Visé pour la deuxième fois
Un jeune politicien romand est victime d'une pluie de commentaires racistes

L'annonce de la candidature d'Abdel Saiah au conseil communal d'Yverdon a suscité des commentaires racistes et islamophobes. Le jeune politicien entend porter plainte.
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Abdel Saiah a commencé la politique à l'âge de 14 ans.
Photo: DR
Toan Izaguirre

«Un vrai Suisse», «Voilà le résultat de l'immigration», «Suisse de papier». Les réactions racistes et islamophobes n'ont pas tardé à pleuvoir après l'annonce de la candidature d'Abdel Saiah au conseil communal d'Yverdon-les-Bains. Le jeune homme, déjà coprésident du Parti socialiste (PS) et conseiller communal depuis 2024 a essuyé, en quelques heures, une salve de commentaires racistes l'attaquant sur son nom à consonance étrangère. L'élu a choisi d'exposer ces messages sur son compte Instagram pour dénoncer ces discriminations.

Le jeune homme de 20 ans, qui plaisante volontiers sur «son monstre accent vaudois», regrette ces attaques laissant sous-entendre qu'il ne serait pas un «vrai Suisse» et qui stigmatisent les personnes musulmanes. L’élu a également reçu des messages de haine en privé. «Vous allez imposer votre culture et votre religion», peut-on lire dans certains d'entre eux. Le comble, pour l'élu? «Je ne suis pas musulman mais orthodoxe, confie-t-il. Ma culture est bien européenne.» 

«Biberonnées à la peur par l'extrême droite»

Face à ces commentaires, auxquels il répond parfois, Abdel Saiah ressent un malaise. «J'ai déjà un peu l'impression de devoir me justifier, alors qu'il ne faudrait pas», déplore le socialiste. Recevoir ce type de remarques en 2026 le consterne: «J'ai l'impression qu'on régresse.»

Né en Suisse, à Yverdon-les-Bains, il se définit comme «serbo-algérien». Dans un premier temps, il voulait passer outre ces commentaires. Il avait déjà subi une vague d'attaques racistes lorsqu’il s’était porté candidat pour le Conseil national avec la Jeunesse socialiste vaudoise (JSV) en 2023. Il avait tout juste 18 ans. Des menaces physiques avaient alors été proférées à son encontre. Les commentaires de ces derniers jours sont «moins violents» qu'à l'époque, «mais posent problème». Ils émanent, selon lui, de personnes «biberonnées à la peur par l'extrême droite, et de cette peur découle un racisme»

«Tu ne vas pas aller loin, tu t'appelles Abdel»

Il envisage aujourd'hui de porter plainte: «Je ne vois rien qui m'empêcherait de le faire.» Avec cette démarche «personnelle», il ne se fait guère d'illusion. Porter plainte, dit-il, «c'est pour la symbolique». «La lutte contre le racisme est un combat que je veux porter», affirme l'élu.

A l'école déjà, il avait été confronté à une forme de racisme. Il se remémore une remarque d'un professeur lorsqu'il s'était lancé en politique, à 14 ans, avec les Jeunes socialistes vaudois. Son enseignant lui avait alors dit: «Il ne faut pas te leurrer, tu ne vas pas aller loin, tu t'appelles Abdel.» «Ça m'avait terriblement choqué», se rappelle Abdel Saiah. Il finit pourtant par entrer en 2024 au conseil communal d'Yverdon, dont il devient le plus jeune élu. «J'avais détrôné Vasilis Venizelos», s'amuse-t-il.

Il se félicite des messages de soutien reçus de toutes parts, y compris de la droite et de l'UDC. Pour lui, l'objectif de prendre la parole aujourd'hui est de «montrer que ces formes de racisme existent toujours».

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