La journée électorale prend une tournure inattendue dans le canton de Vaud. Alors que les résultats de Lausanne, bastion traditionnel de la gauche, étaient attendus pour rebattre les cartes, Roger Nordmann ne parvient toujours pas à repasser en tête.
Durant toute la journée, le scénario semblait pourtant écrit d’avance: les premières communes dépouillées, souvent rurales ou périurbaines, favorables à la droite, donnaient l’avantage à l’UDC Jean-François Thuillard. Mais beaucoup s’attendaient à ce que la tendance s’inverse avec l’arrivée des résultats des grandes villes. Yverdon, Montreux et Renens ont certes placé Roger Nordmann en tête, cela n'a pas suffi à inverser la tendance.
La victoire échappe au PS
A 17h40, les résultats pour Lausanne sont tombés. Ils ne suffisent pas à inverser la dynamique. Le socialiste Roger Nordmann, donné largement favori avant le scrutin, voit ainsi la victoire lui échapper malgré le poids électoral de la capitale vaudoise, où la gauche est historiquement très forte. La capitale vaudoise a plebiscité le ténor socialiste à 52,04%, et accordé 30,58% de ses voix à Thuillard.
Aucun candidat n’atteignant la majorité absolue, l’élection se jouera lors d’un second tour. Celui-ci doit avoir lieu le 29 mars. Un mouchoir de poche sépare les deux candidats. Voici les résultats finaux: 45,07% des voix pour Jean-François Thuillard, 44,22% pour le ténor socialiste.
Troisième candidate en lice, Agathe Raboud Sidorenko, d’Ensemble à gauche, réalise pour sa part un score modeste mais non négligeable: 7,78%. La conseillère communale lausannoise de 39 ans présentait sa candidature comme un vote contestataire et voulait faire entendre la voix de la gauche radicale dans cette élection. Elle a d'ores et déjà annoncé qu'elle se retirait pour le 2e tour.
Un Roger Nordmann «endurant» arrive au Château
En arrivant au château Saint-Maire, ce dimanche 8 mars, Roger Nordmann estime qu’il était «totalement impossible» d’être élu au premier tour. «Le PLR et l’UDC disposent d’une majorité structurelle dans le canton», analyse-t-il. Pour l'ancien conseiller national, «le match est complètement ouvert».
Interrogé sur le score de la candidate d’Ensemble à gauche Agathe Raboud Sidorenko, et son impact sur les voix de l'alliance rose-verte, le Lausannois de 52 ans se montre prudent. «Son résultat est assez typique du score d'Ensemble à gauche et du POP. C’est à eux de décider s’ils souhaitent se rallier à moi, ce n’est pas à moi de le préconiser.»
Selon lui, la forte mobilisation observée au premier tour s’explique aussi par le contexte du scrutin. «Il y avait également des élections communales et des objets fédéraux. Tout cela a attiré beaucoup de monde aux urnes.»
Le socialiste, qui a siégé au National pendant plus de vingt ans, estime toutefois que le résultat reste très serré et que tout se jouera désormais au second tour. «Il faudra se mobiliser. L’enjeu sera de choisir entre un canton qui se recroqueville sur lui-même ou un canton qui regarde vers l’avenir.»
Roger Nordmann juge enfin son résultat logique au vu des équilibres politiques. «C’était impossible de faire beaucoup mieux au premier tour. Et ce match en deux tours, c’est aussi ce qu’il y a de beau dans la démocratie.» Le ténor du PS ajoute, tout sourire, qu'il adore l'endurance. «Les sports que j'aime, ce sont le vélo ou la peau de phoque. J'adore faire campagne. Je rencontre des gens sur les marchés, c'est très enrichissant.»
Incroyable rebondissement en terres vaudoises
De son côté, Jean-François Thuillard, agriculteur de 60 ans et syndic de Froideville, jouait le rôle de l’outsider face au ténor socialiste. Moins connu du grand public, il bénéficie néanmoins du soutien de l’Alliance vaudoise (UDC-PLR-Centre) et d’un solide ancrage dans les milieux politiques cantonaux. Il est par ailleurs le seul candidat à cumuler une expérience au sein d'un législatif et d'un exécutif.
Une victoire de l’UDC marquerait un tournant: le parti ferait son retour au Conseil d’État vaudois, dont il est absent depuis 2011, après le décès du conseiller d’État Jean-Claude Mermoud.
La capitale vaudoise est l’un des bastions historiques de la gauche et pèse lourd dans les scrutins cantonaux. Le score de Jean-François Thuillard suggère à la fois une mobilisation très solide de la droite dans les régions rurales et périurbaines et un affaiblissement du socle électoral de la gauche. Une victoire de Jean-François Thuillard confirmerait aussi la dynamique enclenchée depuis les élections cantonales de 2022, marquées par une progression des partis bourgeois.
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