La tendance ne devrait pas s'inverser de sitôt: les primes d'assurance-maladie vont continuer de grimper ces prochaines années. Pour 2027, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) table sur une nouvelle hausse d'environ 5%, obligeant les assurés à mettre une fois de plus la main au portefeuille.
Maigre consolation: sans les mesures de maîtrise des coûts et les excellents résultats annuels – voire exceptionnels – des caisses-maladie, l'addition aurait pu être bien plus salée. Reste que la Confédération et les partenaires tarifaires du système de santé suisse font face à de nombreux chantiers qui ne laissent guère présager d'une amélioration.
Les réserves remontent, mais ...
Enfin des chiffres encourageants: après quatre années consécutives de déficit, les assureurs-maladie ont dégagé un léger bénéfice l'an dernier. Conjuguée à de bons rendements du capital, cette embellie a permis aux réserves d'augmenter pour la première fois depuis 2020. En d'autres termes, une partie de la hausse des coûts de cette année pourra ainsi être amortie. Cependant, l'OFSP se garde bien de prédire l'augmentation exacte des coûts de la santé pour l'année 2026. Si les assureurs tablent sur une nouvelle hausse d'environ 5%, les coûts n'ont augmenté que de 2,9% au premier trimestre.
Faut-il y voir le signe d'une accalmie? Pas du tout, a estimé le directeur suppléant de l'OFSP, Kristian Schneider, face aux médias: cette croissance provisoirement faible s'explique avant tout par les retards pris dans la soumission de nombreuses factures sous le nouveau système tarifaire Tardoc. Kristian Shneider estime toutefois que l'explosion des primes aurait été nettement plus marquée sans les mesures de maîtrise des coûts. «C'est un travail de longue haleine», a-t-il déclaré à la presse.
Ces prochaines années, la Confédération et les partenaires tarifaires entendent poursuivre leurs efforts en ce sens, par exemple via un réexamen régulier des prestations et des tarifs, ou encore par une gestion plus efficace des interfaces. Ainsi, le paquet de mesures adopté l'année dernière devrait permettre d'économiser environ 303 millions de francs par an dès 2026.
Le nouveau système incite à surfacturer les prestations
La question des tarifs donne du fil à retordre à la Confédération. La nouvelle structure tarifaire Tardoc et les forfaits ambulatoires sont entrés en vigueur le 1er janvier dernier. Dès la fin de l'année 2025, les chirurgiens suisses étaient déjà montés au créneau contre ce nouveau modèle forfaitaire, dont ils estiment qu'il crée des incitations perverses dans de nombreuses catégories de traitement.
L'OFSP a depuis admis des cas «d'applications abusives dans certains domaines». En clair: certains médecins adaptent désormais la réalisation de leurs traitements de façon à pouvoir facturer davantage de forfaits que prévu, notamment en étalant les soins sur plusieurs jours. L'OFSP refuse toutefois de préciser quelles domaines sont les plus concernés. Ceux-ci «ont déjà été mentionnés dans la presse», a concédé Sandra Schneider, cheffe de la division Tarifs et bases à l'OFSP. De premières corrections devraient être apportées d'ici à 2027.
Les petites dépenses pèsent de plus en plus lourd
La psychothérapie, les conseils diététiques, la podologie ou encore l'Aide et soins à domicile (Spitex) sont loin d'être les principaux moteurs des coûts de la santé. Il n'empêche: ces domaines sont ceux dont les coûts augmentent le plus rapidement à l'heure actuelle. La flambée est particulièrement fulgurante en ce qui concerne les soins aux personnes âgées. Rien qu'en 2025, leurs coûts ont bondi de 13%, un record. Et la tendance ne semble pas faiblir au premier trimestre 2026.
Cette dynamique est en grande partie liée aux soins prodigués par les proches aidants. «Nous prenons le problème au sérieux, a assuré le vice-directeur Kristian Schneider. Nous avons compris qu'il existe ici certains modèles d'affaires qui ne correspondent pas à 'l'esprit de la loi'.» Cette prise de conscience s'explique aussi sans doute par les nombreux mandats parlementaires que l'OFSP a dû assumer sur ce sujet.
Donald Trump donne des sueurs froides
L'un de ces mandats porte sur le modèle de suivi des coûts des médicaments. Actuellement en consultation, l'idée d'un «rabais de quantité» fait bondir l'industrie pharmaceutique: selon elle, les prix des médicaments protégés par des brevets devraient au contraire augmenter. Il faut dire que le branche est sujette à une intense pression du président américain Donald Trump. Ce dernier souhaite faire baisser les prix des médicaments aux Etats-Unis afin de les aligner aux niveaux européens.
Si ce scénario venait à se réaliser, les assurés suisses devraient probablement débourser nettement plus pour que certains principes actifs puissent être commercialisés sur le marché helvétique. La Confédération estime en tout cas qu'un doublement du prix des médicaments ferait exploser les coûts de la santé en Suisse d'environ cinq milliards de francs.