En bref
- Le Montreux Jazz Festival a ouvert sa 60e édition le 3 juillet sur les quais du Léman, offrant une ambiance haut de gamme avec des stands de restauration variés mais coûteux, où un hot-dog peut coûter 14 francs.
- Certaines options abordables existent, mais il faut chercher et souvent s'éloigner des stands principaux pour trouver les meilleures offres.
- Les restaurateurs paient des redevances allant jusqu'à 30% de leur chiffre d'affaires à l'organisation, un coût comparable à d'autres festivals comme Paléo, où les prélèvements peuvent atteindre 45%.
Dans ce festival, exit les champs remplis de copeaux et les bottes couvertes de boue. Ici, place aux quais du Léman, à des salles de spectacle dans un écrin flambant neuf et aux baskets On immaculées. Vous l’aurez compris: bienvenue au Montreux Jazz Festival, événement premium par excellence qui a ouvert les portes de sa 60e édition vendredi 3 juillet.
Après Festi’neuch, Blick s’est lancé un nouveau défi audacieux: manger – plat et dessert compris – pour la modique somme de… 10 francs. «Faut peut-être pas venir au Jazz pour ça», nous lance une restauratrice amusée, habituée de l’événement.
Il faut dire que les stands à la bonne franquette, ceux que l’on croise dans bon nombre de festivals, se font plutôt rares ici. Au Montreux Jazz Festival, les restos ressemblent davantage à ceux que l’on retrouve dans les grandes villes de Suisse romande. Pas de grande surprise gustative, mais une cohérence assumée: écriteaux du nom des restaurants et tentes uniformisés ainsi qu'une présentation soignée. Pas un cheveu ne dépasse.
Autant être transparents: ce défi n’avait rien d’une promenade de santé. Notre parcours a été semé d’embûches, de prix trop élevés et, surtout, d’un ventre qui criait famine. Mais impossible n’est pas Blick.
Des prix élevés
Un peu plus d’une vingtaine de stands de nourriture ont pris place sur les quais de Montreux. Ils sont accessibles gratuitement au public, contrairement à de nombreux festivals où il faut obligatoirement acheter un billet pour profiter de l’offre de restauration. Les thématiques sont variées: Argentine, Japon, Inde, Italie… Sur le papier, il y en a pour tous les goûts. Dans les faits, un bon nombre des restaurants présents sont des noms déjà bien connus en Suisse romande.
Une chose est sûre: les festivaliers ne viennent pas au Jazz pour les prix bon marché. Comptez 18 francs pour une focaccia, la même somme pour un petit curry rouge, 21 francs pour des sandwiches deluxe ou encore 14 francs pour un hot-dog garni. Par rapport à notre reportage à Festi’neuch, le ressenti est clair: à Montreux, les prix grimpent. Mais si on ouvre bien les yeux, il est encore possible de dénicher quelques pépites pas trop chères.
Quelques pépites
On trouve par exemple de quoi se sustenter pour 10 francs ou moins: des gyozas à 9 francs, des nuggets à 8 francs, deux quesadillas basiques à 9 francs ou encore une saucisse grillée à 10 francs. En revanche, si vous voulez terminer sur une note sucrée, le budget risque vite d’exploser.
Blick a finalement trouvé ce qui se rapproche le plus d’un plat: une empanada. Bonne nouvelle, par rapport au stand de Festi’neuch, Empanadas Andersen la vend un franc de moins, soit 6 francs. Mauvaise nouvelle: au Jazz, pour ce prix-là, elle est aussi plus petite, moins garnie et, côté saveur, on repassera. Pour les gros appétits, elle fera donc davantage office d’entrée que de vrai plat.
Pour compléter le combo, on vous propose… une boule de glace. Devant le stand de souvenirs, côté casino, elle coûte 4 francs. Il y a d’ailleurs de fortes chances que ce stand ne fasse pas officiellement partie du Jazz: contrairement aux autres restos, il ne reprend pas les codes très léchés des tentes uniformisées du festival.
Pour les gourmands
Pour les grandes faims et les petits budgets, il faudra marcher un peu et s’armer de patience dans cette foule qui avance au rythme tranquille du Jazz. Direction le restaurant Métropole. A côté du bar à l’emporter, un kebab fait figure de petit miracle: six falafels pour 6 francs, six nuggets pour 7 francs. Mais là encore, pour accéder à ces tarifs, il faut sortir des sentiers battus et quitter le coin des tentes homogènes.
Et pour remplir l’estomac autant que le cœur, rien de mieux que les fameuses frites, qui règnent en maîtresses sur ce festival. Il est même possible d’en trouver pour 5 francs. Le record à 6 francs de Festi’neuch est donc battu. Dans les deux festivals, cela dit, une portion de frites tourne plutôt autour de 7 francs.
Une taxe Montreux?
Reste alors une question qui nous brûle les lèvres: les restaurateurs profitent-ils du festival pour gonfler leurs prix? Réponse nuancée. Certains les augmentent, comme ce stand genevois de smash burgers Pretty Patty. A Montreux, ses petits burgers prennent 3 francs de plus par rapport aux tarifs annoncés sur l'application Uber Eats. Les menus, eux, grimpent d’environ 2 francs.
D’autres, au contraire, baissent leurs prix. Au stand Tibet Café, certains plats sont jusqu’à 4 fr. 50 moins chers. Il faut dire aussi que si le cadre du festival est magnifique, le confort à table reste rudimentaire. Au mieux, vous pourrez vous poser vers la place centrale. Au pire, sur un rebord du lac, l’assiette en carton sur les genoux.
D’autres encore gardent les mêmes prix, peu importe l’endroit où ils posent leurs bagages. C’est le cas du fameux Manneke Kris, qui propose toujours sa gaufre nature à 7 francs. Petit plus à Montreux: quelques saveurs supplémentaires par rapport à d’autres événements.
Les restaurateurs passent aussi à la caisse
Mais alors, pour les restaurateurs, est-ce que s’installer pendant deux semaines au Jazz coûte vraiment cher? La réponse est oui. Selon les conditions générales 2026 du Montreux Jazz Festival, chaque stand doit reverser entre 25% et 30% de son chiffre d’affaires TTC à la fondation, selon sa taille et le type de nourriture proposé. Et ce n’est pas tout: location de la tente, décoration extérieure, forfait eau et électricité, contrôle d’hygiène, taxes communales, frais de caisse et de terminal… la note s’allonge vite.
Ce niveau de redevance n’est pas complètement hors norme dans les grands festivals romands. A Paléo, le festival assurait en 2024 prélever une redevance obligatoire de 25%, selon la RTS. Mais certains restaurateurs dénonçaient alors des prélèvements pouvant grimper jusqu’à 45% de leur chiffre d’affaires. Autrement dit, si les prix donnent parfois le vertige côté festivalier, la douloureuse existe aussi côté restaurateur. De quoi nuancer l’idée selon laquelle les stands profiteraient simplement de l’événement pour saler l’addition.
Le vrai luxe, c’est le décor
Au fond, ceux qui viennent manger au Montreux Jazz ne viennent sans doute pas pour faire des économies. Ils viennent pour picorer dans une offre concentrée, profiter d’un décor presque les pieds dans l’eau, se laisser porter par l’ambiance et, au passage, écouter des concerts gratuits dans l’un des plus beaux cadres de Suisse romande.
Pour les petits budgets, le Jazz n’est donc peut-être pas le terrain de jeu le plus évident. Mais notre défi le prouve: manger pour 10 francs à Montreux, plat et dessert compris, reste possible. A condition d’avoir l’œil, de bonnes jambes et un estomac prêt à négocier.