant à rejeter l'initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse», qui sera votée le 27 septembre. Nathalie Fontanet, la conseillère d'Etat PLR référente sur cet objet de vote, a invoqué les intérêts de la Genève internationale en appui de ses arguments. Or les initiants prônent justement une neutralité plus stricte pour sauver la Genève internationale, menacée par les prises de position de la Suisse, jugées trop alignées sur l'UE. Comment Nathalie Fontanet explique-t-elle que la Suisse puisse continuer à reprendre des sanctions européennes contre des pays tiers, tout en offrant des services de bons offices à toutes les parties? Nous avons sollicité des précisions de la part de la conseillère d'Etat. 

Nathalie Fontanet, vous déclarez que la neutralité a permis à Genève de devenir «un centre majeur du dialogue international». Mais le fait d'avoir repris dès 2023 des sanctions de l'UE n'a-t-il pas été un obstacle évident à ce rôle, obstacle que veut éviter l'initiative sur la neutralité?
Non, selon moi l'initiative n’a pas raison, car éviter la reprise des sanctions pourrait permettre à un Etat de les contourner grâce à la Suisse.

Défendre «une neutralité forte mais pragmatique», est-ce crédible auprès des autres pays, alors que la Suisse est déjà perçue comme alignée sur l'Otan?
Oui, c’est crédible. La Suisse est respectée par les autres pays. La preuve, de nombreuses rencontres ont lieu dans notre pays et dans notre canton.

Vous estimez que cette neutralité serait un atout pour la Genève internationale, alors que pour les initiants, une neutralité stricte serait le véritable atout. Que répondez-vous à l'idée qu'on ne peut pas être neutre à moitié ou aux trois quarts, et vouloir être un centre de dialogue?
Je ne partage pas cette analyse. Considérer qu’une neutralité plus stricte renforcerait à elle seule la Genève internationale me paraît réducteur. Sa force réside précisément dans sa capacité à conjuguer neutralité, respect du droit international, dialogue et coopération multilatérale.

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Lorsque la Suisse prend des sanctions contre un pays, cela ne signifie pas qu’elle ne veut ou ne peut plus dialoguer avec lui
Nathalie Fontanet, conseillère d'Etat
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Vous affirmez que la Suisse «doit pouvoir dialoguer avec des États opposés»: mais si elle reprend des sanctions européennes contre un pays, comment pensez-vous qu'elle puisse dans le même temps dialoguer avec ce pays et offrir ses bons offices?
Lorsque la Suisse prend des sanctions contre un pays, cela ne signifie pas qu’elle ne veut ou ne peut plus dialoguer avec lui. Elle s’assure du respect du droit international.

En quoi exactement la neutralité définie par l'initiative serait trop «rigide», selon le Conseil d'Etat?
Elle ne permettait pas à la Suisse de défendre ses intérêts et notamment de se protéger en matière de sécurité sauf en cas d’attaque. Ce sera trop tard!

Les intérêts de la Suisse ne sont-ils pas de rester l'interlocuteur de tous, sans s'aligner sur des sanctions d'un bloc ou d'un autre?
Les intérêts de la Suisse sont de conserver la neutralité qu’elle applique avec succès depuis 1848.

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