Naïka répond à nos questions avant son concert au Jazz
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Rencontre exclusive à Montreux:Naïka répond à nos questions avant son concert au Jazz

Le phénomène Naïka se confie
«Je n’ai besoin de la permission de personne pour être qui je suis»

De bars presque vides aux scènes à guichets fermés, Naïka raconte l’ascension qui l’a menée jusqu’au Montreux Jazz Festival. L’artiste franco-haïtienne se confie aussi sur son identité plurielle, ses influences et le rôle des réseaux sociaux dans sa carrière.
Naïka a illuminé la scène du Montreux Jazz Festival le 7 juillet. Interview.
Photo: keystone-sda.ch
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Solène MonneyJournaliste Blick

Au Montreux Jazz Festival, Naïka n’a pas seulement chanté: elle a captivé une salle comble par son aura. Mardi 7 juillet, l’artiste franco-haïtienne a fait résonner les titres de son premier album, Eclesia, mêlant français, anglais et créole haïtien devant un public conquis.

Avec près de 3 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, la chanteuse s’impose comme l’une des nouvelles voix de la pop internationale. Sa musique croise pop, R&B et influences afro-caribéennes, à l’image de son parcours entre les Caraïbes, le Pacifique Sud, l’Afrique, la France et les Etats-Unis.

Blick a rencontré ce phénomène à l’ascension fulgurante quelques heures avant son concert. Interview.

Naïka, vous jouez aujourd'hui à guichets fermés, mais avez-vous déjà connu un vrai moment de solitude sur scène?
Beaucoup, bien sûr! Le premier qui me vient en tête s’est déroulé à Los Angeles, où j’ai vécu pendant cinq ans. Un jour, j’ai donné un concert dans un bar très grunge, qui sentait la bière et ressemblait un peu à un donjon. Il n’y avait que deux personnes dans le public: mes deux colocataires, venues me soutenir. Nous étions donc plus nombreux sur scène que dans la salle.

Mais j’ai quand même tout donné, comme si je jouais devant des inconnus. A la fin du concert, j’étais encore sur scène et je leur ai simplement dit: «Bon les filles, je vais chercher mes affaires et on se retrouve derrière pour rentrer à la maison.» Il faut passer par là. Aujourd’hui, j’en suis reconnaissante, parce que ces expériences m’ont permis de m’endurcir.

Vous venez de sortir votre premier album. Y a-t-il une chanson qui vous ressemble davantage que les autres?
Je suis un grand mélange de beaucoup de choses et je voulais que l’album reflète justement mes différents aspects. Chaque chanson représente une petite partie différente de moi. On retrouve par exemple le Kompa haïtien dans «One Track Mind». Il y a aussi une chanson comme «Soleil», qui se rapproche de la variété française et représente mon côté français. L’ensemble de l’album est un mélange d’island, pop, et de sonorités jazzy.

Vous avez vécu dans plusieurs pays et chantez en français, anglais et créole haïtien. Cette richesse culturelle vous donne-t-elle parfois le sentiment de n'appartenir pleinement à aucun endroit?
Oui, absolument. C’est un combat intérieur auquel je suis souvent confrontée: ce sentiment d’appartenir à beaucoup d’endroits, mais à aucun en même temps. Ce qui m’a donné énormément de force et de repères, c’est de constater combien de personnes ressentent également cette ambiguïté identitaire. J’ai trouvé une forme de paix intérieure en acceptant simplement que je suis comme je suis. Je n’ai besoin de la permission de personne pour être qui je suis.

Vous avez grandi avec de nombreuses influences musicales. Quelle place le kompa occupe-t-il dans votre identité musicale?
Le kompa, c’est mon enfance. Il m’a élevée et a bercé toute ma vie. Il représente donc une très grande partie de qui je suis. Mais j’ai aussi été beaucoup influencée par la pop, le R&B, la morna capverdienne, la salsa et le merengue. J’ai vraiment une culture musicale très variée.

Certaines personnes vous ont découverte grâce aux réseaux sociaux. Comment les percevez-vous aujourd’hui? Sont-ils un outil de liberté ou plutôt une source de pression permanente?
Un peu des deux, pour être complètement honnête. Je suis quelqu’un d’assez privé. J’aime partager ma vie avec les personnes qui m’écoutent et créer une connexion avec mon public. Mais j’essaie encore de trouver le bon équilibre. En tant qu’artiste indépendante, les réseaux sociaux m’ont toutefois permis de faire ce que je fais aujourd’hui sans être soutenue par une grande maison de disques.

C'est la troisième fois que vous venez en Suisse. Quel rapport entretenez-vous avec le public romand?
C’est un public que je découvre encore. C’est assez fou pour moi de pouvoir venir ici et de constater que des gens connaissent ma musique, l’écoutent et viennent me soutenir pendant les concerts. J’ai encore du mal à pleinement réaliser tout cela, mais j’en suis extrêmement reconnaissante. C’est incroyable. Merci à mon public suisse!

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