Dérapage glaçant au No-G7
Un ex-élu appelle à tirer «à balles réelles» sur les «salopards de manifestants»... puis regrette

Un ancien syndic vaudois a publié un message appelant la police à tirer «à balles réelles» sur les casseurs du No-G7 et «à la guerre civile». Contacté par Blick, Claude Recordon dit regretter des propos écrits «sous le coup de l’émotion».
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Claude Recordon, ex-syndic d'Orbe a appelé la police à tirer «à balle réelle» sur les «salopards de manifestants» ainsi qu'à la «guerre civile».
Photo: AFP
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Solène MonneyJournaliste Blick

«Et voilà, ces salopards de manifestants mettent Genève à feu. Que la police tire à balles réelles sur ces terroristes et que la gauche arrête de nous emmerder avec son droit à manifester.» Publiée dimanche 14 juin sur Facebook, le jour de la manifestation anti-G7, la phrase claque comme un appel à la violence disproportionnée. Elle n’est pas signée par un internaute anonyme, mais par Claude Recordon, ancien syndic libéral-radical (PLR) d’Orbe durant 27 ans.

Les mots sont d’une brutalité rare. Contacté par Blick, l’ancien édile évoque «un coup de sang» après avoir vu, sur Léman Bleu, les images d’une voiture en feu, de protections en bois arrachées et de vitrines fracassées. Mais sa publication ne s’arrêtait pas à cette colère à chaud. Claude Recordon y appelait aussi les «honnêtes gens» à se révolter et à engager «la guerre civile». Autrement dit: répondre à la violence par une violence extrême.

Quelques minutes plus tard, interpellé par un internaute qui souligne la gravité de ses propos, le Vaudois ne recule pas. Il persiste. Selon lui, ses mots sont à la «hauteur de la violence de ces terroristes». Et la guerre civile? Des propos «prémonitoires», écrit-il alors, car «la classe politique est incapable de maintenir la sécurité». Des mots d’une dureté exceptionnelle, qu’il finira par regretter.

Le syndic se défend

Restée en ligne plusieurs heures, la publication virulente a finalement été supprimée par l’ancien syndic libéral-radical d’Orbe. A-t-il senti qu’une limite avait été franchie? «Une fois la pression retombée, j’ai supprimé cette publication, écrite sous le coup de l’émotion et uniquement provoquée par ces violences», confie-t-il à Blick. Claude Recordon assure que ce message ne correspond pas à sa «personnalité, habituellement mesurée».

L’ancien édile le reconnaît: ces mots n’étaient pas adéquats pour quelqu’un qui a exercé de telles responsabilités publiques. «Je vous l’accorde, les termes que j’ai maladroitement écrits étaient inadéquats», écrit-il à Blick.

Mea culpa... mais

Claude Recordon fait donc son mea culpa.. mais! Dans sa réponse à Blick, l’ancien syndic d’Orbe déroule une série de questions qui ressemblent surtout à un réquisitoire. Il s’offusque qu’une «minorité saccage une ville», que des policiers «se fassent cracher dessus et caillasser». Il déplore aussi qu’une partie de la classe politique «ne condamne pas clairement ces violences» et que «cette même frange, a contrario, condamne systématiquement la police et l’autorité».

Difficile de ne pas y voir une allusion à cette gauche qui, selon sa publication supprimée, «emmerde avec son droit à manifester». Pourtant, le Parti socialiste genevois a bien condamné, dès le lendemain, «les actes de vandalisme commis par une minorité en marge de la manifestation». Le parti demandait également que leurs auteurs soient poursuivis. 

Même position du côté des Vert-e-s genevois. «Nous dénonçons les actes de violence et de déprédation, lesquels portent atteinte aux messages portés par la grande majorité des manifestant-es venu-es pacifiquement s’exprimer en ce dimanche 14 juin. Leurs auteurs devront être poursuivis», écrivaient-ils.

Une ville vraiment saccagée?

Autre point de friction: l’ampleur des dégâts. Claude Recordon parle d’une «ville saccagée», alors qu’il n’était pas présent sur place. La police genevoise, elle, évoquait le soir même des dégâts matériels «limités au regard du nombre important d’éléments perturbateurs identifiés». Elle avait dénombré environ 600 «black blocs» dans le cortège. Rapporté aux dizaines de milliers de personnes présentes, le contraste est important: l’écrasante majorité des manifestants ont défilé pacifiquement, dans une ambiance largement bon enfant. Carole-Anne Kast, conseillère d'Etat socialiste en charge de la sécurité, a elle parlé d'un dispositif «proche de la perfection».

Plusieurs jours après, la colère de l’ancien syndic libéral-radical n’est pourtant pas retombée. Claude Recordon dit se faire l’écho d’un ras-le-bol plus large. «Je ressens personnellement une réelle révolte qui est partagée par une partie toujours plus importante de la majorité silencieuse, des honnêtes citoyens qui travaillent, respectent les lois et paient leurs impôts», écrit-il à Blick. Selon lui, «minimiser» ou «ne pas réagir» pousserait ces citoyens «dans les bras des extrêmes». Le raisonnement a de quoi surprendre. Car dans cette séquence, c’est bien l’ancien syndic lui-même qui a franchi une ligne en appelant ni plus ni moins à une «guerre civile» et à des tirs «à balles réelles».

De l'huile sur le feu

D’autant que la police n’est pas restée les bras croisés. Dimanche soir, elle a mis en place une nasse d’environ 300 personnes sur le quai Wilson, durant plus de neuf heures, afin de procéder à des contrôles d’identité et d’identifier d’éventuels fauteurs de troubles. Mais cette opération fait, elle aussi, l’objet de vives critiques: parmi les personnes bloquées figuraient des organisateurs pacifiques du No-G7, des membres du service d’auto-protection, des badauds et même un enfant. Plusieurs ont passé la nuit sur le goudron froid, sans nourriture, avec un accès restreint à l’eau et aux sanitaires.

Claude Recordon dit aujourd’hui regretter ses mots. Mais en appelant à répondre à la violence par une violence plus grande encore, l’ancien syndic a lui aussi jeté de l’huile sur le feu.

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