En bref
- Lausanne fait face à une aggravation du sans-abrisme, selon l'association Sleep In. Elle dénonce l'évacuation cette semaine de plusieurs squats, demandée par les propriétaires et soutenue par la Ville.
- Environ 150 personnes logées dans ces squats risquent de se retrouver à la rue.
- La Ville de Lausanne dispose pourtant de 239 places d’hébergement d’urgence, mais elles sont jugées insuffisantes ou inadaptées par certains sans-abri.
La Riponne vidée de ses sans-abri, des squats menacés, la gare comme seul refuge. A Lausanne, la problématique du sans-abrisme franchit un nouveau seuil. Dans un communiqué au ton alarmant intitulé «La rue tue» ce mardi 26 mai, Sleep In dénonce une aggravation de la situation et une politique qui, selon l’association, déplace le problème sans le résoudre dans les rues de la capitale vaudoise.
Depuis plusieurs semaines, des personnes sans domicile fixe ont trouvé refuge dans le passage sous-voie de la gare de Lausanne. Leur présence a suscité de nombreuses réactions. Plusieurs d’entre elles affirment avoir été déplacées de la place de la Riponne, où la situation liée à la consommation de crack et à la grande précarité cristallise les tensions, et ce, depuis des mois.
Les squats comme solution
La Ville de Lausanne, représentée par la municipale Emilie Moeschler, nous assure disposer de 239 places d’hébergement d’urgence ouvertes toute l’année. Mais sur le terrain, certains sans-abri refusent ces structures. Les raisons sont multiples: l’insécurité, les problèmes d’hygiène, l’impossibilité d’y séjourner en couple ou encore les restrictions liées à la consommation, selon des témoignages récoltés par «24 heures». Les autorités reconnaissent ne pas pouvoir contraindre ces personnes à intégrer les hébergements existants.
Dans ce contexte déjà tendu, Sleep In dénonce fermement l’évacuation prochaine de plusieurs squats qui ont permis d’héberger environ 150 personnes durant l’hiver 2025-2026. A la demande des propriétaires, la Ville doit procéder cette semaine à leur expulsion. Pour l’association, cette opération risque de remettre à la rue des familles et des individus particulièrement vulnérables.
Le Sleep In estime que ces expulsions aggravent une situation déjà critique. Selon l’association, renvoyer les personnes vers l’espace public revient à reporter la pression sur des structures d’accueil et de soins déjà saturées.
Décriminaliser les «pratiques de survie»
Face à cette réalité, le collectif défend le principe du «housing first», qui considère l’accès au logement comme une priorité absolue avant toute prise en charge sociale ou sanitaire. Il plaide notamment pour l’utilisation temporaire des bâtiments vacants afin d’offrir des solutions immédiates aux personnes sans domicile.
Le communiqué souligne aussi le rôle central joué par les squats dans l’accueil des plus précaires. Selon Sleep In, ces lieux pallient les insuffisances du dispositif officiel tout en étant de plus en plus criminalisés. L’association pointe du doigt le durcissement des interventions policières et l’entrée en vigueur le 1er juillet de la loi «anti-squat» (révision fédérale du Code civil suisse, art. 926).
Sleep In réclame à la Municipalité de Lausanne d’augmenter le nombre de places d’urgence et de décriminaliser certaines «pratiques de survie» comme le squat ou la mendicité.