Dans le vocabulaire marin, on parle de ressac pour désigner le retour en arrière violent d’une vague qui s’est fracassée sur un obstacle. C’est ce qu’ont vécu les Vert-e-s, ce dimanche 8 mars lors de ce dimanche de «super scrutin».
Il y a d’abord eu le refus de l’initiative portée avec le Parti socialiste (PS) pour un fonds climat, que 70,71% de la population a sèchement balayée. C’est surtout au fil des résultats électoraux dans les législatifs communaux vaudois et fribourgeois que la vague verte de 2021 est devenue un minuscule clapotis.
Un chiffre pour le démontrer: dans les huit plus grandes villes vaudoises (Lausanne, Yverdon, Montreux, Vevey, Nyon, Renens, Pully et Morges), les écologistes ont laissé échapper un total de 65 sièges. Neuf sièges perdus à Lausanne, 17 à Yverdon, 6 à Montreux, 3 à Vevey ou encore 10 à Nyon.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
Le 8 mars, la Suisse vote tous azimuts. Objets fédéraux sensibles, enjeux cantonaux brûlants et élections locales décisives: de Berne aux communes, c’est un véritable super scrutin qui s’annonce. Fiscalité, santé, institutions: tour d’horizon d’un dimanche à haute tension démocratique.
Au Conseil général de Fribourg, les Vert-e-s sont passés de 25,32% des suffrages en 2021 à 13,77% en 2026. A Bulle, les 11,92% de voix sont devenues un maigre 9,19%. Bref, dans les villes où il serait attendu qu’elles performent, les listes vertes ont régressé alors qu’aussi bien l’Union démocratique du centre (UDC) que la gauche radicale ont progressé presque partout. Mais comment expliquer cette débâcle?
La présidence vaudoise justifie
Présidente des Vert-e-s à l’échelon vaudois, Rebecca Joly «prend acte de l’important recul» dans les conseils communaux: «Visiblement, on n’a pas suffisamment réussi à mobiliser.» Toutefois, elle estime que ce n’était «pas une énorme surprise» au vu des «scores historiques» réalisés en 2021, lors de la fameuse vague verte. «Se maintenir ou perdre seulement un petit peu de sièges aurait été miraculeux, avoue l’écologiste, municipale à Prilly. On est dans le scénario attendu, même si on aurait aimé limiter l’ampleur des pertes.»
Mot d’ordre: parler d’une progression «en dents de scie», mais qui va vers le haut depuis 20 ans, et même depuis les élections de 2016. «Ces avancées et reculées ont toujours fait partie de l’histoire des Vert-e-s», affirme la présidente cantonale. Autre argument qui aurait fait pencher la balance: le taux de participation, bien plus faible pour les Conseils communaux que pour les Municipalités.
«En 2021, la participation était plus élevée aux communales, continue Rebecca Joly. Un certain nombre d’électeurs, potentiellement des jeunes que nous avions convaincus il y a 5 ans, n’ont peut-être pas revoté. En tout cas pas pour les Législatifs.» L’écologiste suppose: «Les gens avaient peut-être trop à faire dans leurs enveloppes» lors de ce scrutin à la fois communal, cantonal et fédéral.
Elle-même arrivée 4e dans la course à l’Exécutif de Prilly, elle préfère mettre l’accent sur les «bonnes nouvelles» dans les Municipalités. Elle évoque les «ballottages favorables» à Yverdon, Montreux, Nyon, Renens, des potentiels retours dans les Municipalités de Morges ou d’Orbe et une progression «dans des communes de moyenne et petite taille». Le second tour du 28 mars devra le confirmer, mais Rebecca Joly estime que son parti «s’implante dans le territoire, dans la tendance commencée en 2021».
La Lausanne écolo se rattrape avec la Muni
A Lausanne, les Vert-e-s ont certes profité de la prime au sortant et de la dynamique d’alliance à gauche pour se placer dans la course à la Municipalité. Natacha Litzistorf (41,62%) et Xavier Company (41,41%) sont respectivement 3e et 4e, à 500 voix derrière les deux socialistes en tête. Mais pour ce qui est du Conseil communal, les Vert-e-s perdent 9 sièges.
Deuxième formation la plus représentée actuellement, les écologistes deviennent la quatrième force politique lausannoise derrière le PS, le Parti libéral radical (PLR) et Ensemble à Gauche (EàG). Sur la liste au Conseil communal, Xavier Company – le mieux élu de son parti – se place pourtant derrière tout le bloc de PLR, et même derrière quatre candidats de gauche radicale.
«Je juge mes résultats personnels assez bons», commente le municipal en charge des Services industriels au sujet de la course à la Municipalité. «Il y a toujours des petites différences sur les candidats d’une même liste, dit-il à propos des 500 voix qui le séparent des socialistes. Au Conseil communal, la seule fois où nous sommes passés devant le PLR, c’était en 2021. Dimanche, nous avons simplement perdu les sept sièges que nous avions gagnés lors de cette année exceptionnelle.»
