«La situation sécuritaire de la Suisse s'est considérablement détériorée au cours des dernières années. Cette tendance s'est poursuivie en 2025», écrit le Conseil fédéral dans son rapport sur l'état de la menace. Une tendance principalement due à la menace russe. En effet, les objectifs et les intentions stratégiques du Kremlin dépassent largement le cadre de l’Ukraine. Le pays mène un conflit global et soutenu contre «l’Occident» en utilisant des méthodes hybrides, avertit le Conseil fédéral.
Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) devrait présenter son nouveau rapport sur la situation en juin. «La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine a considérablement accentué l'interconnexion mondiale des conflits armés régionaux», explique la porte-parole Joanna Matta. Selon elle, la Russie a intensifié sa guerre hybride contre les pays de l'UE et de l'OTAN, en particulier, ses activités de sabotage. Et cette situation comporte des risques d'escalade considérables.
La Suisse se retrouve elle aussi dans le viseur de Moscou: «Le pays est d'ores et déjà exposé à des attaques hybrides, comme les cyberattaques, les activités d'influence et de désinformation, l'espionnage et le renseignement». Ses infrastructures critiques – qui sont interconnectées au niveau international – pourraient également être visées. «Non pas pour nuire à la Suisse, mais aux pays de l'UE et de l'OTAN qui en dépendent. Pour la Suisse, le risque que son territoire soit utilisé pour préparer ou exécuter des enlèvements, des actes de sabotage et des assassinats à l’étranger augmente», précise Joanna Matta.
Un échange d'informations intense avec les services partenaires
Le directeur du SRC Serge Bavaud, en poste depuis six mois, avait déjà souligné, dans son premier bilan en février, la nette aggravation de la situation en matière de menaces ces dernières années. Il entend donc renforcer les partenariats internationaux. «La situation actuelle en matière de menaces ne connaît pas de frontières, explique-t-on du côté du SRC. Aucun service de renseignement ne peut y faire face seul.»
Le climat sécuritaire tendu se traduit dès lors par un échange d'informations intense entre les services de renseignement. L'année dernière, le SRC a reçu 13'308 rapports de ses partenaires étrangers et en a transmis 3887. Au total, un peu plus de 17'000 rapports ont été échangés, indique le SRC à la demande de Blick.
Ce chiffre est légèrement inférieur à celui de l'année précédente, qui s'était soldée par un peu plus de 18'000 signalements. En 2022, année record marquée par le début de la guerre en Ukraine, on avait dénombré 22'000 signalements. Des informations que le SRC échange avec plus de 100 agences partenaires à travers le monde.
Plus de 100 postes supplémentaires sont nécessaires
Pour y faire face, le nombre d'agents du SRC a connu une forte augmentation ces dernières années. Alors qu'on comptait 237 postes à temps plein en 2010, ce nombre s'élève actuellement à 423 postes en moyenne, répartis entre 458 employés. A cela s'ajoutent environ 200 postes au sein des services de sécurité cantonaux.
Face à cette tendance, Serge Bavaud réclame des effectifs supplémentaires – une demande qui bénéficie soutien du ministre de la Défense, Martin Pfister. Le conseiller fédéral chiffre les besoins à 115 postes à temps plein.
Une nouvelle loi pour davantage de compétences
Un premier renforcement des effectifs est prévu prochainement. Le Conseil fédéral veut en effet durcir la loi sur le renseignement et octroyer une plus grande marge de manœuvre aux services secrets afin d'améliorer la détection précoce et la prévention des menaces liées au terrorisme, à l'extrémisme violent, à l'espionnage et aux cyberattaques. Pour ce faire, les ressources en personnel du SRC doivent être augmentées de dix postes à temps plein.
Le Conseil national se prononcera sur le projet dès la session d'été. La Commission de la politique de sécurité, compétente en la matière, estime qu'il est «nécessaire d'accorder au SRC des moyens élargis afin qu'il puisse mieux remplir ses missions de prévention».
Une augmentation des ressources engendrerait inévitablement une hausse des coûts, et donc du budget. Pour cette année, 122 millions de francs sont déjà prévus. Sur ce montant, 18 millions seront alloués aux Cantons pour financer leurs services de sécurité respectifs. Concernant la nouvelle loi sur les services de renseignement, des coûts supplémentaires de 2 à 3 millions de francs sont ont été devisés. Un montant additionnel d'environ 27 millions devrait en outre être nécessaire dès 2028 pour poursuivre son développement, estime Martin Pfister.