Un refus clair
Les Suisses refusent à 70,7% l'initiative pour un fonds climat

L'initiative populaire, portée par la gauche, a été rejetée à 70,7%. Le projet demandait au Conseil fédéral d'investir plus pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
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Les soutiens du «non» posent lors d'une conférence de presse ce mercredi 4 février 2026 a Lausanne.
Photo: keystone-sda.ch
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ATS Agence télégraphique suisse

Les Suisses ont nettement rejeté dimanche à 70,7% l'initiative populaire pour un fonds climat, selon les résultats quasi définitifs. Le projet demandait au Conseil fédéral d'investir plus pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Le texte a aussi échoué à la majorité des cantons. Des non très clairs ont été enregistrés. Le Valais par exemple rejette le texte à 76,9%, Fribourg à 70,7%, Vaud à 61,6%, Neuchâtel à 62,3% et le Jura à 66,3%.

En Suisse alémanique le rejet est aussi très ferme. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures par exemple refusent l'initiative à 84,5% et 84,3%. A Berne, le non est de 68,8% et de 67,3% à Zurich. Genève et Bâle-Ville font figure d'exception avec des refus plus mesurés. Le canton du bout du lac Léman a rejeté l'initiative à 57,8% et la ville rhénane à 55,4%.

Troisième échec

Au total, 2,1 millions non contre 894 milles oui ont été enregistrés. La participation était de 55,5%. Ce refus clair signe un nouvel échec pour la gauche. Il s'agit de la troisième initiative rejetée aux urnes en trois ans.

Le texte voulait que le gouvernement engage nettement plus d'argent afin d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. La Confédération aurait dû investir chaque année 0,5 à 1% du PIB suisse, soit entre 4 et 8 milliards de francs.

Pour le comité interpartis opposé au fonds climat, ce non montre que les Suisses privilégient «une politique climatique ciblée et mûrement réfléchie». «Ce rejet clair montre que la population ne veut pas de nouveaux programmes de dépenses effrénés, qui entraîneraient en fin de compte une augmentation de la dette ou des impôts supplémentaires», a dit le conseiller aux Etats Fabio Regazzi (Centre/TI), président de l'Union suisse des arts et métiers (usam).

L'alliance, composée de l'UDC, du PLR, du Centre, d'economiesuisse et de l'usam, juge que le résultat des urnes constitue une «limite claire» fixée par les Suisses. Interrogé par la RTS, le conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE) a reconnu que la Suisse devait décarboner l'industrie et l'activité des ménages, «mais à un rythme supportable». Il a jugé ce fond climat «délirant».

Une occasion manquée

Le Parti socialiste et les Vert-e-s ont exprimé dimanche leur déception après la nette défaite dans les urnes de l'initiative pour le fond climat. Reconnaissant que le fonds n'était pas un bon instrument, la présidente du parti écologiste Lisa Mazzone presse désormais la majorité de droite à présenter des solutions.

«Une occasion a ainsi été manquée de relever le plus grand défi de notre époque», écrivent dans un communiqué les deux partis, qui ont lancé l'initiative en 2021. Contactée par Keystone-ATS, Lisa Mazzone estime que les objectifs climatiques de la Suisse «restent les mêmes et sont largement souhaités par la population».

Le PS et les Vert-e-s s'alarment désormais des coûts qui vont peser sur les générations futures. D'après leurs calculs, le coût de l'inaction en matière de politiques atteindra jusqu'à 34 milliards de francs par an d'ici 2060. «La Suisse doit tout mettre en oeuvre pour décarboniser la mobilité et le chauffage», écrit le coprésident du PS Suisse, Cédric Wermuth.

La droite doit proposer des solutions

Face à l'échec du fond climat, socialistes et écologistes se montrent désormais offensifs face aux partis bourgeois. «La droite doit prendre ses responsabilités et présenter des solutions pour atteindre nos objectifs climatiques», souligne Lisa Mazzone.

La Genevoise affirme également que son parti ne va pas baisser les bras: elle cite notamment l'initiative sur le solaire, qui veut rendre obligatoire la pose d'une installation solaire pour toute nouvelle construction ou rénovation.

De la lassitude?

Depuis 2025, c'est le troisième objet lié au climat qui est rejeté par le peuple. De quoi faire reconnaitre au conseiller aux Etats Baptiste Hurni (PS/NE) que la multiplication des votes sur les initiatives environnementales avait entraîné de la «lassitude» au sein de la population. Sur le plateau de la RTS, il a toutefois rappelé que le problème climatique «restait entier» et que la suite allait «dépendre maintenant de l'ordre des priorités qu'on a».

Une observation qui ne convainc pas Mme Mazzone. «On voit que les questions climatiques restent très hautes dans les derniers sondages des préoccupations de la population. On voit donc qu'ici c'était un problème d'instrument», dit-elle.

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