Il est selon lui «trop tôt pour faire l’analyse de la fin de la vague verte», étant donné que les Vert-e-s sont «bien partis pour se maintenir dans la plupart» des Exécutifs communaux du canton. «On sait qu’il y a un recul des Vert-e-s en tant que force politique, et il est décevant.» Au sein de la gauche lausannoise certains ont pu qualifier la campagne de Xavier Company de «discrète» ces derniers temps. Et pour cause, l’élu lausannois vient de devenir papa: laisser la charge de leur enfant à son épouse aurait été «totalement incohérent» avec ses valeurs et celles de son parti.
Un nouveau Vert dénonce le «défaitisme» de son parti
Candidat malheureux des Vert-e-s au Conseil communal de Lausanne, Thomas Tedesco voit beaucoup de «défaitisme» chez les instances de son nouveau parti. «Se prendre une telle claque dimanche, à peine arrivé en politique, cela n’a pas été évident. Il y a ma défaite personnelle, mais les neuf sièges perdus au Conseil communal m’ont mis un coup au moral», raconte celui qui s’engage depuis longtemps comme «porte-voix» des habitants de la rue de Genève.
Il assume de «mettre les pieds dans le plat» en critiquant la stratégie de campagne de son parti. «On aurait probablement dû être meilleurs sur certains aspects: mieux orienter la communication, être plus présents dans les quartiers bien avant la campagne et ne pas attendre le dernier moment pour aller à la rencontre des gens.»
Pour Thomas Tedesco, la campagne a été trop molle et pas assez incisive par rapport aux autres partis. «Le PS utilise des méthodes de campagne discutables, dont leurs appels téléphoniques ciblés. C’est un niveau d’organisation dont nous devrons peut-être nous inspirer à l’avenir.» Le «côté éthique et loyal», une des «valeurs profondes» des Vert-e-s leur a peut-être desservi. «On peut se demander si nous ne nous sommes pas parfois montrés presque 'trop corrects'», assène le militant de la base.
Le trentenaire qualifie son parti et sa stratégie de «gros paquebot» difficile à faire «changer de trajectoire»: «Chez les Vert-e-s, on dit souvent que le temps nous donnera raison». Selon lui, les élus établis et l’équipe de campagne ont eu du mal à valoriser les nouveaux venus, qui «ont beaucoup contribué à tirer le groupe vers le haut en multipliant les actions et les stands».
Avec une poignée de militants, Thomas Tedesco était assigné au secteur du centre-ville. «Nous étions un petit groupe très motivé et investi. Mais cela n’a pas suffi à changer la dynamique générale, car nous étions parfois un peu livrés à nous-mêmes.» Celui qui souhaite pour l'instant continuer à militer chez les Vert-e-s, considère que «si les gens avaient mieux connu nos propositions et nos candidats au Conseil communal, notamment les nouveaux, on aurait sans doute pu limiter la casse.»
Les électeurs sont allés voir ailleurs
Coprésidente des Vert-e-s lausannois-es, Salomé Morand «ne parlerai[t] pas d’une claque», mais a été surprise de l'ampleur du recul: «On n’a hélas pas réussi à confirmer notre bonne dynamique de 2021. Nous étions passés de 17 à 24 sièges, une poussée jamais vue.» Elle préfère évoquer un «remaniement» qui «fait partie du va-et-vient de la politique». Elle estime que le climat et la solidarité restent des préoccupations prioritaires pour la population suisse. «Le contexte, fait à la fois d’inquiétudes sur le plan géopolitique et pour son porte-monnaie, a peut-être fait que les gens sont allés voter ailleurs, alors que la fin du monde et la fin du mois sont intimement liées.»
Les sympathisants des causes écologistes se sont vraisemblablement tournés surtout vers la gauche radicale, voire vers l’alliance Vert’libéraux-Le Centre. Alors que les Vert-e-s et les socialistes ont perdu des plumes au Conseil communal, la liste EàG – qui regroupe SolidaritéS, POP et des indépendants – a gagné 19 sièges (+ 6 par rapport à 2021), et les centristes 7 (+ 2).
Rebecca Joly analyse qu'«à Lausanne et dans d’autres communes, Ensemble à Gauche a pu profiter de l’attention médiatique que constitue l’élection complémentaire au Conseil d’Etat, où leur candidate a fait un score important. Le PS aussi a profité de cet élan cantonal.» La présidente cantonale des Vert-e-s s’inquiète surtout de «la campagne extrêmement violente qui a eu lieu dans certaines villes».
Son homologue lausannoise précise: «Ce qui nous inquiète, c’est surtout la montée de la droite PLR et UDC, qui gagnent des sièges au Conseil communal. On l’a vu dans la complémentaire, où plus de 30% de Lausanne a voté pour un élu d’extrême droite», dit-elle au sujet de Jean-François Thuillard (UDC). Réunis en assemblée générale ce lundi soir du 9 mars, les Vert-e-s lausannois-es ont-ils réalisé une autocritique suffisante?