«On avait failli avoir Rosalía!»
Le Montreux Jazz Festival nous révèle tous les secrets de sa programmation

Blick poursuit sa série sur la programmation des festivals romands. Alors que la 60e édition du MJF ouvre ses portes le vendredi 3 juillet, son co-programmateur nous livre les plus grandes déceptions et victoires qui se cachent dans le lineup de cette année.
Mathieu Jaton, directeur du Montreux Jazz Festival, a présenté la programmation et l'affiche de la 60e édition, à la fin du mois de mars.
Photo: Keystone

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Le Montreux Jazz Festival, dont la 60e édition débute le 3 juillet 2026, met en lumière les coulisses de sa programmation, réalisée par une équipe de 6 à 8 personnes. Cette équipe détecte les talents émergents et travaille déjà sur l'édition 2027, jonglant entre la gestion de la programmation actuelle et la planification future
  • Malgré des succès comme l'ouverture sold out par Raye, les programmateurs ont connu des déceptions, notamment le refus du groupe The xx pour 2026. Ils ont également manqué de justesse plusieurs opportunités passées avec des artistes aujourd’hui mondialement célèbres, comme Billie Eilish et Rosalía
  • Le festival doit remplir des salles pouvant accueillir jusqu’à 4'000 personnes sur 16 soirées consécutives. En 2026, des artistes comme PinkPantheress, Zara Larsson et Sting sont au programme.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Comme nous l'observions déjà à l'ouverture de Festi'Neuch, les programmations des festivals romands éclosent soudainement, à l'aube du printemps, telles d'ingénues tulipes apparues comme par magie. Sauf que, derrière ces affiches colorées et flamboyantes, se trouvent des mois, voire des années de travail acharné, dont les festivaliers ne peuvent admirer que le résultat final. 

Cet été, Blick s'est donné pour mission d'éclairer ce coin méconnu des coulisses: le bureau des programmateurs! Après Festi'neuch et Bellarena (FR), l'heure est venue de découvrir les secrets du lineup du Montreux Jazz Festival, dont la 60e édition ouvre ses portes le 3 juillet. Comment l'événement vaudois a-t-il réussi à convaincre Raye, Pinkpantheress, Sienna Spiro, Zara Larsson, Naïka, Sting, John Legend ou encore Deep Purple de rejoindre les rives du lac Léman? 

«La programmation est assurée par une équipe de six à huit personnes, note un porte-parole du festival. Chacun a ses propres responsabilités, mais le travail se fait de manière très collective: ils écoutent ensemble, échangent constamment et discutent de chaque programmation. Certains prennent le lead sur des salles ou des esthétiques musicales spécifiques.» A noter que les scènes gratuites disposent, elles aussi, de leurs programmateurs attitrés. 

L'édition 2027 est déjà en cours de création

La mission primordiale de l'équipe consiste donc à garder les yeux rivés sur les réseaux sociaux, les autres événements musicaux, les forums spécialisés et les salles de concerts, afin de remarquer les succès naissants ou perles rares, en Europe et ailleurs. «Toutes ces informations leur permettent, à terme, de construire la programmation, poursuit le porte-parole. A cette période de l'année, l'équipe travaille déjà sur l'édition suivante, en fonction des tournées qui se préparent et des artistes qui seront disponibles. Les échanges avec les agents doivent être permanents: on parle des nouveaux albums, des tournées à venir, on met certains projets en attente, on en évoque d'autres, tout en continuant d'écouter et de découvrir de nouveaux artistes.»

Pour les programmateurs, cette temporalité s'apparente à une sorte d'étrange décalage horaire festivalesque, ainsi qu'en témoigne Rémi Bruggmann, co-responsable de programmation du MJF: «Le timing est très particulier car, à quelques jours seulement de l'ouverture du festival, nous sommes déjà plongés dans la programmation de 2027, note-t-il. Cela fait même deux ou trois mois que nous avons commencé à la préparer! C'est un travail constamment en décalage, car nous devons gérer la production et les imprévus de l'édition en cours tout en réfléchissant déjà à celle d'après.» 

L'une des grandes déceptions? Le refus du groupe The xx

Lorsqu'on passe des mois à négocier avec des agents, courtiser des artistes et espérer un «oui» de toutes ses forces, comment vit-on les inévitables refus, obstacles financiers ou annulations in extremis? «Les frustrations font partie du métier, admet Rémi Bruggmann. La programmation ressemble à un immense jeu de Tetris en constant mouvement: les artistes peuvent annuler, changer d'avis, devenir trop chers ou, au contraire, accepter une proposition de manière inespérée. La grille de travail et celle que nous proposerons au final sont souvent complètement différentes.»

Pour l'édition 2026, notre interlocuteur évoque notamment le refus inattendu qu'il a essuyé avec le groupe de rock britannique The xx: «Leur agent nous avait assuré que c'était fait à 99%, déplore-t-il. Après beaucoup d'attente et de nombreux échanges, tous les signaux étaient au vert. La déception a donc été importante.» 

