Ils interpellent Lausanne avant la rénovation
Des habitants d'un immeuble centenaire d'Ouchy mobilisés pour des mini-loyers

Une mobilisation s'organise à Ouchy, contre les rénovations «de luxe» prévues pour début 2027 dans un immeuble à bas loyers. Une association d'habitants appelle les autorités à lutter contre la gentrification du quartier.
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L'avenue de la Harpe 47 et la rue du Lac 2-10 forment un des rares immeubles d'Ouchy où les bas loyers sont encore la norme.
Photo: Léo Michoud / Blick

En bref

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  • Les habitants d'un immeuble à Ouchy, construit en 1907 et connu pour ses loyers bas et sa mixité sociale, s'opposent à une rénovation prévue début 2027 par la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne (CPCL)
  • La rénovation entraînera des hausses de loyers allant de 100 à 500%, selon l'association d'habitants «Lac Harpe»
  • Des locataires dénoncent une «transformation totale» inutile et plaident pour une «rénovation douce». Ils interpellent les autorités lausannoises
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Léo MichoudJournaliste Blick

Dans un quartier d'Ouchy en pleine gentrification, cet immeuble fait figure de «bastion des bas loyers et de la mixité sociale», selon ses habitants. Mais pour combien de temps encore? Ce jeudi 4 juin, l'association «Lac Harpe» réunissant une partie d'entre eux a invité la presse dans la cour intérieure, où un petit jardin anglais communautaire a vaincu le béton.

A l'intersection entre l'avenue Frédéric-César-de-la-Harpe et la petite rue du Lac, derrière ses murs grisonnants et ses volets décrépis, se trouvent une quarantaine d'appartements. Retraités, étudiants, artistes, précaires, chômeurs et quelques rares familles: plusieurs dizaines de personnes y vivent.

Confort minimum, un art de vivre?

Dans cette bâtisse construite en 1907, pensée au départ pour loger les ouvriers de la CGN, les parquet sont d'origine. Les quatre étages se parcourent sans ascenseur. Chaque locataire a dû agencer lui-même sa cuisine, et est responsable de son chauffage privé – au gaz, au mazout, au bois ou aux pellets, il y a de tout.

Pour certains, ce confort minimum est un art de vivre. Mais depuis une année, l'inquiétude règne et a fait naître la mobilisation. En mars 2025, le propriétaire – la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne (CPCL) – s'est fendu d'un courrier qui fait l'effet d'un «coup de tonnerre» dans l'immeuble.

Baux résiliés et augmentations de loyers à venir

D'importants travaux de rénovation sont annoncés pour début 2027. «Certains locataires sont sommés de partir, explique l'association. Ceux qui restent découvrent que leurs loyers après rénovations seront adaptés 'aux conditions du marché'.»

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J'habite ici depuis 40 ans et je paie 170 francs par mois pour mon 2,5 pièces de 50m2
Anne Girard, locataire et membre du comité
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En clair, sur la quinzaine de baux qui ne sont pas résiliés, les augmentations feront bondir les loyers actuels de 100% à 500%. «J'habite ici depuis 40 ans et je paie 170 francs par mois pour mon 2,5 pièces de 50m2, ce qui monte à 500 francs si on compte les frais de chauffage, d'électricité et d'eau», détaille Anne Girard, une des membres du comité.

Les autres lausannois présents ce matin-là parlent de salaires Ce n'est pas tant la rénovation qui inquiète – elle était attendue depuis longtemps et personne ne conteste qu'elle est nécessaire. C'est surtout son «ampleur saisissante» et les conséquences d'une telle transformation sur les loyers.

A part les façades, tout devrait changer. La caisse de droit public prévoit des ascenseurs, des balcons, des cuisines américaines, une redistribution des pièces à vivre, la création de logements dans les combles et certains sous-sol, et surtout le chauffage au sol. Un luxe que l'association de locataires juge inutile.

«L'occasion rêvée» pour Lausanne

Les quatre membres du comité réunis devant la presse y voient «une question de politique publique» que doit se poser la Lausanne. Eux qui exècrent les «résidences de luxe» qui s'implantent à Ouchy depuis les années 1970, voient là «l'occasion rêvée» pour la Ville de maintenir un logement à vocation sociale. Plutôt que cette «transformation totale», ils plaident pour le concept de «rénovation douce», une approche qui valorise le bâti existant en le modifiant petit à petit. 

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Si ce projet est maintenu, un mauvais signal serait envoyé de la part de la Municipalité autant sur la question du patrimoine que sur le maintien de la mixité
L'association Lac Harpe
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«Si ce projet est maintenu, un mauvais signal serait envoyé de la part de la Municipalité autant sur la question du patrimoine que sur le maintien de la mixité», avance leur pétition remise fin mai au Conseil communal de Lausanne. L'immeuble, témoin de l'histoire populaire de Lausanne, est classé. «Mais pas suffisamment pour lui éviter la rénovation totale prévue», déplore l'association.

Les représentants des habitants ont pu rencontrer le syndic de Lausanne Grégoire Junod, qui siège au comité de la Caisse de pensions lausannoise. «Il nous a dit être en minorité dans les décisions prises, raconte un habitant. Mine de rien, la CPCL est liée aux autorités et ses décisions sont une déception.» Une interpellation urgente devrait être déposée ces prochaines semaine par Ensemble à Gauche (EàG).

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