«Je suis la directrice!»
Séverine Chavrier aurait rabroué une spectatrice

La directrice écartée du théâtre de la Comédie de Genève aurait parlé de manière agressive à une spectatrice, qui témoigne à Blick. Séverine Chavrier aurait en outre donné des instructions à un employé, incitant un membre de la direction à lui rappeler les consignes.
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Une spectatrice s'est sentie prise à partie par Séverine Chavrier lors d'un «Mercredi Comédie», et témoigne de son choc à Blick.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

La directrice écartée de la Comédie de Genève a-t-elle du mal à accepter sa situation de rupture avec son ex-employeur? Des témoignages recueillis par Blick indiquent que Séverine Chavrier continue de venir régulièrement au théâtre de la Comédie, en tant que spectatrice, pour voir des spectacles, conférences et animations. Et qu’il lui arriverait de faire preuve de réactions agressives face à des personnes du public, ou d’enfreindre l’interdiction de donner des instructions au personnel.

Pour rappel, la Fondation d’art dramatique (FAD) a annoncé le 8 mai sa décision de licencier la metteuse en scène, suite aux conclusions de l’audit RH externe, dont la diffusion a été bloquée par l’avocat de Séverine Chavrier, Romain Jordan. L'audit, réalisé par le cabinet de conseil Sharpmania, aurait comporté environ 138 entretiens et témoignages anonymes. Séverine Chavrier s’étant mise en arrêt maladie avant la décision de licenciement, la résiliation de son contrat ne pourra prendre effet qu’à son retour. 

Lors d'un «Mercredi Comédie»

Depuis novembre dernier, Séverine Chavrier était écartée de ses responsabilités administratives jusqu'aux conclusions de l'audit RH. Elle a l’interdiction d’accéder au théâtre en tant que directrice, mais conserve le droit de le fréquenter en tant que simple spectatrice. Dès l’automne, son employeur avait indiqué qu’il ne reconduirait pas son mandat. Toutefois, le rapport de la CARTS (Commission des arts et de la culture) de la Ville de Genève, publié le 7 mai, appelle à la réintégrer dans ses fonctions. Il sera examiné en plénière ce mardi 19 mai par le Conseil municipal de la Ville.

Or le 6 mai, deux jours avant la décision de licenciement, un incident s’est produit. Une mère de famille, que l’on désignera sous ses initiales A.J., nous rapporte avoir été profondément choquée par la manière dont Séverine Chavrier s’est adressée à elle lors d’un événement de la Comédie. Cela s’est passé lors d’un «Mercredi Comédie», une séance que le théâtre organise pour les enfants tous les premiers mercredis du mois. 

Ce jour-là, Séverine Chavrier est venue participer avec sa fille. La participante A.J. était assise sur un canapé. Sa fille jouait avec un autre enfant, dont la babysitter était assise à côté d’elle sur le canapé. La babysitter, ne se sentant pas bien, a dû s’absenter. Elle a demandé à A.J. de lui garder la place. Une minute plus tard, A.J. raconte qu’une «dame en tenue de sport» est venue s’asseoir. «Initialement, je ne l’ai pas reconnue, pour moi c’était une maman avec sa fille, raconte notre témoin. Je lui ai dit qu’une personne était assise là et qu’elle m’avait demandé de lui garder la place. Et c’est là qu’elle m’a très mal parlé, j’en suis encore choquée». 

Un ton jugé problématique

Séverine Chavrier lui aurait «fait de grands yeux» et serait sortie de ses gonds. «Mais on ne réserve pas les places ici. Savez-vous qui je suis? Je suis la directrice, c'est grâce à moi que vous êtes là», aurait-elle répondu, en ces termes ou en des terme approchants, tels que A.J. nous les a rapportés. Au bout de quelques instants, Séverine Chavrier se serait levée brusquement. L’attitude, perçue comme particulièrement hautaine, perturbe A.J. jusqu’à ce jour. Le service de l’accueil du public à la Comédie, qui a aussi recueilli le témoignage d’A.J., réagit: «Cela pose question de voir comment Séverine Chavrier s’adresse à des personnes qui font partie de son public potentiel, ce ton est problématique. On veut bien penser qu’elle est sous pression, mais on nous demande à tous de rester professionnels, et la crise interne n’a pas à rejaillir sur le public». 

Les Mercredis Comédie, rappelle notre source, n’ont pas été créés par Séverine Chavrier. La directrice contestée n’a pas non plus réalisé la programmation des ateliers proposés aux enfants, qui est l’oeuvre du Service des actions culturelles. 

