Christian Hubli, originaire d’Einsiedeln (SZ), se souvient de sa stupeur. «Lorsque j’ai reçu, le 7 janvier 2026, la facture pour le remplacement du Zystofix, je n’en croyais pas mes yeux. Elle s’élevait à 891,70 francs, soit plus de quatre fois le prix habituel», explique le Schwytzois au «Beobachter». Son épouse, Pia Hubli, est atteinte de sclérose en plaques, une maladie chronique du système nerveux. Depuis trois ans, elle dépend d’un Zystofix, un cathéter vésical qui permet d’évacuer l’urine directement à travers la paroi abdominale.
Ce dispositif doit être remplacé toutes les six à huit semaines par un professionnel de santé. Diagnostiquée il y a plus de dix ans, Pia Hubli se déplace désormais en fauteuil roulant. «Ma maladie évolue de manière insidieuse et mon état continue de se dégrader.» Son mari s’occupe d’elle et ne travaille plus qu’à temps partiel.
Plus cher au lieu de moins
Régulateur du trafic ferroviaire, Christian Hubli ne décolère pas. «Le nouveau système tarifaire était pourtant censé rendre les soins moins chers.» Il craint que de telles hausses ne contribuent à faire encore grimper les primes d’assurance maladie. Depuis le 1er janvier 2026, deux nouveaux systèmes tarifaires s’appliquent en Suisse aux traitements ambulatoires dispensés dans les cabinets médicaux et les hôpitaux. Le Conseil fédéral voulait ainsi freiner les coûts.
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
Le Tardoc régit une grande partie des prestations réalisées dans les cabinets médicaux, tandis que les forfaits ambulatoires servent à rémunérer les traitements effectués à l’hôpital. Mais avec le nouveau système, certaines interventions sont devenues nettement plus coûteuses. Le «Beobachter» avait déjà révélé des cas similaires chez des ophtalmologues, des gastro-entérologues et des urologues.
Depuis, de nombreux patients ont signalé des expériences comparables. Le cas de Pia et Christian Hubli montre qu’il peut valoir la peine d’examiner attentivement ses factures et de demander des explications.
Christian Hubli s’est donc tourné vers le cabinet médical. On lui a expliqué qu’avec le passage au Tardoc, le changement de cathéter n’était plus classé dans la catégorie des «maladies neurologiques». Une autre position tarifaire, plus élevée, s’appliquerait désormais à cette intervention. Résultat, la facture est passée d’environ 200 francs à plus de 890 francs. Christian Hubli juge ce montant «largement surévalué».
L’OFSP invoque l’autonomie tarifaire
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) invoque l’autonomie tarifaire. Les structures tarifaires relèvent de la responsabilité du corps médical, des hôpitaux et des assureurs maladie. Ces acteurs ont créé à cet effet l’Organisation des tarifs médicaux ambulatoires SA, appelée OAAT. «Cette organisation est responsable de la conception et de l’interprétation des tarifs», précise l’OFSP.
Selon l’office, le fait que certaines prestations soient rémunérées différemment avec le nouveau système ne signifie pas automatiquement qu’elles soient mal évaluées. «L’OFSP comprend toutefois que des changements importants sur certaines factures puissent susciter des interrogations», déclare son porte-parole Reto Hügli. Les partenaires tarifaires sont régulièrement informés des réclamations reçues. Les éventuelles erreurs devraient ainsi pouvoir être corrigées rapidement.
La caisse maladie du couple a d’abord répondu à Christian Hubli que le Parlement avait approuvé les nouveaux tarifs. Elle a toutefois annulé la facture initiale et en a envoyé une nouvelle de 434,75 francs. En avril, le montant a encore été revu à la baisse, à 366,05 francs. Il n’a plus changé depuis.
Les médecins veulent des corrections rapides
Prioswiss, l’association faîtière des assureurs maladie suisses, reconnaît que des erreurs isolées peuvent survenir durant la phase d’introduction d’un nouveau système tarifaire. «L’essentiel est qu’elles soient identifiées et corrigées. C’est pourquoi nous encourageons les patients à signaler à leur assureur maladie tout problème ou toute incohérence dans leur facturation.»
De son côté, la Fédération des médecins suisses comprend également le mécontentement de Pia et Christian Hubli. «Contrairement aux traitements hospitaliers coûteux, les patients ont beaucoup plus souvent besoin, dans le domaine ambulatoire, de prestations très spécifiques et de moindre ampleur, comme le remplacement d’un Zystofix. Ils sont donc, à juste titre, particulièrement attentifs aux prix, surtout lorsqu’ils les comparent avec ceux de l’ancien système Tarmed.» La FMH souhaite que les erreurs manifestes de tarification soient corrigées rapidement.
Autre cas à Appenzell
Viktor*, originaire d’Appenzell, espère lui aussi une adaptation. Cet homme de 63 ans souffre de problèmes de vessie et doit faire remplacer son cathéter cinq fois par an. Avec le Tardoc, ses frais ont été multipliés par 2,5. Auparavant, il payait entre 117 et 140 francs chez l’urologue pour cette intervention d’une dizaine de minutes. Sa facture s’élève désormais à 370,35 francs. «Ce n’est tout de même pas normal que le nouveau système tarifaire entraîne de telles hausses de coûts!», s’exclame-t-il.
Ce développeur de logiciels à la retraite s’est directement renseigné auprès de l’OAAT. La réponse a été semblable à celles des autres partenaires tarifaires. L’organisation dit comprendre son mécontentement, tout en assurant que le nouveau tarif médical n’entraîne globalement aucun surcoût. Une réponse qui ne change rien pour Pia et Christian Hubli, ni pour Viktor. Au final, ce sont eux qui paient bel et bien davantage.
*Nom connu de la rédaction