Manif' No-G7
«Tirer à balles réelles»: un ex-syndic vaudois croule sous les plaintes

Après son appel à tirer «à balles réelles» sur les «salopards de manifestants» du No-G7, l’ancien syndic d’Orbe Claude Recordon est visé par une dizaine de plaintes. Le Ministère public doit décider s’il ouvre une procédure pour provocation publique à la violence.
1/5
Claude Recordon, ex-syndic d'Orbe avait appelé la police à tirer «à balles réelles» sur les «salopards de manifestants».
Photo: keystone-sda.ch

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Claude Recordon, ancien syndic d’Orbe, est visé par une dizaine de plainte pour incitation à la violence après avoir publié un message sur Facebook le 14 juin, appelant la police à tirer «à balles réelles» sur des manifestants No-G7.
  • Les plaignants dénoncent un «climat de fascisation» et la banalisation de la violence contre les manifestants, exigeant des sanctions pour éviter que de tels propos se répètent.
  • Le Ministère public du Nord vaudois décidera de l’ouverture éventuelle d’une enquête.
SOLENE_FACE (1).png
Solène MonneyJournaliste Blick

Le «coup de sang» de Claude Recordon, ancien syndic d’Orbe pendant 27 ans, pourrait désormais se prolonger devant la justice. Le 14 juin dernier, l’ex-élu libéral-radical (PLR) avait publié sur Facebook un message appelant la police à tirer «à balles réelles sur ces terroristes», relevait Blick. Il s’en prenait violemment aux manifestants du No-G7, qualifiés de «salopards», avant d’appeler «les honnêtes gens» à se révolter et à s’engager «dans la guerre civile». Il avait ensuite supprimé sa publication.

Pour une dizaine de participants à la mobilisation No-G7, «très choqués par l’extrême violence de ces propos», une ligne rouge a été franchie. Chacun a saisi mardi 30 juin le Ministère public d’arrondissement du Nord vaudois pour des faits qu’ils estiment susceptibles de relever de la provocation publique à la violence.

Cette infraction est passible d’une peine privative de liberté pouvant aller jusqu’à trois ans ou d’une peine pécuniaire. Il appartient désormais au Ministère public de déterminer si une procédure doit être ouverte.

Une démarche collective

Parmi les plaignants figurent des membres de la coalition No-G7 et de la Grève féministe, la secrétaire syndicale au SSP Mathilde Mottet, l’influenceuse engagée Charlotte Ensaigne, les élues vaudoises Ensemble à Gauche Mathilde Marendaz et Joëlle Minacci, l’élue municipale genevoise Julia Gosse (EàG), ainsi que Julien Berthod, vice-président des Jeunes socialistes suisses.

Le nombre de plaignants n’est pas négligeable. Il doit donner une portée collective à la démarche. «Il était important pour nous de le faire au nom de l’ensemble des manifestantes et des manifestants et de rappeler que de tels propos ne sont pas anodins», explique Teo Frei, un des porte-parole de la coalition No-G7 et lui-même plaignant.

«Un climat de fascisation»

Dans la plainte que Blick a pu consulter, il est indiqué: «En appelant à tirer à balles réelles sur la manifestation, Claude Recordon a appelé à s’en prendre à ma vie, ma santé ainsi que mon droit à prendre part à une manifestation autorisée.» Au-delà de cette publication, les plaignants disent vouloir dénoncer un climat plus large de criminalisation des manifestants. Selon eux, les propos de l’ancien syndic contribuent à banaliser les attaques contre celles et ceux qui participent à des mobilisations politiques.

«On assiste à une légitimation de la violence contre les personnes qui essaient de se battre pour changer ce monde et mettre fin à la violence. C'est paradoxal», estime Teo Frei. Le militant insiste toutefois sur le fait que la démarche ne vise pas uniquement Claude Recordon. L’objectif est, selon lui, de fixer une limite claire afin d’éviter que de tels appels se répètent. Les plaignants disent aussi vouloir «freiner le climat de fascisation actuel» et refuser que des manifestants soient désignés comme des cibles légitimes.

«Une ou deux semaines avant le G7, on pouvait déjà avoir l’impression que 'des terroristes' avaient envahi la région alors que rien ne s’était encore passé», dénonce Teo Frei. Il ne prétend pas que les événements survenus le jour de la manifestation, comme la nasse ou les tirs de gaz lacrymogènes, avaient été préparés à l’avance. Il estime en revanche que la suspicion envers les manifestants avait été alimentée bien avant le rassemblement.

Des regrets... mais

Interrogé par Blick au sujet de ces plaintes, Claude Recordon n’a pas donné suite à nos sollicitations. Juste après son «coup de sang» comme il le qualifie, il avait expliqué avoir supprimé son message «une fois la pression retombée». L’ancien édile affirmait avoir écrit cette publication «sous le coup de l’émotion et uniquement provoquée par ces violences».

Claude Recordon avait également reconnu que ses mots n’étaient pas adaptés à une personne ayant exercé d’importantes responsabilités publiques. «Je vous l’accorde, les termes que j’ai maladroitement écrits étaient inadéquats.» Il avait toutefois maintenu ses critiques contre les violences commises en marge de la manifestation. Dans sa réponse à Blick, il dénonçait une «minorité» qui aurait saccagé la ville, les attaques contre les policiers et l’attitude d’une partie de la gauche, accusée de condamner davantage les forces de l’ordre que les casseurs.

Un mea culpa insuffisant

Pour les plaignants, ces regrets ne suffisent pas. «Evidemment, c’est mieux qu’il ait retiré sa publication», reconnaît Teo Frei. Mais les propos ont, selon lui, déjà circulé dans l’espace public et contribué à rendre acceptable l’idée d’une violence extrême contre les manifestants. «Ces propos ont été tenus publiquement par une personne qui a de l’influence, une voix qui porte et des relais médiatiques. Cela implique aussi une responsabilité», souligne le porte-parole de la coalition No-G7.

La suite du dossier est désormais entre les mains du Ministère public. Celui-ci devra déterminer si les éléments transmis justifient l’ouverture d’une enquête et si les propos de l’ancien syndic relèvent pénalement de la provocation publique à la violence.

Articles les plus lus