Immeuble à rénover, baux résiliés
Pour leurs bas loyers, ces habitants de Lac-Harpe font de la résistance

A Ouchy, les locataires d’un immeuble vétuste mais patrimonial refusent les résiliations de bail et la réfection de fond en comble prévue. Entre gentrification, rénovation douce et volonté des autorités, l’affaire prend une tournure politique.
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La bâtisse construite en 1907 paraît vétuste, mais les locataires profitent de loyers qui n’ont presque pas augmenté.
Photo: Blaise Kormann

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • A Lausanne, l'immeuble Lac-Harpe, situé à Ouchy, fait face à une controverse sur sa rénovation prévue pour début 2027, avec des travaux estimés à 22,5 millions de francs. Les 41 appartements, vétustes et à bas loyers, sont concernés, suscitant l'opposition des locataires.
  • Les habitants dénoncent une gentrification du quartier et demandent une «rénovation douce» pour éviter des hausses de loyers allant de 100% à 500%. Le bâtiment est classé patrimoine vaudois en «note 3».
  • La mise à l'enquête a pris fin le 9 juillet 2026, et tous les locataires ont déposé une opposition. 16 baux devraient être résiliés, et des rocades d’appartements sont prévues sur cinq ans par le propriétaire, la CPCL.
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Léo Michoud
L'Illustré

Cet été, l'immeuble Lac-Harpe est devenu l'exemple d'une tension avec laquelle Lausanne devra composer, tout comme d'autres communes romandes. La nécessité de rénover le bâti, souvent pour s'adapter aux exigences écologiques ou d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR), se heurte au refus des locataires.

Dans un quartier d’Ouchy en pleine gentrification, le bâtiment à l’angle entre la petite Rue du Lac (2-10) et l’Avenue Frédéric-César-de-la-Harpe (47) détonne aussi bien par ses murs décrépis que par les bas loyers pratiqués (voir témoignages ci-dessous). A quelques pas du bord du Léman, il reste encore quelques locataires dans les 41 appartements du bâtiment au confort minimum, sans balcons ni ascenseurs ni chauffage central.

16 baux résiliés, des rocades d'appartements

Leur propriétaire, la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne (CPCL), a annoncé d’importants travaux de rénovation pour début 2027, évalués à 22,5 millions de francs. Un chantier qui nécessiterait de réislier 16 baux et, pour les autres locataires, de mettre en place un système de rocade d’appartements sur cinq ans. La rénovation pourrait faire bondir les loyers actuels «de 100% à 500%», selon l'association Lac-Harpe.

La mise à l'enquête a pris fin le 9 juillet dernier. Tous les habitants rencontrés ont déposé une opposition et une démarche collective a été organisée. Leurs arguments? Faire perdurer la mixité sociale qui règne en ces lieux et protéger un bâtiment qui figure au registre du patrimoine vaudois, en «note 3».

Adapter le bâtiment aux standards

Un score suffisant pour que la façade extérieure reste presque inchangée, mais pas pour éviter une rénovation des lieux de fond en comble. Les locataires ne nient pas la nécessité de procéder à des rénovations, mais plaident pour une «rénovation douce», qui n’impliquerait pas le départ de la plupart des habitants en raison de l’augmentation drastique des loyers attendue

Interrogé par «24 heures» début juin, le directeur de la CPCL Loïc Broggini soulignait que la rénovation de cet immeuble, vétuste malgré son cachet, tombe sous le coup de la nouvelle loi sur l’énergie et d’un assainissement obligatoire. Quant aux loyers, ils devront répondre «aux standards de notre époque et non à ceux de 1907», explique Loïc Broggini au quotidien vaudois.

Quoi qu’il en soit, la mobilisation a trouvé de l’écho au Conseil communal de Lausanne. Notamment car deux des Municipaux siègent au comité de la régie parapublique, en leur qualité de «représentants des employeurs». Le 10 juin, deux interpellations urgentes ont été déposées à gauche. Le but? Interroger la Ville sur sa politique en matière de logement, en particulier pour les plus précaires.

Les réponses du syndic

Le syndic de Lausanne Grégoire Junod (PS), qui siège au comité de la CPCL, a répondu aux élus: «On est dans une procédure de permis de construire. La Municipalité sera amenée à se prononcer sur l’octroi ou le refus du permis le moment venu.» Au vu de sa fonction et de la procédure en cours, il n’est pas en mesure d’en dire beaucoup plus.

Grégoire Junod ne s’attend à aucune décision municipale d’ici «la fin de cette année», une fois l’entier du dossier constitué. «Si on devait afficher des positions plus tôt, on pourrait être accusé de ne pas avoir procédé de manière objective et complète à l’examen du dossier», poursuit l’édile.

«Nous souhaitons évidemment que les travaux puissent se faire en maintenant les locataires et les baux en place, déclare tout de même Grégoire Junod. Ce n’est pas toujours possible, selon l’état des immeubles. Mais c’est en tout cas ce que nous préconisons.» La Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL) ne permet pas à l’Etat d’imposer à un propriétaire de conserver ses locataires ou de leur proposer une solution de relogement. «Je plaide pour que la loi évolue et qu’on puisse un jour le faire, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas», tempère le syndic de Lausanne.

Le syndic de Lausanne Grégoire Junod (PS), qui siège au comité de la CPCL, a répondu aux élus: «On est dans une procédure de permis de construire. La Municipalité sera amenée à se prononcer sur l’octroi ou le refus du permis le moment venu.» Au vu de sa fonction et de la procédure en cours, il n’est pas en mesure d’en dire beaucoup plus.

Grégoire Junod ne s’attend à aucune décision municipale d’ici «la fin de cette année», une fois l’entier du dossier constitué. «Si on devait afficher des positions plus tôt, on pourrait être accusé de ne pas avoir procédé de manière objective et complète à l’examen du dossier», poursuit l’édile.

«Nous souhaitons évidemment que les travaux puissent se faire en maintenant les locataires et les baux en place, déclare tout de même Grégoire Junod. Ce n’est pas toujours possible, selon l’état des immeubles. Mais c’est en tout cas ce que nous préconisons.» La Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL) ne permet pas à l’Etat d’imposer à un propriétaire de conserver ses locataires ou de leur proposer une solution de relogement. «Je plaide pour que la loi évolue et qu’on puisse un jour le faire, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas», tempère le syndic de Lausanne.

Blick est parti à la rencontre d'une poignée d'habitants, pour comprendre leur mécontentement. Certains voient, avec résignation ou non, leur bail être résilié. D'autres pourraient devoir composer avec la rénovation d'ampleur qui s'annonce.

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