A peine décongelée, la nature venait tout juste d'exhiber ses cerisiers en fleurs, prélude spectaculaire du printemps. Les hardis bourgeons risquent toutefois de grelotter en accueillant la vague de froid que nous annonce MeteoNews, à partir de ce mercredi 25 mars. Au programme: précipitations importantes, rafales atteignant 100km/h en montagne, avec un retour inattendu du gel et de la neige dès 500 mètres d'altitude.
Or, ainsi que nous le rappelle Vincent Devantay, météorologue à MeteoNews, ce front froid est totalement normal à cette période: «C'était surtout la douceur de ces dernières semaines qui était inhabituelle, avec 4 degrés supérieurs à la norme et très peu de gel, même durant la nuit», soulignait-il, début mars. Le problème est que cette douceur record avait encouragé la nature à éclore plus rapidement, marquant le début du printemps naturel avec un brin d'avance.
La récolte d'abricotine n'est pas garantie chaque année
En d'autres termes, les arbres fruitiers en plein éveil risquent d'écoper d'une bourrasque glaciale, mettant potentiellement en péril la culture. L'abricot et la vigne, dont les jeunes pousses s'avèrent très sensibles, à la fin de l'hiver, sont donc à la merci des caprices météorologiques parfois incroyablement brusques de mars et avril.
«Cette période est toujours délicate et remplie de craintes pour nous, commente Fabrice Haenni, directeur de la Distillerie Morand. Les abricots Luizet, indispensables à la production d’abricotine AOP, proviennent des coteaux, difficiles à protéger du gel. Nous n’avons donc pas le moyen de garantir une récolte chaque année, ce qui peut engendrer des difficultés importantes.»
En effet, la mauvaise récolte de 2024 avait provoqué une rupture de stock d'abricotine entre les mois d'avril 2025 et janvier 2026: «Nous avions déjà affronté les mêmes difficultés quelques années auparavant, après une saison de gel catastrophique, déplore notre interlocuteur. Et sachant qu’une bouteille d’abricotine AOP requiert 8 kilos d’abricots Luizet, la production devient un véritable défi.»
Des risques encore limités pour la vigne
Du côté de la vigne, il est encore trop tôt pour paniquer ou s'adonner à des pronostics pessimistes: «A ce stade, les risques sont encore limités, observe Marc-André Devantéry, directeur du Domaine du Mont d'Or, à Sion (VS). On est tout au début de la croissance de la vigne et les températures annoncées ne sont pas trop basses. Même dans un domaine bien exposé comme celui-ci, où la végétation se développe rapidement, on ne perçoit pas de risques trop importants pour le moment.»
Cela pourrait toutefois changer, si le froid s'installe: «Peut-être que les gels plus conséquents qui surviennent parfois au mois d'avril, lorsque le développement de la végétation a beaucoup progressé, pourraient avoir des impacts plus sérieux, poursuit Marc-André Devantéry. Mais pour le moment, ça va.»
En effet, Vincent Devantay avait souligné le même risque: «Il n'est pas exclu que nous vivions un retour du froid avec, possiblement, des épisodes de neige en avril, comme c'était le cas l'année dernière», avait-il pointé, au début du mois.
«On n'est pas à l'abri d'une bonne récolte»
Fabrice Haenni reste toutefois optimiste, rappelant qu'on ne peut faire autrement que de subir les variations de la nature: «On essaie donc de se diversifier au niveau de notre portefeuille de produits, en mettant en avant nos sirops et autres boissons alcoolisées comme la liqueur de café ou de menthe verte. Par ailleurs, nous voulons croire à l’abricot du Valais qui est une part du patrimoine de ce Canton. L’année 2025 nous a permis de refaire un peu de stock. Souhaitons que le froid qui arrive epargne le Luizet en 2026!»