La discrimination raciale peut arriver partout en Suisse, d'après les incidents répertoriés dans le dernier rapport sur le racisme de la Confédération. Une femme a par exemple été insultée par un homme dans le train, avant qu'il s'en prenne à elle physiquement lorsqu'elle a voulu le filmer. Ou encore, un professeur a insulté un garçon à l'école en raison de sa religion.
En 2025, les centres de conseil ont documenté et évalué 1245 cas de discrimination, répertoriés dans le rapport encore non publié de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) et de l'organisation humanrights.ch, que Blick a pu consulter.
En 2025, les cas de discrimination ont augmenté de 3% par rapport à 2024. Ce nombre reste donc élevé, puisqu'il avait augmenté de près de 40% en 2024. Les cas de discrimination ont ainsi atteint un nouveau record en Suisse, sans compter les discriminations non recensées. «Cette année encore, nous partons du principe que les cas enregistrés par le réseau de conseil ne sont que la pointe de l'iceberg», alertent les auteurs du rapport.
Comme les années précédentes, en 2025, ce sont les personnes noires qui ont été les plus visées par la discrimination, avec 406 cas recencés. Par exemple, un homme noir a contacté le centre de conseil après avoir été la cible d'insultes racistes et de menaces de mort dans une gare.
Racisme antimusulman en hausse
Selon les auteurs du rapport, les cas de racisme antimusulman ont particulièrement augmenté en 2025, avec 281 victimes. Parmi ces agressions, 113 d'entre elles visaient des personnes originaires du monde arabe.
En parallèle, 95 cas signalés concernaient des personnes d'origine asiatique et 60 agressions répertoriées sont considérés comme antisémites. Une étudiante a par exemple essuyé un refus pour une chambre en colocation à cause de son nom de famille juif, tout en étant insultée.
La plupart des incidents se sont produits dans le milieu de l'éducation et sur le lieu de travail. Ce constat inquiète Nora Riss, responsable du réseau de consultation pour les victimes de racisme chez humanrights.ch. «Les institutions devraient être en mesure de réagir de manière appropriée», se désole la trentenaire. Pour le moment, de nombreuses victimes se tournent plutôt vers une aide externe, pointant l'insuffisance des structures existantes. «C'est justement parce que les enfants et les jeunes sont souvent concernés que cette situation est particulièrement problématique.»
«Le racisme reste un problème structurel en Suisse»
Pour Ursula Schneider Schüttel, présidente de la CFR, le nombre constamment élevé de discriminations signalées est bien la preuve que «le racisme reste un problème structurel en Suisse». Pourquoi les cas augmentent-ils d'une année à l'autre? Selon l'experte, les conflits internationaux ou les débats sur la politique migratoire peuvent renforcer les attitudes racistes, entraînant davantage de discrimination raciale. «En même temps, l'augmentation du nombre de cas recensés est aussi un signe que les personnes concernées signalent davantage la discrimination.»
En 2025, le Conseil fédéral a adopté pour la première fois une stratégie nationale contre le racisme et l'antisémitisme, censée améliorer le monitoring (le suivi), la protection des victimes et la prévention du racisme dans les institutions.
Une stratégie seule ne suffit pas
Ursula Schneider Schüttel salue cette démarche. Mais d'après la présidente de la Commission contre le racisme, une stratégie seule ne suffit pas. «Il faut aussi les ressources nécessaires pour que les mesures puissent être mises en œuvre efficacement.» Selon elle, c'est actuellement loin d'être le cas. De plus, Ursula Schneider Schüttel estime qu'il faut aussi s'attaquer aux bases juridiques: «En Suisse, il n'existe pas de protection suffisante contre la discrimination.»
C'est pourquoi la CFR demande une loi complète sur l'égalité de traitement, plus de moyens pour les centres de conseil ainsi qu'une prévention renforcée par la formation et la sensibilisation. La Commission demande aussi de définir clairement les compétences à tous les niveaux de l'Etat afin que les mesures nécessaires soient prises sur le long terme et que les causes structurelles du racisme soient traitées de manière ciblée.