En bref
- Depuis plusieurs semaines, des sans-abris se sont installés dans le passage sous-voie de la gare de Lausanne, après avoir été déplacés de la place de la Riponne.
- La Ville de Lausanne, préoccupée par cette situation, propose des solutions alternatives, mais certains refusent les hébergements d’urgence en raison de problèmes de sécurité, d’hygiène ou d’interdictions liées à la consommation.
- Lausanne offre 239 places d’hébergement d’urgence à l’année, mais insiste sur la nécessité d’une stratégie nationale coordonnée pour mieux gérer le sans-abrisme et la crise du crack.
Les travaux de la gare de Lausanne n'en finissent plus. Et depuis quelques semaines, des sans-abris se sont installés dans le passage sous-voie. Ils ont confié à «24 heures» avoir été déplacés depuis la place de la Riponne.
Si les places en hébergements d'urgence existent, plusieurs personnes dénoncent un sentiment d'insécurité ressenti en ces lieux, l'impossibilité d'y séjourner en couple ou des conditions d'hygiène difficiles. Une personne, à la rue depuis «un certain temps», a notamment confié à Blick avoir été victime de vols dans l'un de ces centres. La Municipale chargée de la cohésion sociale, Emilie Moeschler, a répondu aux questions de Blick.
Emilie Moeschler, combien de personnes vivent actuellement dans le passage sous-voie de la gare de Lausanne?
A notre connaissance, environ cinq personnes sont régulièrement dans ce passage sous-voie. Elle sont connues de l'équipe sociale de rue et de l'équipe médicale d'urgence sociale, qui vont régulièrement à leur rencontre pour leur proposer d'aller dans un hébergement d'urgence, faire une évalutation socio-médicale, mais aussi les introduire dans le dispositif socio-médical existant. Cette situation nous préoccupe. Pour ces persones, ce n'est pas idéal d'être là. Ce n'est pas non plus idéal pour le voisinage, les passantes et les passants. C'est pour cela qu'on a besoin de pouvoir avancer sur notre volonté de regrouper toutes les personnes consommatrices à un endroit qui comprend également un hébergement d'urgence spécifique.
Des sans-abris ont affirmé ne pas vouloir se rendre dans des hébergements d'urgence, en lien notamment avec la sécurité sur place. Que répondez-vous à ces critiques?
Cette possibilité leur est régulièrement proposée, et pour différentes raisons, ces personnes ne souhaitent pas s'y rendre. Effectivement, on ne peut pas consommer dans les hébergements d'urgence à Lausanne. C'est pour ça que nous voulons un lieu spécifique pour les personnes consommatrices, qui se trouverait à côté d'un lieu de consommation sécurisé (ECS), tout en maintenant des horaires de nuit où les personnes doivent dormir et non consommer, bien sûr. Concernant la sécurité, du personnel est là en permanence. Des équipes de sécurité privée sont également devant les ECS. Les femmes bénéficient d'espaces réservés. Je crois que ça se passe bien, et s'il y a des tensions, des sanctions sont prises. Des personnes sont exclues quand elles manifestent des comportements inadmissibles. Des professionels de terrain, de la Ville mais aussi de institutions partenaires font un travail super pour que l'accueil se passe au mieux.
Qu'est-ce qui doit changer par rapport aux hébergements actuellement proposés?
A Lausanne, nous avons un dispositif d'hébergement d'urgence qui s'est beaucoup développé ces dernières années. Nous avons maintenant 239 places proposées à l'année, sur 294 places au niveau cantonal. L'année passée, nous avons accueilli 2400 personnes différentes dans les hébergements d'urgence. Nous sommes l'une des villes, avec Genève, qui offre le plus de places. C'est vraiment de l'accueil humanitaire, pour mettre les personnes à l'abri. On se rend compte que pour les personnes consommatrices, notamment en lien avec la consommation de crack, ces dispositifs ne sont pas adaptés. C'est pour cela que nous souhaitons créer un hébergement d'urgence pour les personnes consommatrices, en lien avec d'autres prestations, notamment d'aide à la survie ou de prise en charge socio-sanitaire, ce que nous faisons en collaboration avec le service de médecine des addictions du CHUV ou Unisanté. C'est vraiment important de pouvoir avoir une approche globale pour améliorer le quotidien des personnes consommatrices.
Est-ce que la Ville de Lausanne est dépassée par la situation du sans-abrisme?
Non, je ne pense pas. Lausanne, comme d'autres grandes villes, est confrontée aux problématiques du sans-abrisme. Les personnes qui le vivent font majoritairement partie d'une population très mobile qui recherche une aide humanitaire, une mise à l'abri. Lausanne fait sa part. Nous avons ces 239 places à l'année. Nous sommes également ravis que 18 places aient ouverts à Neuchâtel dernièrement. D'autres villes n'ont pas encore suffisamment d'espace dans des hébergements d'urgence. Nous sommes très inquiets quant aux décisions prises dans le canton de Berne, car elles limitent l'accès aux hébergements d'urgence, notamment pour les personnes sans permis de séjour. Nous avons vraiment besoin d'une stratégie nationale, coordonnée, pour l'accueil et la lutte contre le sans-abrisme. L'idée, finalement, est de proposer d'autres solutions à ces personnes pour sortir de l'urgence.
Quelle est la stratégie de la Ville de Lausanne pour faire face à cette crise?
En 2023, le Conseil communal a voté une stratégie pour les hébergements d'urgence. C'est notamment ce qui nous a permis d'augmenter nos places et de faire tout un travail pour permettre à des personnes de sortir de l'urgence. Mais avec la crise du crack, certaines se retrouvent dans une consommation régulière très compulsive et ont besoin d'autres réponses. On a ouvert l'espace de consommation de la Riponne pour se rapprocher d'elles. On se rend compte maintenant qu'on doit avoir un dispositif beaucoup plus large avec un hébergement dédié, lié à un ECS, à des prestations socio-sanitaires, des petits jobs, des prestations d'aide à la survie, le tout réuni au même endroit. C'est ce que souhaite faire la Municipalité dans sa nouvelle stratégie drogue. Ça doit rester dans l'hyper-centre, on continue de travailler là-dessus avec les équipes de terrain et nos partenaires. C'est vraiment important. En Suisse romande, nous avons un peu de retard par rapport à la Suisse alémanique dans le développement des dispositifs en lien avec la politique des quatre pilliers. On le rattrape, tout en devant l'adapter à la crise du crack.