Le canton de Vaud vote à gauche et élit à droite. L’adage vaut-il aussi pour les scrutins sur les «200 francs, ça suffit» et sur l’imposition individuelle des couples mariés? Difficile à dire, tant ces enjeux dépassaient parfois, dans le camp bourgeois, les réflexes partisans. Une chose est sûre: sur ces deux objets, l’UDC a pris une claque. Mais à l’échelle cantonale, elle a rebondi là où on ne l’attendait pas forcément.
Dans ce que j’ai appelé le duel des conifères – Thuillard contre Nordmann – le premier a déjà réussi un exploit: finir en tête du premier tour d’une élection complémentaire au Conseil d’État. Même Pierre-Yves Rapaz, en 2011, n’y était pas parvenu lors de la succession de Jean-Claude Mermoud.
Nordmann, l'épine dans le pied
De là à dire que cela annonce la chute du second siège socialiste au Conseil d’État, il y a encore un pas qu’il serait prématuré de franchir. Mais Roger Nordmann est visiblement devenu moins une locomotive électorale qu’une épine dans le pied de son camp. Et s’il venait à perdre le 29 mars prochain, le canton se retrouverait avec cinq sièges à droite et deux à gauche, une configuration qu’on n’avait plus vue depuis la législature 1998-2002 – autant dire le siècle passé.
Le candidat-cycliste, qui a toujours eu une cote d’enfer en Suisse alémanique, peine ici à séduire au-delà de sa base. Son image brouillonne, souvent donneuse de leçons, et son côté très citadin ont sans doute refroidi une partie de l’électorat. A l’inverse, Jean-François Thuillard, avec son profil plus rassurant, a manifestement mieux capté qu’à l’accoutumée les voix PLR, dans le contexte d’un Conseil d’État en crise. Le bon score de la candidate de la gauche radicale, auteure d’une campagne claire, explique aussi en partie ce rapport de forces.
La vraie question sera celle de la mobilisation au second tour. Sans les scrutins fédéraux pour faire monter la participation. Sans garantie non plus d’un report automatique des voix d’Ensemble à gauche. Et avec, en toile de fond, l’effet possible du second tour des municipales dans les villes.
Communales: aucun raz-de-marée
Dans les plus grosses communes, les signaux sont contrastés. A Vevey, le controversé syndic «communiste» Yvan Luccarini a subi un net dégagisme, sans qu’une vague bourgeoise ne s’empare pour autant de la Ville d’Image. Ballotage général aussi à Nyon, qui doit choisir le successeur de Daniel Rossellat. Idem à Yverdon, où le trublion ex-UDC Ruben Ramchurn s’est pris une veste et où la co-syndique sortante Carmen Tanner n’arrive que huitième. À Montreux, en revanche, le syndic sortant socialiste est déjà réélu.
Reste Lausanne. Là où l’UDC progresse nettement par rapport à la complémentaire de 2019, et où le socialiste, pourtant lausannois lui aussi, fait moins bien que Rebecca Ruiz en son temps dans une configuration assez similaire. Idem pour la Municipalité, où toutes les formations de droite, sans alliance, sont en nette progression avec un vrai potentiel de récupérer un second siège qui leur échappe depuis 20 ans. Là-aussi, le bulletin unique a probablement joué son rôle face aux effets de liste. Au grand dam du POP.