Martin Pfister ne mâche pas ses mots. Le ministre de la Défense et membre du Centre a employé des termes durs dans le rapport de situation «Sécurité de la Suisse 2025». «Depuis la guerre d'agression russe contre l'Ukraine, l'environnement sécuritaire de la Suisse s'est drastiquement détérioré», a-t-il clairement affirmé dans la préface du rapport du Service de renseignement de la Confédération (SRC). «Cette évolution n'est pas un phénomène temporaire, mais une tendance durable.»
D'après le rapport du SRC, les espions étrangers sont devenus un problème majeur. Plus particulièrement, la Chine et la Russie maintiennent une forte présence de services de renseignement en Suisse.
30 accréditations recommandées
Depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, le SRC surveille les agents russes de très près, comme le confirment les derniers chiffres du service, consultés par Blick. En 2025, le SRC a examiné 4793 demandes, dont 71 ont été refusées pour des raisons de sécurité, soit plus du double qu'en 2024. Parmi celles-ci, 36 demandes de visa et cinq autorisations de séjour ont été refusées.
Les 30 recommandations de rejet de demandes d'accréditation – généralement pour des diplomates et le personnel des ambassades – sont particulièrement préoccupantes, car ce chiffre a nettement augmenté. En 2021, une année avant la guerre en Ukraine, une seule demande d'accréditation avait fait l'objet d'une recommandation de rejet. Les années suivantes, ce nombre est passé à 6, 13, 17 et finalement 30 en 2025.
«La plus grande menace»
Le SRC refuse de révéler si ces recommandations négatives sont liées à la guerre en Ukraine. Toutefois, la majorité de ces annulations concernent probablement des ressortissants russes. D'après le SRC, un tiers des diplomates russes accrédités en Suisse en 2022 étaient en réalité des espions.
Interrogé par Blick, le SRC refuse de communiquer ses chiffres actuels, mais indique clairement: «Les services de renseignement russes continuent de représenter la plus grande menace d'espionnage contre la Suisse», explique la porte-parole Joanna Matta. «Une part importante du recueil de renseignements s’effectue grâce à des sources humaines. Les missions diplomatiques figurent parmi les sources utilisées pour ces activités.»
La décision de mettre en œuvre ou non les recommandations de rejeter le personnel de l'ambassade relève du Secrétariat d'Etat du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Cette décision n'est pas communiquée publiquement, mais la Délégation des commissions de gestion du Parlement en est informée, en tant qu'autorité de surveillance.
En effet, au cours des cinq dernières années, la Délégation a été informée à plusieurs reprises d'activités d'espionnage présumées du personnel accrédité des ambassades, d'après son rapport annuel 2024. Dans certains cas, des personnes indésirables ont même été expulsées. «Le personnel diplomatique, consulaire et technique se voit refuser une affectation sur la base d'indices d'activités de renseignement, bien plus souvent que les expulsions.»
Fedpol intervient
De son côté, l'Office fédéral de la police (Fedpol) est aussi actif et impose des interdictions d'entrée aux personnes soupçonnées d'activités de renseignement illégales. Rien qu'en 2022, 276 interdictions d'entrée de ce type ont été prononcées. Une grande partie d'entre elles concernaient des diplomates russes, car de nombreux pays européens ont expulsé des espions se faisant passer pour des diplomates. Par la suite, la Suisse a imposé des interdictions d'entrée à ces personnes pour éviter de devenir une plaque tournante de l'espionnage.
En 2023, 75 interdictions d'entrée ont été prononcées et 34 en 2024. Les chiffres définitifs pour 2025 ne sont pas encore disponibles, mais la Fedpol estime qu'il y a eu entre 50 et 60 cas.
Contre-mesures à venir
Il n'existe aucune procédure automatique de refus ou d'interdiction d'entrée. Chaque cas est examiné individuellement, la Suisse devant anticiper les représailles du pays concerné. De plus, les conséquences potentielles d'une expulsion ou d'un refus d'accréditation sur la politique étrangère sont aussi prises en compte. Le DFAE est également saisi de la question.
«Il est compréhensible que le SRC et le Secrétariat d'Etat du DFAE pondèrent ces intérêts différemment compte tenu des tâches différentes des services en question», nous écrit la Délégation des Commissions de gestion. Une chose est sûre: la Suisse continuera de surveiller de près les espions de Poutine cette année encore.