Second tour des communales
Comment la droite lausannoise peut transformer l’essai?

Au soir du premier tour, le PLR lausannois peut se dire qu’il tient enfin son deuxième siège à la Municipalité, voire davantage. Avec ou sans l’UDC qui leur tend la main?
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Mathilde Maillard (à gauche), Marlène Bérard et Pierre-Antoine Hildbrand ont célébré leurs scores dimanche soir.
Photo: KEYSTONE
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

Si l’élection s’était jouée en un seul tour, les libéraux-radicaux auraient placé deux candidats à l’exécutif. Voilà vingt ans qu’ils courent après ce scénario. Lors de la législature 2001-2006, la droite comptait encore trois élus à la Municipalité: Doris Cohen-Dumani, Olivier Français et Eliane Rey. C’était avant la fusion entre libéraux et radicaux, effective en 2009.

Reste à savoir comment transformer ce bon premier tour en succès concret. Le second tour devrait se jouer avec une participation en baisse. Et le scrutin de dimanche, avec 41,17% de participation, n’a déjà pas pleinement profité de l’effet d’entraînement des votations fédérales, suivies par 55,36% des électeurs. En attendant la réponse qui devrait tomber d’ici 20 heures ce lundi soir, voici nos scénarios.

Soyons sages

C’est l’option la plus prudente – et sans doute la plus naturelle. Le Parti libéral-radical (PLR) pourrait repartir avec ses deux candidats classés dans les sept premiers: le sortant Pierre-Antoine Hildbrand, cinquième (seulement), et Mathilde Maillard, septième. L’avantage? Eviter toute impression de gourmandise et viser un exécutif davantage conforme au poids du PLR au Conseil communal, où il pèse 23%.

Il y a cinq ans, les Vert-e-s avaient tenté l’inverse. Grisés par leur dynamique, ils avaient cassé l’alliance avec le Parti socialiste (PS) et le Parti ouvrier populaire dans l’espoir de placer trois candidats à la Municipalité. Résultat: un échec et une belle crise interne. Seul un rapprochement tardif avec leurs alliés leur avait permis de sauver leurs deux sièges.

Soyons ambitieux

Le PLR peut aussi se dire qu’il y a une fenêtre plus large. Pendant deux décennies, l’alliance PS-Verts-POP a occupé six des sept sièges de l’exécutif lausannois, une domination difficile à justifier au vu des équilibres électoraux réels.

Et surtout, certains maillons paraissent moins solides. Le socialiste Julien Eggenberger, sixième, ne signe pas le score massif qu’on pouvait attendre au vu de son réseau, notamment dans le milieu enseignant. Quant au popiste Xavier Roth, huitième et premier non éligible à plus de 1000 voix, il ne bénéficie plus de l’effet de liste qui avait aidé David Payot en 2016. Ni du même perfecto que son prédécesseur qui avait donné un côté lynchien à la campagne. Dans ce contexte, la PLR Marlène Bérard, neuvième, n’est qu’à 559 voix du popiste (mais à 2140 du Socialiste). L’idée d’un troisième siège bourgeois n’est pas complètement à écarter.

Soyons disruptifs

C’est le scénario le plus explosif: une alliance formelle entre le PLR et l’Union démocratique du centre (UDC). Presque partout ailleurs, la droite sait additionner ses forces. A Lausanne, elle continue de s’en priver.

Or l’UDC locale n’est plus tout à fait celle d’hier. Longtemps handicapée par des figures clivantes et des épisodes grotesques – Claude Alain Voiblet arrachant les affiches d’un collègue de parti – elle semble s’être un peu normalisée. Ses trois candidats dépassent les 20% au premier tour, soit bien davantage que le poids du parti au Conseil communal (10%). Et la dynamique cantonale créée par Jean-François Thuillard dans la complémentaire pourrait encore jouer.

Sur le papier, un ticket commun à deux PLR et un UDC aurait du potentiel. Le problème est politique avant d’être mathématique: qui sacrifier? Marlène Bérard, malgré son très bon score? Pierre-Antoine Hildbrand, que certains à droite (et à gauche) jugent trop modéré sur la sécurité, mais qui bénéficie de la prime au sortant? Ou personne, en prenant le risque de partir à quatre, comme le propose désormais l’UDC? Un choix stratégique qui pourrait heurter les plus centristes qui ne supportent pas l’idée d’un tel équipage. Ce serait alors courir le risque d’un retour à la formule 6-1.

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