En bref
- Les habitants de l’immeuble Lac Harpe à Ouchy, Lausanne, s'opposent à une rénovation prévue pour début 2027, qui pourrait entraîner des hausses de loyers et des expulsions. Deux interpellations urgentes seront débattues ce mercredi 10 juin au Conseil communal pour questionner la Municipalité sur sa politique de logement.
- Le bâtiment, construit en 1907, appartient à la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne (CPCL). Les loyers y sont actuellement très bas, bien en dessous des prix du quartier.
- Un avis d’enquête publique, affiché du 9 juin au 9 juillet 2026, annonce une transformation complète, incluant des nouveaux appartements, des ascenseurs et un chauffage central. L’association Lac Harpe réclame une «rénovation douce» pour préserver les résidents actuels et éviter une hausse excessive des loyers.
Le sort des habitants de l’immeuble Lac Harpe inquiète des conseillers communaux de gauche. Deux interpellations urgentes seront traitées au Conseil communal de Lausanne ce mercredi 10 juin, lors de la séance du soir, pour interroger la Municipalité sur sa politique en matière de politique du logement, en particulier pour les plus précaires.
Les conseillers communaux Pierre Conscience (Ensemble à Gauche) et Mountazar Jaffar (PS) ont déposé chacun un texte qui mentionne cet immeuble. Située à l’intersection entre l’avenue Frédéric-César-de-la-Harpe et la petite rue du Lac, la bâtisse construite en 1907 est promise à une large rénovation pour début 2027, et la plupart des baux ont été résiliés ou sont en cours de résiliation.
Gentrification en cours
Mais un collectif d’habitants, dont certains habitent les lieux depuis des dizaines d’années, fait de la résistance. Car les loyers, dans ce vieil immeuble grisâtre et aux volets décrépits, sont restés largement plus bas que dans le reste du quartier – à peine 500 francs, parfois moins, pour un deux-pièces et demi une fois les charges prises en compte.
Le comité de l’association Lac Harpe et les élus y voient le dernier exemple de la «gentrification» qui touche notoirement le quartier d’Ouchy. Un départ forcé des revenus les plus précaires au profit des revenus plus élevés auquel participerait le propriétaire de la quarantaine de logements qui composent le bâtiment.
Il ne s’agit pas d’un privé, mais bien de la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne (CPCL). Cette entité de droit public est rattachée à la Ville et plusieurs municipaux sont membres de son comité, en tant que représentants des employeurs. Parmi eux, le syndic Grégoire Junod (PS) et ses deux collègues Pierre-Antoine Hildbrand (PLR) et Florence Germond (PS).
Les habitants mobilisés ont rencontré Grégoire Junod à ce sujet. Ils se sont aussi rendus à plusieurs reprises au Conseil communal pour tenter de trouver des soutiens politiques, notamment cette semaine.
Vers un rachat du bâtiment par la Ville?
Dans son interpellation, Pierre Conscience assure que «l’ampleur du projet dépasse très largement le nécessaire» et va dans le sens de l’association en dénonçant une démarche «antisociale». Il interroge la Municipalité de Lausanne sur sa volonté affichée de maintenir la mixité sociale dans ses quartiers.
Il interroge les municipaux sur leur positionnement lors des discussions internes à la CPCL et sur les démarches envisagées face à cette situation. «En particulier, La Ville est-elle prête à envisager un rachat du bâtiment, avec pour objectif d’y effectuer des rénovations mesurées et d’y délivrer des baux à loyers accessibles pour les résidents actuels?», questionne l’élu de gauche radicale.
Le 27 février 2024, le Conseil communal a demandé à la Municipalité de «garantir la poursuite d’une politique sociale du logement au sein de la CPCL». Pour Pierre Conscience, la rénovation engagée va à l’encontre de cet objectif.
Un nouveau cas de «rénoviction»?
De son côté, le socialiste Mountazar Jaffar élargit le cas Lac Harpe à d’autres situations de «rénoviction». La contraction de «rénovation» et «éviction», étudiée dans la recherche anglo-saxonne, est une thématique sur laquelle il travaille en tant que chercheur à l’Université de Lausanne. Il évoque des exemples similaires au chemin de Monribeau à Lausanne, au Boulevard Carl-Vogt à Genève et à la Maison Sugus à Zurich.
«Autant d’adresses qui évoquent des situations dramatiques, en Suisse, où des locataires – souvent de longue durée – voient leur bail résilié par leur gérance sous prétexte de travaux de rénovation», détaille l’interpellation. Le conseiller communal appelle la Municipalité à agir pour éviter ces résiliations qui prennent des allures systématiques.
Avis d’enquête tout juste publié
Un avis d’enquête publique a été affiché ces derniers jours sur l’immeuble, pour une durée d’un mois entre le 9 juin et le 9 juillet. On y apprend qu’une «transformation complète du bâtiment» est prévue, avec création de plusieurs appartements au rez-de-chaussée et dans les combles, ou encore de deux cages d’ascenseur, un assainissement énergétique ou la «réalisation d’un chauffage central», inexistant jusque-là.
Pour rappel, les habitants mobilisés ne nient pas la nécessité d’une rénovation de la bâtisse, construite à l’origine pour les ouvriers de la CGN. Mais l’association Lac Harpe souhaiterait un processus de «rénovation douce» qui n’implique pas le départ de la plupart des habitants en raison de l’augmentation drastique des loyers attendue. «En cas d’opposition collective, un représentant commun doit être désigné en indiquant son nom et son adresse», mentionne l’avis d’enquête publique en faisant référence à la Loi cantonale sur l’aménagement du territoire.