Contenu tiers
Souhaitez-vous voir ces contributions externes (par exemple Instagram, X et d'autres plateformes) ? Si vous acceptez, des cookies peuvent être installés et des données peuvent être transmises à des fournisseurs externes. Cela permet l'affichage de contenus externes et de publicités personnalisées. Votre décision s'applique à l'ensemble de l'application et peut être révoquée à tout moment dans les paramètres.

Billie Eilish, Bad Bunny, Rosalía... presque dans la poche!

Et c'est la même chose chaque année: tous les lineups arrivent secrètement avec leur lot de frustration ou de «oui» dérobés à la dernière seconde: «En 2019, Rosalía souhaitait précisément une date que nous avions déjà attribuée à un autre artiste, raconte Rémi Bruggmann. Si nous avions pu la libérer, elle serait venue.» 

Car il s'avère que, dans l'univers de la musique, la magie réside dans le timing: «Il arrive souvent que nous découvrions des artistes dont la carrière est sur le point d'exploser, raconte le programmateur. Le timing est absolument crucial, de ce côté-là, car l'évolution d'une carrière peut être très rapide et soudaine. Par exemple, nous avons eu des discussions avec Bad Bunny, Billie Eilish ou encore Rosalía, avant que ces artistes ne décollent. Certaines négociations sont même allées assez loin, mais cela ne s'est finalement pas concrétisé. Et maintenant qu'ils remplissent des stades, ça va être beaucoup plus difficile de les avoir dans le futur.» 

Malgré tout, après 9 ans d'expérience auprès du MJF, notre intervenant affirme que «les victoires sont plus nombreuses que de déceptions.»

Trouver les artistes avant que leur carrière n'explose

Et elles sont très nombreuses, les victoires, cette année! La soirée d'ouverture de le 60e édition sera notamment portée par l'artiste Raye, accompagnée de ses «special guests», concert rapidement «sold out» après la diffusion du programme. 

«C'est la troisième année que Raye vient à Montreux, rappelle Rémi Bruggmann. Et cette année, elle ouvre le festival, alors que ses concerts des deux éditions précédentes n'affichaient pas complet! Si nous n'avions pas réussi à construire une relation de confiance, elle ne serait sans doute pas revenue aujourd'hui, compte tenu du niveau qu'a atteint sa carrière.» 

Par ailleurs, l'équipe se dit fière de pouvoir proposer d'autres artistes en pleine ascension, dont Charlotte Cardin, ou encore Sienna Spiro, par exemple: «La première fois que nous l'avions programmée, c'était à Villars, devant environ 200 personnes, se souvient notre interlocuteur. Elle est également venue assurer la première partie de James Blake, mais peu de personnes s'en souviennent. Olivia Dean, elle aussi, était venue à une époque où elle était beaucoup moins connue. Tout l'enjeu consiste donc à trouver le 'sweet spot': un artiste déjà suffisamment connu, mais encore accessible. Il faut garder un œil permanent sur l'évolution de ces parcours.» 

Contenu tiers
Souhaitez-vous voir ces contributions externes (par exemple Instagram, X et d'autres plateformes) ? Si vous acceptez, des cookies peuvent être installés et des données peuvent être transmises à des fournisseurs externes. Cela permet l'affichage de contenus externes et de publicités personnalisées. Votre décision s'applique à l'ensemble de l'application et peut être révoquée à tout moment dans les paramètres.

«Chaque matin, je regarde la vente des billets»

Et comment se sent-on, en tant que programmateur, une fois le lineup révélé et les billets disponibles aux festivaliers? «Chaque matin, je regarde les ventes de billets, avoue Rémi Bruggmann. Nous ne sommes pas un festival open air qui vend 50'000 billets pour un accès à 20 ou 30 artistes par jour. Notre défi consiste à remplir des salles avec un ou deux artistes seulement, dans des capacités pouvant atteindre 4'000 personnes. Il n'existe pratiquement aucune autre salle de cette taille qui parvienne à remplir autant de public pendant seize soirées consécutives. C'est un véritable défi.» 

Et pour le relever, il convient de créer un bon équilibre, au niveau du choix des artistes comme sur le plan financier: «l faut donc trouver une combinaison d'artistes pertinente pour le public de la région, fixer un prix cohérent en fonction du cachet des artistes et des coûts de production, tout en veillant à l'équilibre global de la programmation, résume le porte-parole du festival. Certains concerts sont presque assurés d'être complets et permettent ainsi de compenser d'autres propositions plus risquées: c'est un véritable exercice d'équilibriste.» 

Lorsque le public ne se montre pas (encore!) réceptif à tel ou tel artiste, l'équipe chargée de programmation peut le vivre comme une véritable frustration: «PinkPantheress en est un bon exemple, note Rémi Bruggmann. Sa carrière explose, mais le public suisse est peut-être encore un peu timide. C'est une petite déception sur le plan commercial, même si, artistiquement, c’est important pour nous de programmer aujourd’hui ce type d’artiste.» 

Articles les plus lus