Contacté, l’avocat de Séverine Chavrier, Me Romain Jordan, conteste cette version des faits: «C’est faux», nous répond-il, sans donner plus de détails sur la manière dont les faits se seraient déroulés. 

Instructions données au régisseur

Le management agressif reproché à Séverine Chavrier, arrivée en 2024, avait été mis en cause l’an dernier suite à une quinzaine de démissions de la Comédie de Genève. Des problèmes similaires avaient déjà été rapportés dans son emploi précédent au Centre dramatique national d’Orléans, qu’elle a dirigé entre 2017 et 2023.

Un autre incident à la Comédie, qui s’est produit le 2 mai, laisse aussi penser que Séverine Chavrier peine à accepter sa mise à l’écart. Ce jour-là, un spectacle-conférence s’est déroulé en présence de Wajdi Mouawad, ancien directeur du théatre national de la Colline. L'incident avait été relaté dans Watson le 7 mai, mais dans une version différente. D'après nos informations, Séverine Chavrier arrive ce jour-là pour assister à la conférence. Mais au lieu de rester dans la salle avec le public, elle entre dans la régie lumière et s’installe à côté du régisseur, – un intermittent –, auquel elle donne l’instruction de baisser la lumière. D'après Me Jordan, elle a agi ainsi «à la demande de l'artiste». Mais selon nos informations, les paramètres de la lumière auraient été réglés la veille selon les souhaits de l’artiste. 

N’étant plus autorisée à donner des instructions au personnel, Séverine Chavrier n’était pas abilitée à agir ainsi en tant que spectatrice, «ce que lui a rappelé le responsable du développement du public, membre du comité de direction, qui a pris à part Séverine Chavrier et lui a signifié personnellement que cela enfreint les consignes, indique une source interne. Le directeur technique, absent ce samedi, lui a aussi envoyé un SMS pour lui rappeler les règles». En outre, baisser la lumière n’aurait pas convenu à certains spectateurs qui souhaitaient prendre des notes, selon notre source. 

Evénement «instrumentalisé»?

L’après-midi, Séverine Chavrier est retournée en salle pour la suite de la conférence, mais son comportement de la matinée a été jugé inadéquat. «Elle met son personnel dans une situation désagréable, commente notre source. Une décision a été prise par la FAD et il est regrettable qu’on doive lui dire de la respecter». 

L’avocat de Séverine Chavrier conteste cette présentation des faits: «Rien n’était interdit. Ma mandante a demandé au technicien, à la requête de l’artiste, de baisser la lumière, ce qu’il a fait. Tout s’est très bien passé, et tant le technicien que l’artiste ont remercié ma mandante. Cet événement est très évocateur de ce que subit ma mandante. Certains – ceux-là-même qui sont à la manoeuvre contre ma mandante – ont cherché à instrumentaliser cet événement.» 

Suite de carrière incertaine

D’après nos informations, Séverine Chavrier aurait été sollicitée pour la direction du théâtre de la Colline à Paris pour succéder à ce poste à Wajdi Mouawad. Son avocat dément qu'elle se soit portée elle-même candidate. Mais elle aurait néanmoins figuré sur la shortlist des papables désignés par le Ministère de la Culture avec Julie Deliquet et Arthur Nauzyciel. «Une telle nomination, qui est décidée par le Ministère de la Culture, ne pouvait que susciter son intérêt», indique une source. Le choix du théâtre parisien et du Ministère s’est porté sur Julie Deliquet, nouvelle directrice depuis le 6 mars. 

De son côté, Séverine Chavrier ne fréquentait plus la Comédie de Genève entre novembre et février. Mais depuis trois mois, ses visites auraient repris: elle s’y serait rendue une dizaine de fois. A une ou deux occasions, Séverine Chavrier se serait présentée à des spectacles sans réserver de place, demandant au personnel de la billetterie de lui en trouver une, même si la salle était très pleine, ce qui a été jugé incorrect par les intéressé(e)s. 

D’après des informations qui circulent, Séverine Chavrier pourrait être par ailleurs en lice pour la direction du Théatre national populaire de Villeurbanne, près de Lyon. Nous n’avons toutefois pas pu obtenir confirmation de cette information. Son avocat Me Jordan nous répond: «Je l’ignore. La pièce mise en scène par ma mandante 'Absalon! Absalon!' y a rencontré un énorme succès en mars dernier.» Les candidatures pour ce poste sont présentées au jury ces mois de mai et juin

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